Résumé : Le Dragon-Zéphyr est l’une des nombreuses vacuonefs qui parcourent inlassablement les vastes étendues cosmiques du Second Âge des Étoiles : des vaisseaux géants allant d’un système stellaire à un autre en franchissant des années-lumière grâce à une technologie héritée de la Race des Précurseurs, qui utilise l’énergie déployée par l’orgasme féminin.
Ce roman est une sorte de testament, le dernier témoignage du capitaine Genro qu’il enregistre après avoir commis l’irréparable, un acte de folie sacrificiel… par amour pour son Pilote.
Norman Spinrad est un vétéran de la SF, Américain qui a fini par s’installer à Paris à la fin des années 1980. Mais c’est un vétéran d’après l’Âge d’Or, qui a publié ses œuvres maîtresses dans ce renouveau de la SF concomitant à la sortie de Dangereuses Visions d’Harlan Ellison (1967), recueil dans lequel il publie Carcinoma Angels (un récit comique sur… le cancer) tandis qu’il achevait le roman qui allait faire de lui une superstar du genre : Jack Barron & l’Éternité.
Depuis, il s’est fait une réputation. Si Ellison ne tarit pas d’éloges, il n’en va pas de même des critiques professionnels ou des lecteurs : son ton provocateur, le choix de thèmes polémiques, cette sorte de suffisance qui peut se dégager de ses textes en a outré plus d’un, stupéfait d’autres et séduit les derniers.
Il est vrai qu’écrire une histoire de SF qui serait signée d’Adolf Hitler, ce n’est pas anodin – d’autant que Spinrad pousse la provocation jusque dans le vocabulaire et le style employés dans le très controversé, génial selon les uns, insupportable selon les autres, Rêve de fer.
Onze ans après, the Void Captain’s Tale réunit les mêmes atouts et/ou défauts : sorti en 1983, en course pour le prix Nebula, il s’est heurté à l’hostilité de nombreux commentateurs qui l’ont rejeté non seulement pour son contenu, jugé trop « sexuel », mais aussi pour sa narration (trop pédante) ou son intrigue (trop immobile, voire ennuyeuse).
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Chroniques des classiques : Rêve de Fer
" Rêve de fer est né d'une plaisanterie. J'ai fini par me mettre à l'écrire, et c'est devenu beaucoup moins drôle... " C'est ainsi que Norma...
http://umac2.blogspot.com/2021/02/chronique-des-classiques-reve-de-fer.html
Et il nous sera difficile de les contredire. Certes, on n’est pas dans l’outrance verbale de Rêve de fer, mais Spinrad ne faisant pas les choses à moitié, il choisit de développer un style d’écriture surchargé, entremêlant plusieurs idiomes en incluant systématiquement des expressions en allemand, espagnol ou anglais (dans la VF – saluons le travail minutieux de Jacques Guiod), usant de phrases abondamment pourvues en adjectifs et qui n’hésitent pas à recourir à la répétition. D’où une lecture assez laborieuse qui passe par une forme de décryptage avant d’adhérer à ce style pompeux, ou pas.
La démarche apparaît pourtant aussi assumée que cohérente : le Second Âge de Étoiles a vu l’émigration de millions d’individus issus de nations différentes, et la création d’une langue commune bâtarde, dans laquelle surnagent quelques locutions natales qui ont traversé les siècles. Spinrad n’est ni le premier ni le dernier à avoir théorisé sur cela : on le retrouve exprimé dans des termes similaires dans la description de l’Hégémonie humaine des Cantos d’Hypérion de Dan Simmons, certaines planètes étant créées comme des colonies extrastellaires des États terrestres.
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Le second point concerne l’aspect fortement sexualisé du roman. Il n’était pourtant pas rare de voir publié dans le genre SF des années 70 des textes incorporant des scènes de sexe, voire plus ou moins ouvertement érotiques ou même de la porno-fiction : Philip José Farmer avec son Comme une bête (1968) ou ses variations sur Tarzan comme la Jungle nue (1969) ; Samuel Delany dans Vice-versa (1973). La collection « Superlights » Futurama dans laquelle on peut trouver certaines éditions précoces du roman [cf. ci-contre] est d’ailleurs spécialisée dans des textes plus adultes que la norme (on peut dire la même chose de « Titres SF » chez Lattès, dont certains volumes portent la mention « Pour adultes seulement »).
Ici, la composante sexuelle se veut une part entière de l’intrigue : les vacuonefs peuvent effectuer le Saut (hyperspatial) grâce à l’interface entre un Pilote (forcément féminin) et une machinerie électronique calculant les coordonnées du saut. Lorsque le Pilote atteint une forme d’extase libératoire, l’énergie déployée permet de briser les barrières de l’espace-temps, et c’est l’interface qui permet au vaisseau de revenir dans notre continuum, intact, mais plusieurs années-lumière plus loin.
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Dit comme ça c’est, au mieux, curieux, sinon risible ou ridicule. Néanmoins, Spinrad s’y tient car il lui permet de se lancer dans de longues et incessantes diatribes fondées sur le parallèle entre l’orgasme physique, qui peut être décuplé par différentes formes de yogas tantriques (je vous passe les détails), et cet orgasme ultime, quantique, par lequel le Pilote effleure la sensation du Grand Unique, à la fois Néant et somme de toutes choses. Et la laisse après chaque saut forcément frustrée, et désireuse d’y retourner – quand bien même l’expérience soit extrêmement éprouvante sur le plan physiologique.
Dès lors, lorsqu’une Pilote entreprend de séduire le Capitaine d’un de ces vaisseaux, contre toute attente et prenant le contrepied de la morale (les rapports sociaux étant profondément codifiés dans cette époque future), l’issue ne peut être que tragique.

C’est ce que raconte donc Genro, commandant du vaisseau, lorsqu’il commence son récit par la fin : l’impensable est survenu, par sa faute, après qu’il a eu une liaison avec Dominique, la Pilote affectée au Dragon-Zéphyr. Ce sont les circonstances préalables à ce désastre qu’il entreprend de narrer dans un vaisseau en perdition.
Narrer dans le détail, patiemment, en s’attardant sur les règles de vie à bord de cette nef conçue comme un monde humain miniature, avec ses notables (les Honorables Passagers) très fortunés évoluant dans les cadres les plus sophistiqués et voluptueux possibles (des chambres de rêve, des restaurants thématiques aux chefs étoilés) et s’adonnant à tous les plaisirs sans aucune retenue autre que le simple fait de parader : la gastronomie, les spectacles, les arts et le sexe, tous traités avec autant de passion que de nonchalance. Et le Capitaine doit veiller à ce que tout ce petit monde se sente bien, en n’hésitant jamais à se mêler à eux pour conserver une forme d’équilibre social fondé sur des rapports millimétrés, des jeux de séduction minutieusement orchestrés.
Et quand un Capitaine n’a plus « la tête à ça », tout ce petit monde part à vau-l’eau : la confiance est rompue et l’équipage envisage la mutinerie.
C’est ce que raconte ce roman étrange, assez ardu par ses approches presque outrancières, qui perdra aisément le lecteur en route au travers de trop nombreuses élucubrations sur le sens de la vie avant de, finalement, par petites touches presque rédigées à regret, d’installer une forme de romance brisant codes et tabous, mais non dénuée de charme.
Effectivement, le suspense est quasi-absent, la tension repose uniquement sur la manière dont Genro en est arrivé à effectuer ce qu’il n’avait pas le droit d’effectuer, allant jusqu’à sacrifier son honneur, sa réputation, sa carrière, son équipage, son vaisseau pour satisfaire quoi ?
Une illusion.
L’ombre d’une illusion.
À se demander si ce choix en valait la peine – et si la lecture en valait également la peine.
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Titre original |
The Void Captain’s Tale |
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Auteur |
Norman Spinrad |
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Dessins |
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Couverture |
Raymond Hermange |
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Format |
Poche |
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Édition |
Presses de la Cité 1982 |
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Série |
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Collection |
Futurama |
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Édition originale |
Norman Spinrad 1982 |
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Traduction |
Jacques Guiod |
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Nombre de pages |
220 |