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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.

[critique] Jason Bourne

[critique] Jason Bourne

Construit dans les règles de l’art, le dernier opus de la saga Bourne a au moins un mérite : celui de ne pas trahir ses fans. Ces derniers avaient sans doute été plus ou moins échaudés par l’épisode 4, Bourne Legacy, doté d’un budget conséquent et cherchant à en rajouter dans le complot et les black ops tout en radicalisant le projet dont était issu Jason Bourne en l’orientant davantage vers le super-soldat. Un gros casting, un script plus fouillé et un metteur en scène énergique n’avaient pas empêché le film de décevoir une majorité de spectateurs, les plus aguerris en tête – sans parler des aficionados qui ne pouvaient concevoir un Bourne sans Bourne – et donc Matt Damon. Pire : il réussissait par moments à être ennuyeux, ce qui contrevient aux qualités premières de la saga. On peut en effet être réfractaire à ces séquences caméra à l’épaule, ces cadrages brutaux et ces montages épileptiques, le fait est que ni le premier volet (réalisé par Doug Liman, qui demeurera ensuite dans le staff de production) ni les deux autres dirigés par Paul Greengrass ne sortaient du cadre très strict imposé dès le départ, refusant les temps morts (sauf en tant que pause entre deux épicentres) et tâchant de maintenir un équilibre cohérent entre poursuites, espionnage et baston.

En retrouvant à la fois son cinéaste de prédilection et son premier rôle emblématique, Jason Bourne se devait de conserver un tempo similaire tout en continuant de fouiller le passé trouble de cet agent embrigadé malgré lui et entraîné à l’assassinat politique. Pas besoin d’aller trop loin – et c’est là-dessus qu’on sent l’absence du scénariste Tony Gilroy : il suffit de créer de nouveaux programmes qui se sont bâtis sur les cendres encore fumantes de Treadstone et ses filières. Cette fois, le procédé utilisé sent le réchauffé (après tout, Bourne Legacy avait allègrement puisé dans le filon, en y rajoutant un volet médico-scientifique) et d’ailleurs on constatera que le script n’est pas le point fort du film. En revanche, pour tout le reste, c’est béton. Des poursuites encore plus haletantes, faisant de la surenchère dans la casse, le spectaculaire et la vitesse ; des pugilats toujours aussi efficients et violents, où le but n’est pas de faire joli et de prendre des poses, mais de faire mal et de neutraliser (là-dessus, j’émets un bémol car j’ai toujours préféré la fluidité plus intelligible de la Mémoire dans la peau par Liman aux combats orchestrés par Greengrass avec ses décadrages chaotiques) ; des salopards magnifiques tenant les rênes de la CIA et couvrant systématiquement les actes odieux commis au nom de la Sûreté de l’Etat. A croire que l’administration des services secrets américains ne recèle (et ne forme) que des pourris ambitieux et sans scrupules – hormis Pamela Landy dont on peut légitimement regretter l’absence. Cela dit, on a l’agréable surprise de retrouver Julia Stiles dans le rôle de Nicky (le seul personnage à apparaître dans les 4 épisodes avec Damon) qui permet de passer habilement le relais à Heather Lee, qui va remplacer fort habilement Pamela en tentant à la fois de gagner la confiance de Bourne et d’en tirer parti afin d’assainir son service corrompu. Alicia Vikander, qui n’arrête plus de tourner, est l’interprète idéale (on sait depuis longtemps que Bourne ne sera jamais détourné de son objectif initial, mais qu’une femme saura l’en distraire quelque peu) et son visage mutin recèle suffisamment de malice et d’ambiguïté pour enrichir son rôle plus complexe qu’il n’y paraît. En face, ses collègues apparaissent autrement plus balourds, ou au moins rustiques et monolithiques, Tommy Lee Jones faisant du Tommy Lee Jones, le sens de l’humour en moins.

Certaines facilités peuvent encore faire tiquer les apôtres de la vraisemblance (on peut se demander comment la CIA parvient à tomber dans les mêmes pièges que lui tend Bourne qui, rappelons-le, ne vient jamais directement aux rendez-vous qu’il donne), mais on n’a guère le temps de s’y attarder car le film avance tambour battant, nous faisant traverser les continents, s’attardant en Europe pour mieux se finir en apothéose à Las Vegas. Face à Bourne, Dewey et ses sbires ont cette fois un atout de choix, mû en outre par un ressentiment tout personnel : tueur désabusé, il a encore plus l’expérience du terrain que Jason et se montrera sans doute son adversaire le plus redoutable. Vincent Cassel s’en tire avec les honneurs, délaissant son élégance naturelle et y perdant de sa félinité, bien plus convaincant que dans Ocean’s Twelve.

Avec son finale appelant une suite, un Bourne déterminé mais plus seul que jamais, une volonté de privilégier l’efficacité, la saga pourrait ravir des milliers de spectateurs avec un ultime épisode explosif. En attendant, on tient une franchise réussie car cohérente et maîtrisée.

 

Titre original

Jason Bourne

Réalisateur 

Paul Greengrass

Date de sortie en salles

10 août 2016 avec Universal Pictures

Date de sortie en DVD

 

Scénario 

Paul Greengrass & Christopher Rouse

Distribution 

Matt Damon, Alicia Vikander, Vincent Cassel, Julia Stiles & Tommy Lee Jones

Photographie

Barry Ackroyd

Musique

David Buckley & John Powell

Support & durée

35 mm en 2.35 :1 /124 min

 

Synopsis : La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas...

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M
Perso, je suis bon client de cette saga. Une nouvelle fois, j'ai donc bien aimé même si cet opus n'apporte rien de bien nouveau. En revanche, la mise en scène parkinsonnienne de Greengrass commence un peu à me lasser surtout qu'ici, je le trouve encore plus en roue libre comparé à d'habitude avec plusieurs cadrages à gerber...
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V
Pareil, plus je regarde la saga, plus je préfère finalement le premier, parfaitement rythmé et plus agréable.