RÉSUMÉ : Dans un futur proche, The Running Man est l’émission numéro un à la télévision : un jeu de survie impitoyable où des candidats, appelés les Runners, doivent échapper pendant 30 jours à des tueurs professionnels, sous l'œil avide d’un public captivé. Chaque jour passé augmente la récompense à la clé — et procure une dose d’adrénaline toujours plus intense. Ben Richards, ouvrier désespéré prêt à tout pour sauver sa fille gravement malade, accepte l’impensable : participer à ce show mortel, poussé par Dan Killian, son producteur aussi charismatique que cruel. Mais personne n’avait prévu que Ben, par sa rage de vivre, son instinct et sa détermination, devienne un véritable héros du peuple… et une menace pour tout le système. Alors que les audiences explosent, le danger monte d’un cran. Ben devra affronter bien plus que les Hunters : il devra faire face à un pays entier accro à le voir tomber.
Le nouveau Running Man avait pas mal d’atouts dans sa manche, dont le talent du réalisateur, grand amoureux du cinéma de genre qui disait depuis longtemps qu’il s’agissait du remake qu’il désirait le plus ardemment concrétiser. Tant mieux car la version la plus connue (celle de Glaser avec Schwarzenegger dans sa combi flashy), quoique délassante, manquait de punch et s’avérait bien moins percutante que le Prix du Danger d’Yves Boisset (un film bien âpre et cynique de 1983 au scénario étonnamment similaire coécrit par Robert Sheckley – ce qui a d’ailleurs entraîné de féroces débats aux tribunaux entre Boisset et la Fox lorsque cette dernière produisit le film de Paul-Michael Glaser en 1987).
Restait à voir ce que le réalisateur de Shaun of the Dead pouvait faire avec l’argent (et la pression) d’un gros distributeur. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on en ressort mitigé. D’abord, la première demi-heure fait peine à regarder : des situations vues mille fois, des personnages caricaturaux (le gentil trop gentil puni parce qu’il aide les autres, les méchants très méchants des multinationales qui ne l’aident pas malgré la maladie de sa petite fille trop mimi) et une ambiance rappelant si terriblement un vieux film des années 80 qu’on ne peut pas ne pas se dire que c’est voulu.
Et quand le héros se retrouve (malgré lui) embrigadé dans les « Runners », on commence à trouver, disséminé çà et là, des éléments typiques de l’humour noir et ultra-référencé de Wright. Des scènes tournées dans des stades de foot britanniques, une devise monétaire arborant la tête de Schwarzenegger, un logo de station télé hurlant sa ressemblance avec celui de Netflix : de quoi faire enfin sourire l’amateur de cinéma. D’autant que le montage, bien aidé par une musique dynamique, s’accorde avec une caméra très mouvante et que le film s’emballe enfin : la course-poursuite commence, et notre héros se révèle plein de ressources. Powell a la carrure de l’emploi : musclé, mâchoire carrée, et une rage de survivre proche de celle d’un McClane – pas vraiment un nobody, mais un gars qui en a vu d’autres, se montre un peu plus résistant et ingénieux que prévu par les hunters, sans pour autant se montrer surhumain ou trop chanceux. À bien y réfléchir, il fait furieusement penser au personnage de Total Recall dans un film traversé par quelques séquences ironiques dont le ton mordant rappelle celui de Verhoeven. Brolin qui en fait des caisses en producteur démiurge apparaîtra, selon vos humeurs, agaçant ou génial - comme Michael Cera, en fait.
Certes, les situations s’enchaînent d’un manière trop rigide (lorsque Ben trouve un allié, on sait que cela ne durera pas, qu’il sera trahi par un proche ou commettra une imprudence) mais cela colle plutôt au contexte d’un show télévisé dans lequel tout est déjà prévu, où chaque exploit du candidat vise seulement à glaner des points d’Audimat avant son exécution programmée… et inévitable ? Tourné en grande partie à Budapest (comme le Prix du Danger d’ailleurs, tiens, tiens…) avec, pour la première fois chez Wright, uniquement des caméras numériques, le film dépeint dans ses grandes lignes une société ankylosée, policée, soumise à des contrôles stricts (lorsqu’on fait la queue, on n’a même pas le droit d’ouvrir la bouche) et à laquelle on offre cette maigre compensation que sont les programmes TV dans lesquels de pauvres volontaires tentent de déjouer les pièges ignominieux des producteurs sadiques. On n'est pas loin d’Equilibrium, mais en fait l’imagerie est bien ancrée en nous grâce aux multiples visions pessimistes de l’avenir transposées à l’écran depuis des décennies.
Le finale à la Mission : Impossible n’est ni surprenant, ni satisfaisant mais fait le job avant un générique de fin reprenant les pages d’un fanzine contestataire visant à réveiller le peuple – avec des slogans très réussis, et toujours d’actualité.
Délassant, et pari semi-réussi.
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Titre original |
The Running Man |
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Date de sortie en salles |
19 novembre 2025 avec Paramount Pictures |
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Date de sortie en vidéo |
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Réalisation |
Edgar Wright |
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Distribution |
Glen Powell, Josh Brolin, Emilia Jones, Michael Cera, Emilia Jones, William H. Macy & Lee Pace |
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Scénario |
Edgar Wright & Michael Bacall d’après l’oeuvre de Stephen King |
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Photographie |
Chung-Hoon Chung |
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Musique |
Steven Price |
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Support & durée |
35 mm en 2,39 :1 /134 min |