Parlons un peu de l’Effet Science-fiction, un essai des frères Bogdanoff paru chez Robert Laffont et dont la voyante couverture cuivrée rappelle à quel point on peut être capable de dépenser sans compter pour peu que l’apparence soit avenante.
La tentative courageuse de ces jumeaux mutants de la télé consistait en la quête d’une définition valable - car celles qui ont été avancées par les spécialistes comme par les profanes ne satisfait véritablement que leurs auteurs (cf. notre dossier). À croire que la Science-fiction échappe à toute définition, à toute rationalisation.
La science-fiction me paraît d’une grande pertinence, mais je ne suis pas en mesure de l’étudier.
D’autant que son acception, ainsi son origine, diffèrent déjà suivant les contrées. Genre majeur dans les pays anglo-saxons, elle peine à percer en France malgré de glorieux aînés salués par la critique et quelques courants de pensée dynamiques soutenus par des auteurs de talent. À l’époque de la parution de l’ouvrage des Bogdanoff (1979), on pouvait compter les auteurs de SF provenant d’autres pays (quelques italiens et russes, tout au plus) sur les doigts des deux mains, pour peu qu’on se soit intéressé au sujet.
C’est une fonction indispensable à la perception du monde et à l’invention.
L’ouvrage est frustrant si l’on cherche une réponse définitive à la question de « Qu’est-ce que la science-fiction ? ». En revanche, l’enquête menée auprès des personnalités de tous bords, âges et courants politiques propose une approche intéressante, qui trahit d’abord une méconnaissance générale du genre, parfois flanquée de mépris, mais aussi une manière bien particulière de projeter ses fantasmes dans un concept fuyant (qui en devient fourre-tout) : les réponses, parfois pathétiques, parfois pertinentes, parfois drôles, font tout le sel de cet essai.
Seul le rêve permet à l’homme de survivre au milieu des monstres nés de l’inconscient de la tribu.
Il faut reconnaître une chose à ce duo improbable : ils n’ont jamais cessé de défendre la SF et se sont souvent servis de leur notoriété pour l’ouvrir au grand public. Des émissions comme Temps X manquent cruellement dans le paysage audiovisuel.
En voici quelques morceaux choisis pour illustrer notre modeste étude.
La science-fiction est le contraire de la littérature. La littérature est faite par des ratés pour des ratés. La science-fiction, elle, décrit la victoire.
Victoire sur le temps, sur l’espace, sur l’hostilité de l’univers, victoire acquise grâce à la technique.
J'avoue que j'ai longtemps partagé cette pensée, au point de m'aliéner bon nombre de profs de français. Cela m'est passé, mais je persiste à placer la SF au-dessus de tout autre genre littéraire.
La science-fiction pour moi, c’est un peu comme un poème chinois : j’aime bien regarder, mais je n’y comprends rien.
La science-fiction a pour rôle primordial de faire voir d’avance ce que demain sera. Le soir, pour moi inoubliable, où l’homme a marché sur la Lune, il y avait un enfant à côté de moi. Ce qui m’a frappé, c’est que cet enfant n’était pas surpris ; pour lui, la vérité était là-haut en tout point semblable à ce qu’il avait déjà lu dans des livres de science-fiction.
La science-fiction est parfois plus réelle que le réel lui-même. Je suis sûr que le voyage vers les étoiles sera possible tôt ou tard et que ce moment là marquera la seconde naissance de l’homme.
L’homme dans les étoiles, c’est quelque chose qui ne choque pas Dieu.
Qui a dit que le Clergé était passéiste et manquait d'ouverture d'esprit ?
La science-fiction est un coup de poing de la réalité : c’est la réalité K.O.
La science-fiction est un œil ouvert sur l’avenir. L’autre est dans le présent.
C’est tout l’art d’imaginer l’inimaginable et d’inimaginer l’imaginable.
La science-fiction est un mélange de réel et d’imaginaire qui suscite, chez le lecteur, le sentiment qu’il aperçoit une réalité plus profonde que celle qui lui est donnée dans son existence quotidienne.
Cet auteur de l’âge d’or de la SF (avec des ouvrages comme le Monde des Non-A ou À la poursuite des Slans) s’appuyait sur une constatation de sa propre expérience d’écrivain : à partir d’un fond de réalité et d’une extrapolation scientifique, il construit un univers dont il tente, à la fin, d’altérer la perception qu’on en a, jouant sur le thème des réalités illusoires sans aller jusqu’à sa déconstruction complète.
C’est en ce moment la seule littérature vivante du monde entier : la science-fiction.
La science-fiction digne de ce nom demeure pour moi la littérature romanesque qui célèbre les capacités sans limite de l’intelligence humaine, qui exalte l’esprit pionnier, qui témoigne de l’optimisme quasi-religieux du savant-poète et qui annonce la conscience cosmique. Elle est l’expression lyrique moderne de l’élan faustien.
Elle est un chant surhumaniste.
Une affirmation enthousiaste à mettre en relation avec le très bel aphorisme de Jean Giraudoux :
L’humanité est une entreprise surhumaine.