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l'Ecran Miroir

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[ciné] the Artist : petit bijou de cinéphile

[ciné] the Artist : petit bijou de cinéphile

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4,6/5 

 

Encore un film qui a trouvé dans le Festival de Cannes un terreau fertile pour développer son influence : en effet, sur la Croisette, les adjectifs les plus respectueux qualifiaient cette œuvre foncièrement ambitieuse, qui valut donc à notre Dujardin national un prix d’interprétation contre lequel aucune voix ne s’éleva. Et le mois d’octobre s’est ouvert médiatiquement par un battage promotionnel assez rare pour un film français, auquel on prête de sérieuses chances pour les Oscars.

 

Tout cela est bel et bon, et finalement assez attendu : on aime se gargariser en France lorsqu’on peut jouir d’un succès tant pulic que critique. Mais le film vaut-il tous ces éloges flatteurs ?

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La réponse est oui, bien évidemment. Si l’on peut lui reprocher un script finalement assez banal et limité (mais qui s’inscrit également dans la droite ligne des œuvres auxquelles le métrage fait directement référence), il est impossible de trouver à redire tant sur la mise en scène, la direction d’acteurs, l’interprétation et les décors que sur ses objectifs avoués. The Artist transpire littéralement d’amour pour le cinéma, celui des grands studios qui propulsa des stars au rang d’icônes et de demi-dieux, enflamma les imaginations et enjoliva un quotidien que la crise de 1929 plomba littéralement. Dès les premières secondes, on s’aperçoit que, outre le noir et blanc très digne, la volonté de coller au plus près du mythe se traduit dans tous les domaines : du générique défilant à la nomenclature et typographie vintage au choix du format (1.33 :1, bien entendu), des cadrages et jusqu’aux transitions, en passant par une orchestration ronflante et dynamique (très jolie partition de Ludovic Bource). Et on est sidéré par l’intelligence avec laquelle le metteur en scène applique ses leçons de grammaire cinématographique sans esbroufe, avec malice et obstination. Car tout y passe, ou presque : des volets latéraux aux ouvertures de séquences en iris, des fondus au noir au dutch angle (voir notamment l’extraordinaire séquence du cauchemar), des panoramiques explicites aux travellings sobres – sans effets de zoom qui feraient tache – Hazanavicius explore son monde reconstitué avec minutie et un savoir-faire chirurgical, construisant ses séquences avec en point de mire des plans iconiques du VIIe Art (la plongée sur Orson Welles dans Citizen Kane) et une multitude de symboles élégants (admirez la séquence de l’escalier dans les bureaux de la Kinograph : la rencontre entre George, future star déchue, et Peppy, étoile montante). Comment ne pas vibrer lorsqu’on reconnaît les premières mesures du « Love Theme » de la bande originale de Vertigo, signée Bernard Hermann – si lourdement chargé de sens qu’il sera utilisé dans son intégralité ?

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Ainsi, et malgré des développements attendus car foncièrement prévisibles, on prend un malin plaisir à assister à cet hommage précieux au cinéma de nos aïeuls, auquel nos deux comédiens se donnent sans retenue, entre une Bérénice Béjo craquante, multipliant postures aguicheuses et clins d’œil, et un Jean Dujardin serein et étonnamment sobre, synthèse parfaite entre Douglas Fairbanks et Max Linder. N’oublions pas le chien Uggy, adorable et facétieux, et l’excellent James Cromwell (peut-être un peu trop discret) ainsi qu’une apparition de Malcolm McDowell. Un film mémorable qui donne envie de se faire une session avec Sunset Boulevard suivi de Singin’ in the rain.

 

A voir absolument.

 

 


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 Un film de Michel Hazanavicius (2011) avec Jean Dujardin, Bérénice Béjo, James Cromwell & John Goodman.


Sorti en salles le 12 octobre 2011.


Visionné en VOst. 100 minutes.

 

L’histoire : En 1927, George Valentin est au sommet de sa gloire. Acteur charismatique du cinéma muet, adulé par les femmes, admiré par les hommes, il dispose d’un revenu conséquent et vit confortablement dans un palace, secondé par son fidèle Clifton, majordome et serviteur zélé. Son producteur, patron de la Kinograph, se frotte les mains, mais lui propose un nouveau challenge : le cinéma parlant, qui commence à faire du bruit (sic). George refuse : ses millions de fans ne lui ont jamais demandé de parler. La jeune Peppy, starlette montante qu’il a rencontrée et conseillée peu de temps avant, ne tardera pas à saisir l’occasion qui se présente…

 

Note moyenne au Palmarès : 4,20 pour 17 votes