Résumé : Sur le ton d’une conversation effroyablement drôle et enrichissante, Stephen King nous révèle son monde secret – son enfance, ses premières terreurs, ses idoles… – et dessine les grandes lignes d’un univers fascinant qui fait partie de notre patrimoine, du Projet Blair Witch à L’Exorciste en passant par les romans de Ray Bradbury ou de J.G. Ballard.
Un texte culte, dans une édition revue et enrichie de deux préfaces inédites de Stephen King.
Il est facile – peut-être trop facile – de rendre hommage aux morts. Ce livre est dédié à six maîtres du macabre qui sont encore en vie.
Robert Bloch
Jorge Luis Borges
Ray Bradbury
Frank Belknap Long
Donald Wandrei
Manly Wade Wellman.
Lire un Stephen King qui n’est pas de la fiction engendre une certaine gêne aux entournures : on retrouve tous les gimmicks de cet auteur, sa prédilection pour les phrases aux nombreuses propositions juxtaposée, sa manière bien à lui d’interpeller le lecteur, son goût pour les citations qui lui permettent d’étaler sa culture avec générosité mais sans snobisme et le souci de narrer par le menu nombre d’anecdotes qui produisent leur lot de digressions, lesquelles hachent le rythme de lecture – quand ce ne sont pas les myriades de notes de bas de page, renvoyées à la fin de l’ouvrage pour davantage de commodité par l’éditeur.
Des romans et des nouvelles qui semblent accomplir le principal devoir de la chose littéraire : nous dire la vérité sur nous-mêmes tout en nous racontant des mensonges à propos de personnes n'ayant jamais existé.
Couverture d'une édition en langue originale (malgré le titre français...). Explication en fin d'article.
Ce qui nous terrifie le plus chez Mr Hyde, c'est qu'il a toujours été une partie du Dr Jekyll. Et dans une société américaine de plus en plus obnubilée par le culte du moi, il n'est guère surprenant de constater que l'horreur s'applique de plus en plus à nous montrer un reflet particulièrement désagréable - le nôtre.
Sauf que le but n’est cette fois pas de raconter quelque chose (en dehors de petits moments puisés dans sa vie personnelle – alors même qu’il promettait au début de ne pas se laisser aller à l’autobiographie) mais de produire un essai, plus ou moins définitif, sur son genre de prédilection : l’horreur.
Les six « maîtres du macabre » cités en dédicace donnent le ton : ceux qui s’y connaissent un peu en littérature fantastique entreverront immédiatement les chemins qui seront empruntés au long de ces 620 pages (c’est de la nouvelle édition augmentée publiée par Albin Michel que nous parlons ici).
Il est facile – peut-être trop facile – de rendre hommage aux morts. Ce livre est dédié à six maîtres du macabre qui sont encore en vie.
Évidemment, ces artistes sont tous décédés depuis (Bradbury, le dernier, nous a quittés en 2012).
Une bonne partie du livre va alors s’efforcer, parfois par des voies détournées, de décrire comment ces noms ont aussi profondément marqué King dans son domaine favori. Toutefois, il va d’abord s’évertuer à divaguer sur la notion même de l’horreur, la raccrochant à des genres avant d’avouer qu’il n’aime pas vraiment l’étiquette « fantastique » trop généralement accolée à celui-ci, oscillant entre épouvante et terreur et mettant ensuite en place la dualité apollinienne & dionysiaque propre à chaque récit apparenté : l’ordre et le chaos, l’un n’existant pas sans l’autre. Ces termes lui serviront insensiblement de leitmotiv jusque dans la dernière partie.
Pour le reste, au travers de ce qui ressemble dans les premières pages (et de son propre aveu) à un joyeux foutoir, King s’appliquera à tenter de ranger les grandes histoires archétypales dans quatre catégories, représentées par une carte d’un jeu imaginaire, sorte de lame de Tarot, dérivée de son explication de texte sur Qu’est-ce qu’exactement un monstre ? dans le chapitre 2, menant donc au chapitre 3 : « Contes du Tarot ». Les trois premières catégories (le Vampire, le Loup-Garou et la Chose sans nom) seront alors exposées par le biais de textes fondateurs, illustrés ensuite par les comics de l’âge d’or des pulps, les premières séries radiophoniques (pour lesquelles il semble garder une émouvante nostalgie) puis télévisuelles, et bien entendu le cinéma.
Les moteurs de fusée, ça regarde les mécanos. L'écrivain, lui, s'intéresse à ce qui fait fonctionner les gens.
Ainsi le verrons-nous s’étendre longuement sur les circonstances de la création de Frankenstein de Mary Shelley [voir à ce sujet le film de Ken Russell Gothic], sur les deux meilleures histoires de Maison hantée et sur quelques-uns de ses artistes de chevet (Lovecraft, bien entendu, mais aussi Ray Bradbury ou Peter Straub pour lequel il voue une grande admiration), tout en assénant quelques scuds parfois étonnants : il considère Mad Max comme un navet sans intérêt et qualifie The Sorcerer de William Friedkin de nanar (mais un nanar qu’il aime bien, quand même).
En revanche, on peut être surpris par ses propos sur Kubrick, dont il apprécie le talent et souligne la « vision » et la perversité de sa mise en scène – alors même qu’on nous a régulièrement expliqué qu’il détestait la version cinéma de Shining.
Voici des propos sains de la part d’un homme assagi, et on était encore en 1987.
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Shining (1980) de Stanley Kubrick - Le Coin Critique
Adaptation libre du roman de Stephen King par Stanley Kubrick, Shining excelle dans sa réalisation et son atmosphère angoissante.
https://lecoindescritiquescine.com/les-critiques-retro/shining-1980-de-stanley-kubrick/
De manière générale, il va mettre en avant les films-clefs du genre horrifique (de Freaks à Amityville, en passant par le Projet Blair Witch et l'Exorciste via les films de la Hammer), les romans incontournables qui constituent la clef de voûte de la catégorie (Frankenstein déjà cité plus haut, Le Cas étrange du Dr Jekyll & Mr Hyde, Dracula, Le Roi en jaune et tous ceux qu'il considère comme leurs dignes successeurs) ainsi que quelques-unes des séries phares, radiodiffusées ou télévisées, avec un long passage très intéressant sur Twilight Zone.
La surabondance de références et de citations poussera le maniaque à constamment aller en fin de volume pour lire la note méticuleusement préparée (et complétée par les traducteurs), ce qui nuira considérablement au confort de lecture.
Subséquemment, il avoue lui-même ne pas avoir cherché à établir un traité exhaustif sur l’horreur, mais à s’épancher sur ce qui l’a toujours fait tripper, lui procurant les sensations les plus puissantes et durables. Le plaisir qu’on y prendra dépendra éventuellement des choix qu’il effectue en toute connaissance de cause, et de la manière dont il les défend : pour peu qu’on ne soit pas du tout d’accord, l’on risque de lire certains passages de manière biaisée. Cependant, un de ses avantages incontestables sera sans aucun doute de pousser le passionné à trouver une œuvre qu’il ne connaît pas afin de compléter sa culture horrifique : ne serait-ce ainsi que pour sa fonction de catalogue, l’ouvrage s’avère une excellente mine pleine de trésors, dont notamment ces nanars qu’il affectionne (une bonne partie d’un chapitre entier est d’ailleurs consacrée à ces films objectivement mauvais mais qui parviennent à dégager un petit quelque chose de fascinant – et le genre « horreur » en regorge, à n’en pas douter).
Et si le créateur d'histoires d'horreur, une fois débarrassé de tous ses oripeaux, était en fait un démon - un agent du chaos aux yeux écarlates et au sourire acéré ?
Que dites-vous de ça, mes amis ?
Au final, on s'en tire avec une œuvre qui viendra agréablement solliciter la culture de chaque lecteur, lequel aura sans conteste repéré le film, la série ou le roman qu'il ne connaît pas (encore) mais qui lui a été présenté avec tant d'ardeur et d'enthousiasme par Stephen King qu'il lui semblera vital de se le procurer au plus tôt. La masse impressionnante de titres et d'artistes cités, au risque d'étourdir le profane, ne pourra qu'enrichir les connaissances de chacun, à l'image des deux appendices (les 100 livres et les 100 films les plus représentatifs de l'horreur) qui ne constituent en rien un absolu (ils ne sont même pas rangés, ou classés) mais peuvent susciter l'envie d'en découvrir davantage - ou engendrer un challenge à relever entre amis ou membres d'une association de passionnés.
Toutefois, précisons que bon nombre de lecteurs risquent d'en ressortir déçus s'ils se fient aux sous-titres qui ont parfois fleuri sur les jaquettes des éditions françaises : "l'Univers de King par lui-même". Bien qu'il évoque souvent Salem (qu'il préfère d'ailleurs classer dans la section "Maison hantée" plutôt que sous "vampire"), Shining et surtout Carrie, il ne s'attarde pas sur son œuvre propre, attribuant souvent quelques qualités mais beaucoup de défauts à ses textes de jeunesse (avec ce même regard qu'il porte sur le premier tome de La Tour sombre). Et même s'il explique combien Carrie a changé sa vie - le faisant passer de modeste enseignant à écrivain - il n'estime jamais que l'un de ses textes figure au panthéon des catégories qu'il a édictées.
On s'amusera d'ailleurs à ce sujet de son regard très critique, voire acerbe, sur les... critiques littéraires.
Enfin, une petite recommandation : à ne pas confondre avec le recueil de nouvelles Danse macabre. Ce dernier est le titre français d'un livre intitulé Night Shift dans sa version originale, mais "Danse macabre" est également le titre... anglais d'Anatomie de l'horreur [voir l'image ci-dessus] ! Pourquoi faire simple...
Un livre pour les amateurs et les curieux, parfois frustrant, parfois excitant.
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Titre original |
Stephen King’s Danse macabre |
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Auteur |
Stephen King |
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Dessins |
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Couverture |
Julien Papet |
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Format |
15,5x24 cm |
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Édition |
Albin Michel 2018 |
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Collection |
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Édition originale |
Stephen King 1987 |
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Traduction |
Jean-Daniel Brèque |
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Nombre de pages |
620 |