L’exemple même d’un concept surexploité, qui perd en route ce qui en faisait sa particularité.
Il faut dire que le premier volume de Crossed était impressionnant. Du Garth Ennis pur jus, violent et sans pudeur ni tabou, sorte de coup de poing dans ta face qui laisse groggy le temps que tu comprennes que d’autres thèmes que la cruauté et le sadisme sont en jeu dans son récit de fin du monde désespéré. La suite décevait un peu, mais restait sur les mêmes rails, avec une écriture adulte plutôt roborative.
C’est la différence entre l’homme et l’animal, petite : un chien doit se faire rouler dessus par une voiture pour savoir que c’est dangereux.
Ici, on sent bien la fascination exercée par la série originelle sur les éditeurs. Lapham n’est pas le premier venu, pourtant il choisit, avec ce troisième volet sur les infectés à la croix, la voie de la facilité en n’exposant que ce qu’il peut y avoir de plus pervers dans la nature humaine, qu’elle soit contaminée ou pas.
Certes, il était assez pertinent de confronter les deux faces du démon : celle, visible et dévastatrice de ces zombies animés uniquement par la violence et le vice mais aussi l’autre, sombre, celée sous les tabous de l’éducation et de la civilisation, telle une bête qu’on réfrène en permanence. L'idée de renvoyer dos à dos des monstres tueurs et des héros libérateurs était pleine de bonnes intentions. Pratt, par sa pugnacité, son énergie communicative, sons statut de leader et son sens de l’organisation, avait su mettre à l’abri une bonne partie de sa grande famille ; ce n’était pas gagné d’avance tant on sait combien ces infectés sont implacables. Animé par une nouvelle foi qui se nourrit de la détresse du monde, il guide ses ouailles jusqu’à l’aube d’un monde nouveau. Oui mais… sa fille sait ce qu’il est, ce qu’il cache sous cette apparence de colosse rassurant. Elle se tait parce qu’elle, et les autres, lui doivent la vie. Néanmoins, cette vérité la ronge.
Un seul esprit, un seul but, un seul Dieu : le Monde ne permettait pas plus.
De fait, le premier tiers maintient l’intérêt par l’attente de la seconde révélation : Adaline a déjà vu une première fois son père à l’œuvre. Ensuite, une bascule s’opère et la série se poursuit sans autre volonté que celle d’accumuler les morts les plus atroces et les souffrances les plus insoutenables.
C’est bien la première fois que j’achète un livre sur lequel est apposé l’autocollant :
AVERTISSEMENT
Ce comic est violent, amoral
et profondément malsain.
L’avertissement est à peine exagéré. L’écœurement gagne tandis qu’on se désespère dans l’attente d’une résolution tirée par les cheveux. L'on se demande alors si on n'a pas poursuivi par simple voyeurisme car on ne trouve pas d'autre intérêt que la satisfaction d'instincts primaires dans cette succession de tortures visuelles.
On n’est pas loin du gâchis. Restent quelques intéressantes couvertures variantes reprenant et détournant des photos, toiles ou affiches célèbres.
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Titre original |
Crossed : Family Values |
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Auteur |
David Lapham |
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Dessins |
Javier Barreño |
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Couverture |
Javier Barreño |
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Format |
comics |
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Édition |
Bragelonne 2012 |
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Série |
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Collection |
Milady Graphics |
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Édition originale |
Avatar Press 2011 |
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Traduction |
Philippe Touboul |
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Nombre de pages |
160 |