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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.

[critique] Philomena : mémoire, respect et pardon

Inspiré de l'histoire vraie d'une mère à la recherche de son fils, qui lui fut arraché pour être adopté par une riche famille américaine alors qu'il n'avait que 3 ans, Philomena a tout du film prompt à verser dans le pathos dès que l'occasion se présente. C'est sans compter le talent de son réalisateur et de ses interprètes, qui donnent au récit une touche légère et exaltante. Un film surprenant.

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Sur un sujet tabou qui aurait très vite pu devenir prétexte à une adaptation cinématographique larmoyante, le livre de Martin Sixsmith se voit transcendé à l'écran par la sensibilité de son réalisateur et l'intelligente composition de ses acteurs. Stephen Frears semble avoir trouvé dans cette histoire vraie une nouvelle source d'inspiration, et en mélangeant habilement drame et comédie, il met en scène un beau film documenté sur une facette méconnue de l'Eglise catholique irlandaise, qui, sous couvert de respect d'une certaine moralité, obligeait ses jeunes pensionnaires tombées enceintes et « couvertes de honte » par leurs familles à se séparer de leurs enfants pour les faire adopter par de riches américains. En évitant justement tout aspect manichéen, le réalisateur ne tombe jamais dans la caricature facile. Il se sert au contraire du postulat (suffisamment révoltant pour ne pas en rajouter) pour dresser un constat plus général sur l'évolution des mentalités, tout en soulignant subtilement le mépris qui subsiste entre les différentes « classes », notamment par le regard porté sur la croyance et la religion. En associant ces deux protagonistes que tout oppose, Frears choisit de ne pas porter de jugement sur l'un comme l'autre et apporte au contraire une petite touche d'humour bienvenue au cœur d'une quête émotionnellement lourde de sens.

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Philomenaest avant tout un film sur le pardon, qui dépasse le cadre de son histoire pour devenir plus universel et symbolique. La recherche de cette mère est bouleversante, et le contraste entre ses motivations (complexes) et celles du journaliste qui l'accompagne est édifiant. On a bien souvent envie de secouer Philomena, qui pourra agacer par son apparente passivité face aux multiples rencontres et confidences (alors qu'elle est active tout au long du film, puisque c'est elle qui mène l'enquête) et par une désarmante naïveté (ou candeur), issues à la fois de son éducation religieuse et de sa classe sociale. Accrochée au moindre souvenir et ne cherchant jamais à se venger, elle fera preuve d'une force exceptionnelle et d'une sagesse exemplaire. Ainsi, ce personnage complexe, tour à tour bouleversant, irritant, touchant, drôle, captive par sa ligne de conduite et sa tolérance. Parfaitement comprise par Judi Dench, formidable dans un rôle en nuances et haut en couleurs, Philomena devient un modèle d'indulgence et de respect malgré une compréhension pas toujours évidente, tant il est presque plus facile d'être du même avis que le journaliste qui l'aide dans son enquête.

Un beau film.

 

Ma note (sur 5) :

4

 

 


 

 

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Titre original

Philomena

Mise en scène 

Stephen Frears

Production 

Pathé Distribution

Date de sortie France 

08/01/14

Scénario 

Steve Coogan & Jeff Pope d'après Martin Sixsmith

Distribution 

Judi Dench, Steve Coogan & Anna Maxwell Martin

Musique

Alexandre Desplat

Photographie

Robbie Ryan

Support 

35 mm / 98 minutes 

 

Synopsis : Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver.
Quand, cinquante ans plus tard, elle rencontre Martin Sixmith, journaliste désabusé, elle lui raconte son histoire, et ce dernier la persuade de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

 

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