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l'Ecran Miroir

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[critique] Donnie Darko : le Lapin de la fin des temps

[critique] Donnie Darko : le Lapin de la fin des temps

[critique] Donnie Darko : le Lapin de la fin des temps

1988. Donnie Darko est un adolescent perturbé, suivant un traitement prescrit par son thérapeute. Il lui arrive de se réveiller au milieu de nulle part, ne sachant comment il est arrivé là. Ses parents s’inquiètent mais ne le comprennent pas. Sa vie sociale est morne. Jusqu’au jour où une voix lui demande de le suivre : celle d’un lapin à taille humaine qui se fait appeler Jack. Cette nuit-là, un réacteur d’avion s’écrase dans sa chambre. Donnie comprend que Jack lui a sauvé la vie. En retour, cette créature que lui seul peut voir lui demandera d’effectuer certains actes répréhensibles avant la fin du monde, déjà programmée pour la fin du mois. Malgré sa rencontre avec une jeune fille attachante, malgré ses questionnements sur la réalité pour lesquels il fera appel à un prof de sciences un peu plus ouvert que les autres, malgré l’aide désespérée de son psychiatre, Donnie s’évertuera à accomplir ces tâches qui bouleverseront la vie des habitants de la petite ville de Middlesex. Jusqu’à l’irréparable… 

Un petit film qui a fait beaucoup parler de lui en son temps, et que, par conséquent, j’ai longtemps eu envie de voir. La preuve qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut. On a parlé d’un surdoué de la réalisation (Kelly avait 26 ans lors de ce tournage) mais on a aussi évoqué les termes « fumisterie » ou « attrape-couillons » en parlant de ce film étrange dont l’atmosphère délétère et le rythme languissant sont à l’aune du personnage principal (Jake Gyllenhall, déjà étonnant et parfois inquiétant), ado absolu, mou et sans énergie, mais capable de raisonnements brillants (au mauvais moment). Pas le mauvais bougre, cela dit. Ce garçon aux nuits agitées marche et parle au ralenti, donnant toujours l’impression de sortir d’une cuite monumentale. Il se réfugie dans sa chambre, évite les discussions familiales. Au mieux, il supporte ses sœurs, mais l’attention et l’inquiétude de sa mère le rebutent.

Ce n’est pas au lycée qu’il va s’épanouir, même s’il semble trouver de l’intérêt dans les lectures hors normes proposées par la nouvelle prof de littérature (Drew Barrymore dans un registre inhabituel) : pensez-donc, du Graham Greene, ça tombe bien (c’est un de ses livres qui a inspiré le scénario de Kelly) ! C’est toujours mieux que de se farcir le vieux tromblon qu’est la prof de sport, totalement obnubilée par un de ces prêcheurs moralistes qui pullulent sur les plateaux TV des chaînes locales, au point que ses séances se résument à la projection de publicités pour les séminaires de Jim Cunningham (Patrick Swayze, assez proche du rôle de séducteur ringard qu’on a pu voir dans Secrets de famille). D’ailleurs ce gars-là lui sort immédiatement par les trous de nez, et il ne se prive pas de critiquer ouvertement sa philosophie à deux balles.

Mais le fait est que Donnie est seul : ses vagues amis sont inintéressants, ce qui l’amène même à disserter sur les capacités sexuelles des Schtroumpfs, mais, comme à l’école, il n’y trouve aucun écho. C’est alors qu’il va connaître deux rencontres. Celle de ce fameux Jack, d’abord. Un être surgi du néant revêtant la forme d’un étrange lapin zombi aux dents proéminentes : cool, c’est bientôt Halloween ! D’ailleurs c’est précisément la nuit de tous les saints qui est déterminée par le lapin géant (et parlant, d’une voix caverneuse !) comme celle de la fin du monde. A Donnie de trouver la parade… à moins qu’il lui faille précisément l’accomplir.

Et puis il y a cette Gretchen (Jena Malone, assez touchante), nouvelle venue, séduisante et solitaire. Affublée d’un nom d’emprunt pour échapper à un père violent, elle va tout de suite lui taper dans l’œil. Sa gaucherie et son côté décalé interpelleront suffisamment la jeune fille qui acceptera un second rendez-vous.

Les personnages désormais en place, on se surprend à suivre avec intérêt ce compte-à-rebours surréaliste, scandé par les appels de Jack qui poussent Donnie à commettre certains méfaits. Kelly sait filmer, cadrer et surtout poser sa caméra pour nous donner l’occasion de goûter à de splendides plans-séquence, le tout aidé par une bande originale hypnotique articulée autour d’un choix de chansons des années 80 particulièrement pertinent (où Tears for Fears et Joy Division se détachent). Le tout, en comptant les personnages complètement décalés comme cette Grand-Mère-la-Mort qui vit en recluse ou ce mec en jogging rouge immobile, rappelle certains aspects de Twin Peaks tout en faisant furieusement référence à Magnolia, sans oublier les citations explicitement extraites de Retour vers le Futur et Evil Dead. Rien que cette extraordinaire compilation intelligente sonnait juste. Ensuite, restait à apprécier l’histoire. Son étrangeté voulue – et appuyée – et sa langueur ont de quoi déconcerter : il semblerait qu’elles aient au contraire généré une vague d’aficionados qui ont porté le réalisateur aux nues dès la projection à Sundance, et surtout après la sortie DVD. Tant mieux pour lui. La frontière est tout de même mince avec ce qui pourrait n’être qu’une manipulation habile à partir d’une histoire sans but (dont la chute à de quoi faire pester).

Cela dit, j’avoue m’être complu dans le spectacle. C’était suffisamment fascinant et malin pour me séduire, suffisamment riche et brillant pour m’accrocher. Il y a aussi du Philip K. Dick dans cette façon particulière de percevoir la réalité, avec les accélérations, les trous noirs, les ralentis, les zones d’ombre et le flou qui accompagnent les hallucinations schizoïdes – à comparer avec le dernier épisode de la 2e saison de Dr House. Après tout, rien n’empêche de décréter que tout cela n’était que le fruit de divagations mentales émises par un cerveau malade juste avant sa mort. L’explication pourrait rassurer en ce sens qu’elle oblitèrerait la thèse, pourtant ouvertement évoquée et développée, du voyage temporel et des mondes parallèles, cette dernière donnant du coup plus de sens à la présence de certains personnages comme cette Grand-Mère sénile qui attend désespérément sa lettre. Lorsqu’on apprend que la version director’s cut (plus longue d’une vingtaine de minutes) laisse entendre que le garçon n’est pas malade, on n’a qu’une envie : revoir l’ensemble, décrypter, réorganiser les informations – vous savez, comme juste après Sixième Sens de Shyamalan.

 

Habile, je vous le dis. Malin en diable. Et fichtrement bien foutu.

 

 

 Donnie-Darko.jpg

Titre original

Donnie Darko

Réalisation 

Richard Kelly

Date de sortie

30 janvier 2002 avec Metropolitan

Scénario 

Richard Kelly

Distribution 

Jake Gyllenhaal, Maggie Gyllenhaal, Drew Barrymore, Noah Wyle, Seth Rogen & Patrick Swayze

Photographie

Steven B. Poster

Musique

Michael Andrews

Support & durée

DVD TF1/Seven Sept (2007) zone 2 en 2.40:1 / 104 min

 

Synopsis : Donnie Darko est un adolescent de seize ans pas comme les autres. Intelligent et doté d'une grande imagination, il a pour ami Frank, une créature que lui seul peut voir et entendre.
Lorsque Donnie survit par miracle à un accident, Frank lui propose un étrange marché. La fin du monde approche et ce dernier doit accomplir sa destinée. Des événements bizarres surviennent dans la petite ville tranquille, mais Donnie sait que derrière tout cela se cachent d'inavouables secrets. Frank l'aidera à les mettre à jour, semant ainsi le trouble au sein de la communauté.