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les Dragons chez Michael Moorcock [dossier]

les Dragons chez Michael Moorcock [dossier]

L’envergure de ces êtres presque éteints était de dix mètres. Leur corps de serpent mesurait de douze à quinze mètres du museau étroit au redoutable fouet de la queue et, bien que ne crachant pas le feu et la fumée légendaire, le contact de leur venin suffisait à enflammer le bois et le tissu.

Michael Moorcock

Ainsi Michael Moorcock décrit-il les dragons présents dans Elric le Nécromancien.

Elric, l’empereur albinos, dernier rejeton de la famille royale de Melniboné dont les membres, les Princes-Dragons, semblent avoir domestiqué ces créatures vieilles comme le monde. Dans la Revanche de la Rose, on apprend même que ces bêtes représentent le sortilège originel de la Création.

Elric monte Croc-de-flammes (Flamefang).

Elric monte Croc-de-flammes (Flamefang).

Et là, les jeunes générations s’étonnent des échos qu’engendrent ces paroles, elles qui ont été nourries aux romans et aux séries tirées de l’univers de Game of Thrones : George R. R. Martin n’a en effet rien inventé, et les Targaryens capables de chevaucher les dragons ressemblent fortement aux Melnibonéens dotés des mêmes capacités surnaturelles.

Le dragon, après tout, est une créature extrêmement ancienne, tant dans le folklore européen qu’asiatique.

On pourrait se demander ce qui fascinait tant Moorcock chez ces monstres légendaires. Tout d’abord, il est certain que l’auteur anglais a puisé à de nombreuses sources ancestrales pour rédiger la trame des récits dans lesquels se meut son Champion Éternel : à la fin des années 50, lorsqu’il a commencé à mettre en forme les aventures d’Elric, le Prince albinos errant armé de sa monstrueuse épée runique Stormbringer, Michael Moorcock n’appréciait déjà plus les romans d’heroic fantasy qui lui plaisaient tant dans sa jeunesse. Toutefois, dans le but de satisfaire une commande, et par goût de la provocation, il en a adopté la forme pour mieux aller à l’encontre des principes qui régentaient jusque lors le genre. Elric, personnage atypique se questionnant sans cesse sur sa destinée, était né. Lui suivront d’autres avatars, tels ErekosëCorum ou Hawkmoon. 

Chaque fois, les dragons ne seront pas très loin.

les Dragons chez Michael Moorcock [dossier]

L’auteur l’avoue lui-même : tout en reconnaissant l’influence de Leigh Brackett qui avait déjà écrit (dans le pulp Planet Stories) des histoires au sein desquelles des dragons servaient de montures, il a été un des premiers (avec Jack Vance pour Dragon Masters publié pour la première fois dans Galaxy en 1962) à décrire un monde cohérent dans lequel existait une relation entre humains et dragons. Dit comme cela, on n’est pas loin de Pern et d’Ann McCaffrey (cf. Dragonflight, 1971), voire de Terremer, qu’Ursula Le Guin composa entre 1968 et 1972.

Et qu’en est-il de ces dragons ? C’est principalement dans la saga d’Elric qu’on les retrouve, même si la Terre du Tragique Millénaire de Dorian Hawkmoon en connaît une version marine :

les Dragons chez Michael Moorcock [dossier]

C’étaient d’immenses reptiles dont les babines sanglantes s’ouvraient largement sur trois rangées de crocs acérés : des trombes d’eau dégouttaient le long de leurs écailles luisantes ; leurs yeux démoniaques jetaient des éclairs furieux.

Michael Moorcock

On les retrouve aussi chez Erekosë. La tarasque enchâssée dans l’Épée-Dragon était une bête gigantesque, un reptile dont les écailles ondoyaient sous le soleil et capable de voyager entre les Plans.

 

les Dragons chez Michael Moorcock [dossier]

Les dragons de Melniboné, nettement plus « conventionnels », rappellent par certains aspects ceux des contes de notre jeunesse. Ils ont des écailles noires et vertes et des ailes de cuir, leurs pattes sont griffues et leurs narines rouges. Ils vivent plusieurs milliers d’années mais passent le plus clair de cette existence à sommeiller dans des cavernes, sous la garde des Chevaliers-Dragons dont chacun possède sa monture attitrée.

les Dragons chez Michael Moorcock [dossier]

Doit-on pour autant penser qu’il y a un lien spécifique entre l’homme et la bête ? L’auteur ne le précise pas, même si Croc-de-Flammes, le coursier dragon d’Elric, parvient à comprendre les ordres qui lui sont donnés (mais il ne parle pas, on n’est ni dans Cœur de Dragon, le film de Rob Cohen, ni même dans la Première Leçon du Sorcier de Terry Goodkind).

Lorsqu’ils sont éveillés pour croiser dans les airs ou attaquer des navires pirates, ils requièrent énormément de repos ensuite, d’autant que leur nombre baisse à mesure que l’influence de Melniboné faiblit : à la fin de la saga, seuls 98 dragons répondront à l’appel du Cor du Destin pour participer à l’Ultime bataille. Issus d’une magie plus ancienne que les humains, les dragons les ont précédés sur Terre et risquent bien de leur survivre. 

Illustration pour l'écran du Maître de jeu d'Elric !

Illustration pour l'écran du Maître de jeu d'Elric !

Dans le cycle d’Elric, nés avec le monde, les Dragons en verront la fin et avec eux disparaîtra la forme la plus pure de la magie du Chaos.

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