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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.

the Swordsman

the Swordsman

Synopsis : Corée, 1623. Tae-Yul, jeune guerrier au service du dernier roi de la dynastie Joseon, se dresse contre une troupe décidée à le déposer. Face à lui, le meilleur épéiste du pays est chargé de lui faire entendre raison… Des années plus tard, on retrouve un Tae-Yul vivant dans les montagnes, retiré, élevant seul sa fille Tae-Ok loin des villes où les remous politiques se font plus présents : un envoyé de l’empereur chinois ne vient-il pas rôder au palais royal ? Tae-Yul préfère rester en dehors, d’autant qu’il souffre d’accès de cécité dus à une ancienne blessure. Alors qu’elle cherchait à se faire engager comme servante auprès d’un noble local pour gagner de quoi le soigner, sa fille se retrouve enlevée par des marchands d’esclaves à la botte de ces Chinois. Tae-Yul entreprend donc une longue et impossible quête face aux soldats du potentat local mais également aux sbires de l’empereur, pour la vengeance et pour l’honneur d’une nation.

Les amateurs de wu xia pian savent que ces films chinois, sous le vernis de chorégraphies de combats savamment orchestrées – et adulées par de nombreux fans – dissimulent souvent un message plus ou moins discret soulignant un événement historique majeur, de ceux qui ont définitivement marqué l’imaginaire et contribué à renforcer l’idée de nation. Bien souvent, le principe est le même : un homme seul, droit, fidèle à des principes ancestraux, va se dresser contre la tyrannie venue d’ailleurs (souvent du Japon). Et de se battre en usant des méthodes héritées des grandes écoles d’arts martiaux, elles-mêmes cherchant à faire valoir leur droit d’aînesse ou leur plus grande légitimité. Il était une fois en Chine ne raconte pas autre chose.

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Jusque lors, on connaissait les films coréens pour leur âpreté, l’extrême stylisation d’une violence omniprésente, la nervosité et l’inventivité de leurs réalisateurs mais également pour cette singulière propension au mélange des genres : sombres, hargneux, ils ont tendance à se placer plutôt au cœur de la société qu’ils ne se privent pas de critiquer sous tous ses aspects, même si parfois ils n’hésitent pas à explorer un passé récent. Voilà que the Swordsman entreprend de narrer un épisode remontant au XVIIe siècle et n’hésite pas pour ce faire à reprendre tous les codes déjà bien utilisés dans les grandes sagas chinoises toutes de sabres rutilants et de costumes chamarrés. L’éditeur, sur la jaquette fait ainsi référence à la saga Zatoichi, dressant un peu hâtivement un parallèle entre les handicaps frappant nos héros. L’épéiste aveugle, qui a également inspiré Takeshi Kitano, a été le héros d’une longue série de films, et le genre est assez friand de ces individus frappés par le sort mais capables des plus grands exploits (prenez ainsi la trilogie hong-kongaise du Sabreur manchot par exemple, qui a également marqué les esprits).

the Swordsman

Toutefois, le spectateur risque d’être vite décontenancé, voire frustré par cette annonce : Tae-Yul souffre bien d’une perte de vision, mais elle se limite à quelques crises de temps en temps et cela ne le handicape guère dans ses combats. On sait juste qu’il risque de devenir définitivement aveugle s’il ne prend pas un traitement à temps, le dit traitement étant à base de plantes médicinales hors de prix pour lesquelles sa fille n’hésitera donc pas à proposer ses services contre rémunération. Exit donc le handicapé glorieux, place au soldat retiré du monde, désabusé qui assiste de loin à la lente désagrégation du royaume qu’il a fidèlement servi naguère, alors qu’il était un fougueux sabreur. Il refuse qu’on l’aide et vit misérablement, tel un mendiant, vêtu de hardes et mangeant chichement. Il va jusqu’à accepter insultes, lazzis et quolibets et est prêt à s’humilier aux pieds d’un agresseur pour peu qu’on laisse sa fille tranquille. Cependant, l’homme conserve quelques traces de son honneur passé : bien que baissant constamment la tête (il ne regarde jamais ses vis-à-vis dans les yeux, en une posture qui devient très vite une sorte de gimmick presque comique), il affiche une posture droite, solide et une certaine élégance dans son économie de mouvements.

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Dès lors, dès que la situation dégénère, on n’est pas surpris lorsqu’il pare, à la vitesse de l’éclair, le coup supposément fatal porté par le méchant de service (un des sbires à la solde du cousin de l’empereur, venus molester les femmes du coin). Ce que d’aucuns prenaient pour une canne n’est autre que le fourreau modeste d’un vieux sabre, qu’il manie comme personne. Les combats seront brefs, violents et Tae-Yul démontrera son impressionnante capacité à esquiver et à pratiquer force fauchage de jambes, tout en se montrant particulièrement précis avec sa lame. C’est le point fort de ce film qui ne brille pas par son originalité : les techniques du sabreur sortent de l’ordinaire et il ne dédaigne pas aller au sol pour déstabiliser son adversaire (la plupart des escrimeurs se battant debout), tout en faisant montre d’une agilité et d’une adresse extraordinaires. La caméra autour de lui et quelques effets bien sentis augmentent encore l’impression de vitesse surhumaine du combattant.

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Ses agissements, bien que secondaires dans la lutte d’influence entre le monarque local, trop compromis envers l’empereur, et le cousin de ce dernier, bien décidé à exploiter la naïveté des Coréens, finissent par attirer l’attention des Chinois qui se livrent à plusieurs exactions en représailles. Voilà notre soldat solitaire forcé d’agir en héros et sauveur, malgré lui, d’une nation en perdition. Ses adversaires ne font pas le poids, quand bien même on lui enverrait une horde de pseudos-ninjas (masqués et tous semblables dans leur tunique gris foncé, ils y font invariablement penser). Restent deux écueils : Min, le meilleur épéiste de la région, qui avait tourné casaque et combattu face à lui lors de la destitution du dernier des Joseon ; et Gurutai, le fameux cousin, une brute sans vergogne, jouant de sa supériorité, estimant que ses techniques sont supérieures à tout ce que les locaux peuvent proposer. Évidemment, tout le script se focalise sur ces duels qui constitueront, à n’en pas douter, le point d’orgue du métrage.

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De fait, la partie historique ne convainc guère, d’autant que la plupart des protagonistes sont dépeints assez grossièrement, avec une tendance à la caricature. Les décors n’ont pas la majesté des productions chinoises (ils sont même relativement restreints) mais les costumes sont superbes et une attention très particulière est portée aux armes de chaque individu marquant (comme cela est rappelé dans le petit supplément vidéo assez bien fait). Certes, on rabâche les questions de loyauté et d’honneur, mais c’est fait sans aucun tact et souvent avec de gros sabots : on pourra cependant noter que les deux épéistes, naguère adversaires du fait d’avoir chacun choisi un camp opposé, se retrouvent enfermés dans les principes liés à leur propre loyauté, contraints parfois de faire ce qui n’est pas juste, mais qui émane de l’autorité. Celui qui s’en sortira sera celui qui ouvrira le premier les yeux et, de ce fait, acquerra son autonomie de pensée et sa liberté d’agir – cette fois pour le bien, du moins pour la Justice (avec une touche de vengeance). De ce fait, c’est moins à Zatoichi que Tae-Yul nous fait penser, mais plutôt à un substitut de Kenshin le vagabond. On regrettera en outre que les rôles féminins soient aussi peu développés car ils avaient un certain potentiel.

the Swordsman

Le blu-ray délivre une image satisfaisante, d’une précision correcte. La palette de couleurs semble plus terne qu’espéré, sans doute en raison du traitement décidé par le chef opérateur, et en dehors des personnages féminins aux tenues hautes en couleur, la plupart des individus sont parés de sombre et de nuances de gris en dehors des nobles qui optent pour le mauve et les soieries. La VOST en coréen est puissante et nette (comme la plupart des éditions M6), avec des dialogues parfaitement audibles qui permettent de bien se rendre compte des nuances dans le ton propres à cette langue. La VF est quasiment aussi dynamique, surtout en DTS HD-Master Audio, mais les voix font pâle figure et confèrent un côté un peu théâtral et figé aux acteurs. En dehors du petit documentaire cité plus haut, le disque ne propose que des bandes-annonces en supplément, dont celle de the Great Battle qui envoie du lourd. On pourra regretter que l’éditeur (Program Store) ne vérifie pas mieux la composition des jaquettes, qui comportent une coquille malvenue et un propose un résumé assez farfelu (lequel se concentre sur… la fin du film). C’est pourquoi j’ai préféré vous concocter un synopsis plus fidèle au rendu du métrage.

Il ne tient qu’à vous de vous faire une idée, the Swordsman étant disponible à partir du 17 novembre 2021 chez Program Store/M6 Video en DVD, Blu-ray et VOD.

Titre original

Geom-gaek

Date de sortie en salles (Corée du Sud)

23 septembre 2020 avec Opus Pictures

Date de sortie en vidéo

17 novembre 2021 avec M6 Video

Date de sortie en VOD

17 novembre 2021 avec Program Store

Réalisation

Choi Jae-hoon

Distribution

Jang Hyuk, Kim Hyeon-soo, Joe Taslim & Jeong Man-sik

Scénario

Choi Jae-hoon

Photographie

Son Won-ho

Musique

John Williams

Support & durée

Blu-ray M6 Video (2021) region B en 1.85 :1/100 min

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