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l'Ecran Miroir

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[critique] Dominion, a prequel to the Exorcist : pas mieux

[critique] Dominion, a prequel to the Exorcist : pas mieux

Petit rappel : The Exorcist : the Beginning m’était apparu fade, sans saveur, avec un traitement trop léger de la perte de la foi, malgré un certain savoir-faire. Ce film ne terrifiait pas, n’instillait aucun malaise et ne suscitait aucune étrangeté malgré quelques passages intéressants et une maîtrise correcte de la narration. Un film honnête même si peu équilibré, pertinent dans son approche mais trellement décevant, n’apportant rien à la série et trop peu de choses à l’histoire du pourtant fascinant père Merrin.  

Dominion, pour ceux qui en douteraient, c’est tout autre chose. D'abord, il s'agit du titre de travail pour la préquelle de l'Exorciste mise en chantier précédemment avant d'être finalement confiée à Renny Harlin dans l'espoir d'obtenir des recettes trébuchantes. Ensuite, et conséquemment à l'échec criant de cette oeuvre, Morgan Creek et la Warner ont décidé de donner sa chance au film de Schrader qui envisageait cette séquelle sous un angle bien différent. En fait, seuls Merrin et le cadre du récit sont en commun. Seulement, Schrader semble avoir décidé de s’attaquer au mythe par une autre face : la confrontation psychologique. C’est vrai que l’original de Friedkin avait cet avantage énorme de pouvoir se targuer d’à peu près tout ce qui fait le cinéma d’horreur : gore, terreur atavique, frissons, chocs - le tout dans une ambiance étrangement criarde et malsaine contrastant avec l’harmonie quasimélancolique de certaines scènes. Une réussite totale, sur le fond comme sur la forme. Visiblement, impossible d’envisager un tel amalgame : les réalisateurs qui ont succédé ont préféré ne choisir qu’un morceau de l’iceberg et le développer à leur guise. 

 

Le résultat, ici, s’il laisse une meilleure impression globale que la première version sortie au ciné (mais la seconde dans l’ordre du tournage), montre également des faiblesses récurrentes. Déjà, Schrader ne s’est pas amusé à coller à tout prix à la franchise : il a Merrin et ça lui suffit. A tel point que même le démon habituel est remplacé par un autre, plus "connu". S’il est du coup plus aisément identifiable, il perd également ce qui faisait la particularité du premier et cette relation si étrange qu’il entretenait avec le personnage de l’exorciste. L’autre problème vient de l’impression d’inachevé qui transparaît dans certains trucages (l’animation numérique des animaux est complètement ratée et indigne d’une telle production et certains effets lumineux – l’aurore boréale orange ! – sont risibles).  

On nous campe donc un Merrin démotivé, à la lisière de la Foi suite à un traumatisme digne du choix de Sophie. Son intérêt pour l’archéologie le maintient en vie et le conduit donc à cette église paléochrétienne enfouie sous les sables du Kenya (je pense, ayant entendu le nom de Nairobi). Le problème est que la mise au jour de ce bâtiment étonnamment conservé va coïncider avec la montée des tensions entre les tribus locales et les colons anglais : nous sommes au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. L’affrontement attendu entre le démon révélé et Merrin trouvera un écho dans l’exacerbation de la haine pour l’étranger. Dans ces face-à-face, les intermédiaires seront les premières victimes, même ce jeune prêtre sans doute trop idéaliste…

Au final, le film ne sort pas des objectifs qu’il s’était donné et ne cherche pas le sensationnalisme. Certaines séquences intéressantes laissent même à penser à ce que cela aurait pu être avec une production plus coopérative. Ca lui confère un cachet un peu plus « authentique » que l’opus de Harlin qui ne pouvait montrer le surnaturel qu’au travers d’effets grotesques et faisait constamment l'économie de la subtilité. Ici, on semble davantage être dans le registre de l’Exorciste III, avec un traitement très similaire et un finale ad hoc. Malheureusement, l’interprétation est loin d’être au diapason et la musique, étrange mix de plusieurs compositeurs, laisse une impression curieuse, tantôt en rupture, tantôt collant aux événements, accompagnant les protagonistes dans leur descente aux enfers.  Jamais sorti en France, le film n'a connu qu'une exploitation salles aux Etats-Unis (suite au désastre financier de la version Harlin) ainsi qu'une présentation au Festival du Film Fantastique de Bruxelles. Il est trouvable en DVD, et notamment dans l'excellent coffret de l'intégrale Warner "the Complete Anthology".

Dominion donc, malgré l’intervention du Diable en personne, apparaît fondamentalement moins ambitieux que la version boursouflée de Harlin : malgré ses fautes de goûts, ses SFX minables, son côté amateur, il fournit un spectacle somme toute correct, sans grande originalité, privilégiant le choc des mots au poids du gore et de l’effroi. L’histoire, pourtant, est la même. Et la déception ne s'efface pas.

 

  

 

Titre original

Dominion, a prequel to the Exorcist

Réalisation 

Paul Schrader

Date de sortie

25 octobre 2005 avec Warner (USA)

Scénario 

Caleb Carr & William Wisher

Distribution 

Stellan Skarsgard, Gabriel Mann & Billy Crawford

Photographie

 Vittorio Storaro

Musique

Angelo Badalamenti, Dog Fashion Disco & Trevor Rabin

Support & durée

DVD Warner (2006) zone 1 en 1.85:1 / 117 min

 

Synopsis : Le père Lankester Merrin, traumatisé par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, perd la foi. Se retrouvant face au démon en Afrique, il doit se battre pour sauvegarder ses croyances.

[critique] Dominion, a prequel to the Exorcist : pas mieux