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l'Ecran Miroir

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[critique] 22 Jump Street = 21 x 2 !

[critique] 22 Jump Street = 21 x 2 !

On ne va pas tergiverser : 22 Jump Street est hilarant. Une suite largement à la hauteur des espérances, par un duo de réalisateurs décidemment très doués. Après un premier épisode narrant le début de la (b)romance entre Channing Tatum et Jonah Hill, place désormais à la remise en question, aux doutes, et à la thérapie de couple. Désopilant, rythmé, intelligent, mais - et c'est ce qui fait le charme de ces deux films - surtout très touchant.

Non contents d'avoir réalisé l'un des meilleurs films de l'année avec La Grande Aventure Lego, voilà que Phil Lord et Chris Miller nous régalent encore avec une nouvelle comédie tout simplement jouissive. Les deux réalisateurs arrivent une fois de plus à nous surprendre en ajoutant un quatrième petit chef-d'œuvre à leur filmographie complètement barrée, faisant d'eux des auteurs désormais incontournables. Ils sont, aux côtés de l'autre tandem en vogue Chris Sanders et Dean DeBlois (Lilo & Stitch, Dragons, The Croods…) et de Genndy Tartakovsky, ce qui est arrivé de mieux dans le domaine de l'animation depuis Pixar. Mais pas que…

 Car avec ce second film live, ils prouvent une fois de plus qu'il est idiot de cloisonner les médias, et rejoignent d'autres grands noms issus du monde de l'animation s'étant dernièrement essayé avec succès aux tournages « traditionnels »: Brad Bird avec son Mission Impossible : Ghost Protocol et Andrew Stanton avec son sous-estimé John Carter. Chacune de leur réalisation, qu'elle soit live ou animée, semble être un défi pour Lord et Miller qui semblent vouloir aller systématiquement à contre-courant. Comme s'ils s'imposaient eux-mêmes des contraintes, en plus de choisir des projets qui ont, de prime abord, tout de la fausse bonne idée. Tempête De Boulettes Géantes se démarquait par son aspect cartoon et outrancier proche du dessin animé 2D dans lequel les personnages se tordent au mépris de toutes considérations anatomiques, aux antipodes de toutes les autres productions en images de synthèse tendant vers toujours plus de réalisme. La Grande Aventure Lego avait pour challenge d'insuffler de la vie à des petites figurines aux articulations limitées, sans recourir à des artifices facilitant leur animation. 21 Jump Street paraissait être l'adaptation la plus inutile, tant personne n'avait l'air intéressé par un remake de cette série télé des années 80 un peu désuète et très ancrée dans son époque. Et ces deux petits génies ont toujours réussi là où on ne les attendait pas, en s'appropriant à chaque fois les univers qu'ils mettent en scène.

Ce qui saute désormais aux yeux, lorsque l'on revient sur leurs quatre comédies, c'est cet immense respect qu'ils ont du public. Un respect qui se traduit par une générosité débordante, ne se contentant jamais de faire uniquement le strict minimum pour amuser vaguement la galerie le temps du film, mais distillant au contraire énormément de blagues, clins d'œil, pistes, second degré, pour jouer avec les spectateurs en les confortant qu'au second visionnage, ils découvriront encore d'autres « trucs ». Dans un style différent, on peut rapprocher leur travail de mise en scène à celui d'Edgar Wright. Ce qui pourrait passer pour du cynisme chez certains, est en fait ici une preuve de leur forte implication : en clair, ce ne sont pas des yes men. Et s'ils ne sont pas toujours les scénaristes de leurs films, comme dans le cas de 22 Jump Street, on sent néanmoins leur apport (il n'y a qu'à écouter leur commentaire audio du premier 21 Jump Street) jusque dans le générique de fin absolument jubilatoire (c'est devenu leur marque de fabrique).

Pour en revenir au film en lui-même, l'on pouvait craindre une certaine lassitude de la part de l'équipe. Or, il semble que toutes les réserves que l'on pouvait émettre à l'idée de réaliser une suite à ce qui était déjà un petit miracle, aient bien été considérées par les principaux intéressés (qui s'en amusent au contraire). Déjà prégnant dans leurs trois autres œuvres, le discours méta est plus que jamais de rigueur : les dialogues sur l' « utilité » de remettre le couvert dans une suite inespérée mais plus coûteuse sont abondants, tout comme les références à l'âge avancé du couple d'acteurs/flics. Quant à l'histoire, elle reste exactement la même que celle du premier épisode : « Infiltrate the dealers, find the supplier ». Le film joue beaucoup sur les références à d'anciennes scènes, pourtant l'on n'a jamais une sensation de redite, notamment grâce à une accumulation de gags (légèrement plus trash et osés que dans 21 Jump Street) empêchant de réfléchir à tête reposée à la pertinence de ce scénario prétexte. Finalement, puisque l'intrigue policière est sensiblement identique à la précédente, la seule et conséquente évolution dans cette suite concerne la relation entre Schmidt (Jonah Hill) et Jenko (Channing Tatum). Dans 21 Jump Street, nous assistions à la naissance de leur amitié. Une (b)romance très attachante, contée comme une histoire d'amour classique (rencontre à l'école, apprentissage de la vie à deux chez les parents de l'un d'eux, invitation mutuelle à aller au bal de fin d'études ensemble, déclaration d'amour « let's make a baby »). Dans 22 Jump Street, leur relation bat de l'aile avec l'arrivée d'un élément perturbateur (le champion de foot américain interprété par le fils de Kurt Russell). Fini le temps du duo inséparable, place aux jalousies, aux doutes et à l'inévitable thérapie de couple (formidable séquence chez le psy). En d'autres termes, et vous l'aurez compris, il y a trois niveaux de lecture : l'enquête de deux partenaires devenus amis infiltrant une fac en se faisant passer pour des frères, leur relation continuellement traitée sous l'angle d'une histoire d'amour classique (les dialogues plein de sous-entendus sont incroyablement justes et touchants) et la pertinence de faire une suite au budget décuplé à un film ayant connu un certain succès. Le tout se mélange pour donner une comédie où les vannes fusent sur un rythme incroyable, avec des idées de mises en scènes géniales (la fameuse séquence de prise de drogue est ici renouvelée avec talent) et ne doutant jamais de l'intelligence de ses spectateurs. Un équilibre parfait à mettre également au crédit de l'interprétation de tous les acteurs, jusqu'aux plus infimes seconds rôles. Channing Tatum est toujours aussi drôle en grand benêt, insufflant beaucoup de douceur et de fragilité à un rôle en apparence cliché, et Jonah Hill nous régale encore une fois de numéros apparemment improvisés comme cette formidable séance de poésie. L'alchimie est parfaite et leur duo une évidence. Mention spéciale à Ice Cube qui livre une prestation délirante.

22 Jump Street est la preuve qu'une suite peut être supérieure à l'original, quand elle est gérée par des réalisateurs dotés d'une très grande connaissance d'une certaine forme d'humour « moderne » liée au web (les Memes…), vénérant les délires visuels à base de mitraillettes à cœur, d'arcs-en-ciel, de bruits de dauphins, et autres pluies de hamburgers. Une comédie euphorisante.

 

 

Titre original

22 Jump Street

Mise en scène 

Chris Lord & Phil Miller

Date de sortie

27/08/14 avec Sony

Scénario 

Rodney Rothman, Michael Bacall, Oren Uziel, Patrick Hasburgh & Stephen J Cannell

Distribution 

Jonah Hill, Channing Tatum & Ice Cube

Photographie

Barry Peterson

Musique

Mark Mothersbaugh

Support & durée

2.35 : 1 / 112 minutes

 

Synopsis : Les deux policiers Schmidt et Jenko, après être retournés au lycée pour mettre à découvert un nouveau réseau de trafiquants, retournent cette fois-ci à la fac pour démanteler un trafic de drogues.

 

 

[critique] 22 Jump Street = 21 x 2 !

Infiltrate the dealers, find the supplier !