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l'Ecran Miroir

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Soul
Soul

Le retour tant attendu de Pixar, celui qui nous faisait rêver avec des films originaux, drôles, émouvants. Les créateurs de Vice Versa nous reviennent en forme avec Soul, petit chef d’œuvre rempli d’espoir, de celui dont nous avons tous bien besoin en ce moment. Disponible sur Disney + dès le 25 décembre, en espérant que le film puisse également sortir en vidéo afin qu’un maximum de spectateurs en profitent. Vivement conseillé !

Soul

Que cela fait du bien de voir un film Pixar aussi original, aussi respectueux de son public, après que le studio se soit récemment un peu fourvoyé dans des projets plus ou moins inspirés ! Ce n’est pas que - par exemple - Toy Story 4 était un ratage, bien au contraire même, mais comme de nombreux autres longs-métrages de leur production, il apparaissait - tout en étant sympathique - comme un peu dénué d’intérêt. Le savoir-faire Pixar en pilotage automatique, la maison aux idées toutes plus inventives les unes que les autres en manque d’audace.

Fort heureusement, ce n’est pas le cas avec ce petit chef d’œuvre disponible dès le 25 décembre 2020. Et ce n’est pas une surprise que de constater que l’un des co-réalisateurs de Soul est le génial Pete Docter, à qui l’on doit les films aux concepts les plus euphorisants de la firme (Monstres & Cie). D’ailleurs Soul est probablement la plus grande réussite de Pixar depuis Vice Versa, avec lequel il partage de nombreux points communs, notamment son goût pour l’abstraction. Ici, le synopsis pourra paraître encore plus casse-gueule, plus ambitieux peut-être également, le fait est que le résultat s’avère plutôt limpide et parfaitement compréhensible.

Synopsis : Passionné de jazz et professeur de musique dans un collège, Joe Gardner a enfin l’opportunité de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais un malencontreux faux pas le précipite dans le « Grand Avant » – un endroit fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, leur caractère et leur spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Bien décidé à retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22, une âme espiègle et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de vivre une vie humaine. En essayant désespérément de montrer à 22 à quel point l’existence est formidable, Joe pourrait bien découvrir les réponses aux questions les plus importantes sur le sens de la vie.

On pourrait reprocher au film une trop grande proximité avec certaines idées de Vice Versa et de Ratatouille, un peu de redondance parfois et quelques facilités scénaristiques qui l’empêchent de se hisser au niveau d’excellence et d’évidence des aventures émotionnelles de Riley, tout au plus, le principal étant que l’ensemble fonctionne parfaitement. Tout y est surprenant, drôle et surtout émouvant. Car plus encore que son univers complètement farfelu, ce que l’on retient de Soul ce sont surtout ses nombreux personnages, principaux ou non, qui font vivre le film au cours de petites vignettes d’apparence banales (la visite chez le coiffeur, entre autres exemples) mais tellement attachantes, revigorantes et humanistes. Le long-métrage interroge constamment les spectateurs, les pousse sans cesse à remettre en question les choix de Joe Gardner, le héros, à en saisir toutes les nuances de sa personnalité (il est à la fois un homme blasé et débordant d’optimisme, égoïste et altruiste, continuellement tiraillé entre son devoir et ses envies, évoluant littéralement entre deux mondes, deux corps, deux métiers, deux périodes de sa vie - ce n’est plus un adolescent mais il n’a pas encore la stabilité théorique d’un adulte tel qu’on l’imagine de manière schématique - voire deux horaires journaliers, enseignant le jour ou musicien la nuit) et à comprendre les mécanismes de la construction psychologique d’un individu. On y raconte de manière ludique des principes aussi vastes que celui des prédispositions, du talent, des traits de caractères indissociables de tout être, tout en expliquant qu’il n’y a pas de fatalité, que chacun est libre de choisir qui il a réellement envie de devenir. Et c’est ce message plein d’espoir qui fait toute la force du film de Pete Docter et Kemp Powers. Ajoutez à ce formidable récit une mise en scène absolument superbe utilisant avec génie le format 2.39 : 1 du film, ainsi qu’une bande originale de Trent Reznor et Atticus Ross (The Social Network), et vous aurez le parfait divertissement, l’un des meilleurs de l’année.

Disponible sur Disney + pour les fêtes, en espérant une sortie en vidéo pour toucher un maximum de spectateurs. Vivement conseillé !

Titre original

Soul

Date de sortie en salles

 

Date de sortie en vidéo

 

Date de sortie en VOD

25 décembre 2020 avec Disney +

Réalisation

Pete Docter & Kemp Powers

Distribution

V.O. : Jamie Foxx & Tina Fey ; V.F. : Omar Sy, Camille Cottin & Ramzy Bedia

Scénario

Pete Docter, Kemp Powers & Mike Jones

Photographie

Matt Aspbury & Ian Megibben

Musique

Trent Reznor & Atticus Ross

Support & durée

2.39 :1/100 min

Nous avons pu assister à un Q&A avec l’équipe, dont voici la retranscription fournie par Disney.

Transcript écrit en français du Q&A du jeudi 17 décembre 20 avec Pete Docter réalisateur et directeur de la création des studios d’animation Pixar, le coréalisateur Kemp Powers, et la productrice Dana Murray.

Soul

Bonjour à vous tous qui nous regardez. Je suis Chris, j'ai le plaisir et l'honneur de travailler pour les studios d’animation Pixar et nous sommes là aujourd'hui pour parler de SOUL, notre nouveau film qui sortira sur Disney + le 25 décembre prochain.

Mais sans plus tarder, j'aimerais vous présenter le réalisateur Pete Docter, le coréalisateur Kemp Powers, et la productrice Dana Murray. Je voudrais également mentionner que Kemp est aussi l’un des coscénaristes de SOUL aux côtés de Pete Docter et Mike Jones.

  • Bienvenue à vous, comment allez-vous ?
  • Très bien merci. C’est bon d’être là.
  • Nous sommes avec nos amis en France et si, vous le voulez bien, démarrons notre session.
  • Merci Chris.
  • Je commence avec vous Pete : que pourriez-vous nous dire de l’origine de ce nouveau chef-d’œuvre, qu’est-ce qui vous a inspiré ? C’est inoubliable, c’est très émouvant et l’animation est superbe. D’où vous est venue l’idée ?
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Pete : Merci. L’idée est venue après VICE-VERSA. Vous savez, je suis un fan et un passionné d’animation depuis longtemps et après VICE-VERSA je me suis demandé comment cela pourrait-il être mieux ? Vous savez le film a été très bien reçu par la critique, le public l’a adoré et nous avons eu des super entrées, et je me suis dit et maintenant qu’est-ce que je fais ? D’une manière étrange, j’étais comme dégonflé car le film avait atteint de tels sommets que je pensais que tout allait trouver sa place dans ma vie et que je trouverai les réponses à mes questions, c’était absurde. Je pense que beaucoup d’entre nous se fixent ces grands objectifs en se disant : un jour je réussirai et tout ira bien dans ma vie, mais bien sûr cela ne se passe pas ainsi. C’est ce qu’exprime ce film.

En même temps, mes enfants grandissaient - pardon ma réponse est longue - et devenaient de jeunes adultes, ça m’a amené à repenser à leurs vies, à leur naissance, je me rappelais qu’ils savaient déjà qui ils étaient, ça se voyait. Quand on est rentrés de l’hôpital, ils avaient déjà leur personnalité et je me suis demandé : comment est-ce possible, d’où cela vient-il ? Je me suis dit qu’il y avait peut-être un lieu qui formait ces personnalités et donnait ces caractéristiques à chacun. Nous avons fini par l’appeler le « Grand-Avant », au fait c’est Lindsey Collins (Pixar) qui a trouvé ce nom, vous vous souvenez ? Bref, ces deux éléments ont fusionné en quelque sorte comme suit : sommes-nous envoyés sur Terre avec un but ? Sommes-nous censés accomplir quelque chose durant nos vies ? Y a-t-il une quelconque signification à la vie ? Ou sommes-nous supposés le trouver par nous-mêmes ? Ce sont ces éléments, ces ingrédients que nous avons mis dans la cocotte pour faire ce film.

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Merci Pete.

Kemp, je me tourne vers vous, vous avez aussi prêté vos talents d’écriture à Star Trek : Discovery, et bien sûr votre pièce de théâtre, One Night in Miami..., qui a été adaptée à l’écran et qui sortira également cette année, réalisée par Regina Kane, félicitations pour cela.

SOUL est votre premier film d’animation, que pensez-vous du travail dans l’animation et pouvez-vous nous dire comment vous avez partag" les tâches avec Pete en tant que coréalisateur ?

Kemp : Bien sûr ! C’était mon premier film d’animation. Je dois dire, qu’ayant été un fan de longue date de Pixar et de l’animation en général - mon premier travail d’écriture a été pour un comic indépendant du temps de l’université - je sentais que cela me convenait très bien. Je pense que la grande différence entre les prises de vues réelles et l’animation, est la nature collaborative du travail, le grand nombre de personnes impliquées.

Vous savez, dans les prises de vues réelles, le travail d’écriture est un parcours très solitaire, vous écrivez seul votre scénario, vous faites quelques révisions, puis vous le soumettez et vous espérez que lorsque la version filmée apparaitra à l’écran de télé ou de cinéma vous arriverez  à reconnaitre encore ce que vous aviez écrit, car à ce stade vous êtes hors-circuit. Tandis que dans l’animation, l’écriture se fait constamment. Honnêtement, je ne pense pas que nous ayons réuni tous les éléments du script avant la toute fin du processus, parce que nous travaillions les séquences dans le désordre. Quant à mes tâches de coréalisateur, franchement la meilleure comparaison que je puisse faire est celle de copilote. C’est comme dans un avion vous avez le pilote et le copilote, assis à côté de lui ou d’elle, j’étais en réalité le copilote, chaque réunion avec les équipes artistiques, concepteurs de personnages, décors, rushes, j’étais là pour donner mon avis aux côtés de Pete. Parfois mon opinion était très similaire à la sienne, et d’autres fois elle était différente, et nous discutions de la meilleure manière de faire. Encore une fois, cela décrit bien le travail collaboratif.

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Merci, merci d’avoir aidé au pilotage de cet avion. Et pour poursuivre la métaphore de l’avion, je suis heureux que vous ayez eu des collaborations dans la création qui vous ont amené à échanger entre vous pour trouver la meilleure solution. Néanmoins, j’espère que les choses se passent autrement pour les pilotes quand ils sont en vol.

Dana, question pour vous : vous avez produit le magnifique court métrage Lou qui a été nommé aux Oscars, mais SOUL est votre première en tant que productrice d’un long métrage d’animation. Parlez-nous de votre expérience, comment c’était et en quoi cela est- il différent de produire un long métrage d’animation comparé à un court métrage ?

Dana Murray : Produire un court métrage est une très bonne porte d’entrée pour apprendre plein de choses sur la production, je suis très reconnaissante pour cette expérience. Faire un long métrage, c’est cette même expérience multipliée par 500. Dans un court métrage vous produisez une séquence tandis qu’ici vous en produisez 40. L’équipe peut atteindre parfois 350 personnes, vous gérez donc énormément de choses au quotidien mais, vous savez, nous avons des personnes extraordinaires qui sont là à nos côtés, et pas seulement au niveau des exécutives mais à tous les niveaux des équipes. Tout le monde travaille très dur.

Je pense que ce qui était différent à propos de ce film était que nous avions un délai plus court et beaucoup d’aspects difficiles. Le plus gratifiant a été les questions culturelles et le recours aux conseillers. La musique est différente et ça rajoute au travail, c’est juste que c’est un travail beaucoup plus grand. C’est une des meilleures expériences que je n’ai jamais eue.

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licitations. Nous reviendrons sur la musique, mais d’abord, Pete, c’est votre 4e film d’animation, pouvez-vous nous dire comment votre approche a changé d’un film à l’autre, de MONSTRES & Cie, LA-HAUT et VICE-VERSA et maintenant SOUL ?

  • Eh bien, quand j’ai commencé sur MONSTRES & Cie, je n’avais aucune idée de ce que je faisais, d’ailleurs ça n’a pas changé je ne sais toujours pas ce que je fais ! Je me jette à l’eau en quelque sorte. Joe Ranft, coscénariste de TOY STORY, a décrit les choses ainsi : c’est comme une voiture embourbée, plus vous essayez de démarrer plus les pneus tournent à vide, puis vous réalisez qu’un des pneus a très peu de chape alors vous mettez des sacs de sable derrière ce pneu pour pouvoir sortir la voiture de la boue. Je sens que faire un film c’est un peu comme cela, souvent vous vous sentez bloqué jusqu’au moment où vous sentez que quelque chose prend, cela peut être un personnage, un thème, un sentiment, dans le cas de ce film comme je l’ai dit c’était plus un sentiment ou une circonstance de la vie. Je n’étais pas tellement porté par le personnage, par exemple dans LA-HAUT on savait qui était Karl, on ne connaissait pas son histoire, mais c’est le personnage qui est venu en premier. Chaque film est différent, et il faut avoir confiance dans le chaos inhérent, dans le processus créatif et ne pas arriver avec une idée préconçue : c’est comme ça que ça marche, laissez aller et gardez en tête que personne ne sait ce que vous faites, il faut simplement y aller.

Dana Murray : Ce n’est pas vrai !

Pete : Ce n’est pas vrai ?

Dana : Non, vous savez très bien ce que vous faites.

Pete : Je veux dire si je savais exactement comment j’allais faire, je me sentirais beaucoup plus en sécurité, surtout avec tout l’argent et le temps dépensés sur ces films. Vous imaginez si on avait un scénario que nous savions être en or ? Ca n’arrive jamais. (Rires)

Il semble que la découverte fasse partie du processus ?

Pete : Absolument.

Kemp, vous êtes de New York, est-ce que cette ville était obligatoirement le lieu où devait se dérouler l’histoire ou l’aviez-vous imaginée dans une autre ville par exemple ?

Kemp : Je pense que les deux seules villes, considérant combien l’ancrage du jazz y était profond, étaient New York et La Nouvelle-Orléans. Cette dernière étant bien sûr le lieu de naissance du jazz, mais il y a eu d’autres films d’animation ces dernières années qui étaient à la Nouvelle Orléans et ils avaient capté cet aspect. A New York se trouvent certains des clubs de jazz les plus iconiques des Etats-Unis et du monde. Et pour être honnête, quand vous pensez à l’histoire que vous essayez de raconter, New York l’emportait vraiment comme LA ville pour Joe.

Et parlant de jazz, Pete, comment avez-vous décidé d’amener le jazz dans ce film ?

Pete : Au départ, c’était un choix esthétique, je veux dire par là, nous cherchions quelque chose de sympa à regarder. Le jazz a une longue histoire avec l’animation, depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie. Si on pense à Betty Boop et nombre des premiers films de Disney, il y avait du jazz. Je pense que c’est l’énergie, l’esprit du jazz qui colle bien. En cherchant plus, il y avait aussi cette citation de Herbie Hancock – certaines personnes qui nous écoutent l’ont sans doute déjà entendue mais je la raconte au cas où - il racontait l’histoire du jour où il a joué avec Miles Davis, le grand Miles Davis, pendant une tournée, en Europe je crois, et il disait : nous faisions une super tournée et ce concert était particulièrement magnifique jusqu’au moment où, Herbie raconte, il a joué une note tellement fausse qu’il était inquiet d’avoir anéanti tout le concert. Il a regardé Miles qui a juste pris son souffle, joué quelques notes et rectifié la note de Herbie. Il n’arrivait pas à comprendre comment il avait réussi ça, cela lui a pris des années pour comprendre ce que Miles avait fait : il n’avait pas jugé ce qui était arrivé, il n’avait pas dit ça c’est mauvais, ou arrêté le concert, il l’a juste prise comme une nouvelle chose qui arrivait et a fait ce que tout grand musicien de jazz devrait essayer de faire : quoiqu’il arrive, le transformer en quelque chose de bien. Je me souviens lorsqu’on a entendu cette histoire la première fois, on s’est dit c’est exactement ce que nous essayons de dire avec notre histoire, c’est exactement notre thème, l’idée que nous sommes en train d’improviser notre vie, qu’on ne suit pas un scénario, c’est exactement ce que le jazz raconte, vous ne jouez pas des notes, vous les improvisez tout en jouant. On sentait que le jazz avait beaucoup à nous apprendre sur l’histoire que nous racontions.

Et bien sûr, vous avez demandé à cet extraordinaire musicien qu’est Jon Batiste de vous aider à composer la musique de jazz pour le film.

Dana, pouvez-vous nous parler un peu de ce processus, comment avez-vous d’abord trouvé Jon et comment avez-vous travaillé avec lui une fois qu’il était à bord ?

Dana Murray : Nous sommes des fans de la première heure du Colbert Show et Robert van Johns nous avait dit que Jon Batiste serait vraiment bien. Nous étions tous d’accord et nous sommes allés à Los Angeles pour le rencontrer et Pete lui a « pitché » l’histoire. Cette rencontre est l’un de ces magnifiques souvenirs ! Jon était tellement excité, il jubilait et Pete et moi nous demandions si c’était vrai ! Il a été un partenaire et un collaborateur extraordinaire, pas seulement comme consultant culturel ; il a également enseigné la culture jazz à l’équipe et la culture afro-américaine, l’Histoire. De toute évidence, c’est un musicien de génie et c’était génial car nous avions besoin que ses performances animent les scènes en musique, et on avait de nombreuses caméras, on a pu tout filmer et les donner aux animateurs. C’est l’un des grands partenaires du film.

Et à l’autre bout du spectre, vous avez aussi fait appel pour la musique à Trent Reznor et Atticus Ross en particulier pour les scènes du « Grand-Avant ». Les films Pixar sont en général mis en musique de manière assez classique avec une composition orchestrale. Comment avez-vous travaillé avec Trent Reznor et Atticus Ross qui ont une approche très différente de la musique d’un film, Pete ?

Pete : Je ne sais pas si on a vraiment décidé, mais nous avions entendu dire qu’ils aimaient proposer des sketches au fur et à mesure, donc on était à mi-chemin, comme avec Randy Newman, on avait presque terminé le film ou certaines parties et nous le donnions aux musiciens pour qu’ils composent la musique qui accompagnerait ces images. Dans ce cas, Trent Reznor et Atticus Ross, nous donnaient ces petits sketches de démonstration - j’essaye de me souvenir si c’était 5 ou 7 démonstrations - et dans certains cas, par exemple à la fin quand Joe joue en direct, je pense que c’était 5, 5 propositions complétement différentes, pour voir si l’une d’entre elles nous convenait. Tout en faisant la scène, nous prenions ces bouts de musique, on les copiait-collait, on prenait des idées qu’ils avaient pour cette partie du film et on les mettait là. C’était très organique, une manière différente de travailler. Ensuite bien sûr, ils les reprenaient pour améliorer le son de nos montages. Mais la musique faisait partie du récit d’une manière qui était nouvelle pour nous, c’était très cool. Ce que je dirais aussi c’est qu’ils semblaient dès le début avoir vraiment connecté avec le thème du film, essayant de raconter une histoire qui faisait vraiment écho à ce que nous voulions.

Ils avaient dit : une fois qu’on fera un Stadium Show, on y sera vraiment arrivés, la vie se mettra vraiment en place. Le concert a eu lieu et ils étaient dans les coulisses attendant tout le monde, puis tout le monde est rentré chez soi et a repris sa vie mais ils étaient restés les mêmes. Là je me suis dit ah ça, ça va vraiment bien marcher, émotionnellement ils comprennent ce dont nous voulons parler dans le film, et c’est fondamental quand vous travaillez avec des artistes de vous assurer qu’ils sont sur la même longueur d’ondes que vous.

SOUL est vraiment un film sur la vie, mais bien sûr quand on explore la vie il faut aborder la notion de mort de manière explicite et franche. Comment abordez-vous cela Kemp quand vous travaillez sur le scénario d’un film sachant que beaucoup d’enfants vont le voir et que parler de mort peut être parfois un exercice difficile quand il s’agit d’enfants ?

Kemp : C’est intéressant comment beaucoup de gens nous parlent de la mort, or pour nous ce film était une exploration de la vie. L’au-delà, ce qui arrive après la mort, ne représente que des moments furtifs dans le film et nous ne montrons même pas ce qui se passe là-bas, nous allons tout de suite au monde d’avant, le monde des potentiels. Mais pour apporter une réponse spécifique, je pense que les enfants, et ce que j’aime dans le travail avec Pixar et d’écrire un film Pixar est que nous ne prenons pas les enfants de haut, ni ne leur imposons quoique ce soit. Les enfants comprennent ces notions complexes et ils ont déjà ces questionnements qu’on leur en parle ou pas, et je pense qu’en ne les prenant pas de haut et le fait de travailler avec un media visuel, nous sommes le medium parfait pour traiter de ces questions d’une manière qui n’est pas effrayante pour les enfants.

Malgré cela, vous savez, nous comprenons ces inquiétudes et nous faisons des projections tests spécifiques pour les enfants pour nous assurer que nous ne nous faisons pas d’illusions, que nous ne sommes pas en train de travailler sur une œuvre qui va terrifier une génération entière. C’était vraiment rassurant dans le cas de SOUL, que les deux scènes qui nous inquiétaient, dans lesquelles la combinaison du son et de la musique pouvait être un peu effrayante, les enfants n’étaient même pas décontenancés. Et pour ce qui est de la complexité de l’histoire, nous avions des conversations avec les parents à l’issue des projections, ils nous disaient « j’ai beaucoup aimé le film mais je ne sais pas si ces idées ne sont pas trop complexes pour mes enfants, s’ils vont comprendre, s’ils ne vont pas être dérangés ». A ce stade, l’enfant interrompait à chaque fois le parent et expliquait par le menu détail, tout ce que les parents pensaient qu’il ne comprendrait pas. Pixar fait confiance aux enfants. Les gens oublient ce que c’était d’être un enfant. Mon enfance était remplie de questions et je voulais explorer toutes ces idées. Je pense que ce film s’adresse à des enfants un peu plus âgés, un gamin de deux ans serait en train de baver devant, mais un enfant de deux ans n’est pas censé être assis à regarder la télévision de toutes les façons ! Je pense que ce n’est pas vraiment un problème.

Merci de ne pas essayer d’introduire de grandes peurs dans une génération d’enfants. Je suis encore traumatisé par Pinocchio, je ne m’en remettrai jamais je crois.

Kemp : C’était un de mes premiers films d’animation !

Pete : Ces souvenirs cicatriciels, cela fait partie du rituel, de grandir.

Soul

Pour parler de quelque chose de plus spécifique au sujet du film, Dana, il y a deux personnages, les Conseillers, Jerry (Michel dans la version française) et Terry, leur look est assez unique, très intéressant, très graphique, comment avez-vous abordé le design de ces personnages ? Quelle était l’inspiration pour leur look ?

Dana : nous avons regardé beaucoup de sculpteurs modernes, Picasso et d’autres, une des personnes qui travaillait sur l’histoire avait vu que dans le scénario il n’y avait pas de détails sur le look de ces personnages. Elle se mit alors à dessiner ce que vous voyez dans le film, ces sortes de personnages faits de lignes, c’était assez intriguant, on n’avait encore jamais vu ça et c’est ce qui était excitant. Puis, elle les montra à l’un des concepteurs de personnages. Deanna Marsigliese est géniale, elle a vu ce qu’Atkin était en train de dessiner. Elle n’avait encore jamais fait de sculptures en fil de fer, et elle s’est dit « oh mon Dieu, il va falloir que je sculpte ces dessins ! » ; je ne sais pas ce qu’elle a pris, des tringles ou autres, et elle s’est mise à jouer avec ces fils, à sculpter ces personnages incroyables et nous les montrer et nous étions tous impressionnés. Puis, elle a éteint les lumières et allumé la lampe de son iPhone et elle a fait bouger la lumière autour des sculptures et on voyait comment les ombres et les perspectives changeaient avec la lumière, c’était extra ! On s’est dit ça va être les personnages les plus faciles à faire, donnons-les au département des personnages, les animateurs vont adorer ça. En réalité, ils ont été les personnages les plus difficiles à réaliser, les deuxièmes plus difficiles parmi les personnages de Pixar après Hank, le poulpe dans LE MONDE DE DORY.

Et sur Disney +, il y a une série qui s’intitule « Inside Pixar », disponible en ce moment, et un des épisodes parle spécifiquement de Deanna Marsigliese et son approche, regardez- le si cela vous intéresse.

Soul

Pete, avez-vous parlé ou consulté des experts religieux ou psychologues quand vous étiez en train de travailler sur le film ?

Pete : Oui nous l’avons fait. Nous avons demandé à des prêtres, des rabbins, des personnes

de tradition Hindoue, Bouddhiste, même des chamans... c’était intéressant. Ce que nous tentions de comprendre d’eux étaient deux choses : au début de la fabrication du film, nous étions inquiets qu’à cause du sujet, nous pouvions égratigner certains aspects religieux, certaines croyances, ou dire des choses par inadvertance qui pourraient déranger. Nous voulions éviter cela et nous renseigner autant que possible. Mais aussi, nous voulions savoir quels étaient les éléments rattachés traditionnellement à l’idée de l’âme, pour nous aider dans le dessin et le récit. Cela nous a aidés, car il nous est apparu que la plupart des religions s’accordent sur le fait que l’âme est vaporeuse, invisible, éthérée, mais cela ne nous a pas aidés pour le dessin parce que nous ne pouvions pas nous appuyer sur ces notions. Nous avons fini par nous dire que l’âme est un concentré de ce que nous sommes. Je ne sais pas pour vous, mais je ne sens pas que je ne suis que chair, clairement mon look, mes cheveux tout cela contribue à me définir, mais au cœur de tout cela, je sens que nous sommes plus que cela, et ce qui définit l’âme, c’est comme la force animée, l’essence de notre personnalité, le siège de ce que nous sommes. Nous avons donc essayé de suivre cela dans la conception des personnages. Je dirais que c’est là l’un des défis de conception les plus grands que nous n’ayons jamais affronté chez Pixar, et la manière dont Deanna et Michael Fong et d’autres ont créé cela. Tous les artistes et les techniciens se réunissaient pendant des heures et reprenaient et répétaient les dessins. Si vous dessinez les âmes, elles apparaîtront très simples, vous n’y verrez rien de difficile, mais nous savions que ce que l’ordinateur allait fournir serait une partie essentielle du design, qu’il fallait créer ce groupe où tout le monde serait là à travailler dur ensemble et reprendre et répéter le dessin. Toutes les semaines nous venions et nous pouvions voir les progrès. C’était assez bluffant de voir ce qu’ils arrivaient à faire et ce que nous avons appris par expérience, c’était vraiment sympa.

Effectivement ça devait être génial !

Malheureusement, nous arrivons au terme de cette conférence. Merci aà vous en France d’y avoir assisté. Je pense qu’on peut dire sans se tromper, que tout le temps et l’attention que vous avez mis dans le film, que ce soit le conseil culturel ou conseil philosophique et religieux, votre génie collectif, vous et votre équipe, cela se voit dans le film, c’est beau, c’est un accomplissement. Merci beaucoup.

Pour vous qui nous regardez, SOUL sera disponible à partir du 25 décembre sur Disney +. Merci.

Pete : On n’a pas pu poser toutes nos questions à Chris. Revenez la prochaine et on le fera !

MERCI.