Le steampunk est un courant de la science-fiction et de l’imaginaire qui imagine des mondes dans lesquels les technologies et les inventions ont suivi une évolution différente de la nôtre. Ces univers s’inspirent généralement du XIXème siècle, de l’époque victorienne et de la première révolution industrielle, tout en intégrant des machines extraordinaires, des inventions anachroniques et des avancées techniques qui n’ont jamais existé.
Le principe est simple : et si le futur avait été inventé au XIXème siècle ?
Historiquement, le terme est apparu à la fin des années 1980 pour désigner une curieuse évolution spontanée du courant cyberpunk où la composante « cybernétique » se trouva remplacée par des évocations de l'ère de la « vapeur » (steam).
Tim Powers avec Les Voies d'Anubis (1983), fit sensation avec son récit mêlant voyage temporel, Londres du XIXe siècle et éléments fantastiques. Son cadre de référence, renforcé par des histoires de K. W. Jeter (qui sous-titrait l’un de ses romans : « A Mad Victorian Fantasy ») allait enclencher le changement et impulser un véritable mouvement s’inspirant autant de la veine gothique que des variations uchroniques. Pourtant, dès 1973, le grand Christopher Priest proposait avec la Machine à explorer l’espace une œuvre cochant presque toutes les cases de ce futur mouvement en entremêlant deux trames puisées chez H. G. Wells (la Machine à explorer le temps et la Guerre des mondes, dans une Angleterre victorienne).
D’autant qu’ils pouvaient puiser allègrement dans une matière déjà très riche : les ouvrages de Jules Verne (surtout Vingt Mille Lieues sous les mers et Robur le conquérant) et H. G. Wells offrent une grande quantité de concepts technologiques qui en font des précurseurs involontaires du steampunk, qui allait également récupérer chez Dickens, Shelley, Byron ou Coleridge le fonds socio-historique nécessaire pour dépeindre leur société alternative.
D’ailleurs, intrinsèquement, le steampunk pur et dur se situe à Londres, mais dans une Londres qui a muté il y a plus de cent ans, creuset symbolique de tous les imaginaires, des plus utopistes ou plus misérabilistes : il présente un futur né dans un monde profondément victorien, à la fois riche de possibles et cloîtré dans des normes liberticides.
Dans les années 1990, le mouvement allait réussir à ne pas s’essouffler, trouvant chez le pape du cyberpunk lui-même (William Gibson) de nouvelles ressources avec notamment la Machine à différences, co-écrit avec Bruce Sterling.
C’est là qu’il a trouvé un terreau fertile et, plutôt que de mourir de sa belle mort tout en influençant durablement les mouvements parallèles, le steampunk s’est affirmé en se libérant de ses limites structurelles, tout en colonisant par ses visuels bon nombre d’œuvres pourtant inscrites dans d’autres domaines artistiques. Déjà, par sa naissance, le steampunk se situe à la lisière des mondes de l’imaginaire, à mi-chemin de la SF (la technologie imaginaire qui prolonge les possibilités scientifiques), du fantastique (avec force créatures, monstres et phénomènes surnaturels) et de la fantasy (en y intriquant des concepts ou des mondes régis par la magie).
Le steampunk a ses invariants, qui le rendent reconnaissable entre tous : des machines à vapeur partout, des dirigeables qui sillonnent le ciel, des automates qui investissent les foyers. Quand il ne s’agit pas d’un vertige uchronique, c’est carrément un autre monde, plus ou moins proche du nôtre, qui est ainsi dépeint. Ses histoires entremêlent l’Aventure avec un grand A, avec des détectives intrépides, des aventuriers au grand cœur et des savants fous, et une certaine méfiance vis-à-vis du progrès, en posant souvent des questions existentielles sur le tissu de la société industrielle.
Comme le cyberpunk, on trouvera bon nombre d’œuvres fortement inspirées par le steampunk sans en relever directement, ce qui rend l’exercice de classification périlleux, mais jubilatoire. En revanche, sa catégorisation est souvent rendue ardue par la proximité immédiate d’autres sous-genre, comme le rétrofuturisme et l’uchronie, voire le « diesel punk » ou la « gaslamp fantasy » !
Et si, fondamentalement, il n’a guère apporté de nouveauté dans ses histoires, graphiquement, c’est souvent à couper le souffle.
Vous trouverez ci-dessous les œuvres chroniquées sur le blog et pouvant s’inscrire dans le thème « Steampunk ». Les titres en couleurs sont cliquables et renvoient à leur chronique sur ce blog ou sur le Coin Critique.
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