Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.


[critique] Gone Girl : Fincher joue et gagne

Publié par Nico sur 5 Octobre 2014, 06:52am

Catégories : #Sur écran : sorties cinéma, #Cinéma 2014, #Adapté au cinéma

Les relations de couple par Fincher - ou comment le réalisateur analyse les petites mesquineries de la vie à deux en les abordant sous l'angle d'un étonnant thriller psychologique. Adaptation du livre de Gillian Flynn, Les Apparences, Gone Girl est une réussite de tous les instants, à la fois subversif, intelligent, ironique, caustique et ludique.

Il y a tellement à dire sur le film et il faudrait largement plusieurs visionnages pour en saisir toutes les subtilités et comprendre tous les choix de réalisation, mais l'on peut d'ores et déjà le confirmer : Gone Girl est un chef d'oeuvre, l'un des meilleurs films de l'année et peut-être l'un des meilleurs Fincher. Pourtant, l'on va faire court dans cette critique car il serait vraiment stupide de vous spoiler tous les tenants et aboutissants de cette histoire pour le moins surprenante, d'autant que pour une fois la communication autour du film est restée spécialement énigmatique sur le sujet, la bande annonce étant étonnamment très évasive (comprenez qu'elle ne doit montrer qu'un tiers du film !).

Comme à son habitude, David Fincher fait preuve d'une méticulosité rare pour insuffler du sens à sa mise à scène (jeux de symétrie, zooms...). Chaque cadre, chaque placement semble être plus que jamais réfléchi pour tour à tour donner des indices ou mettre sur une fausse piste les spectateurs qui vont volontiers se prendre au jeu, menant dans leur tête une petite enquête pour découvrir le fin mot de l'histoire. Avec son comparse Jeff Cronenweth, le réalisateur va également beaucoup jouer sur les effets de lumières et les ombres, agissant sur l'inconscient de son public comme pour le titiller en lui balançant sous le nez nombre de renseignements substantiels, comme dans cette troublante scène voyant le couple s'embrasser sous un épais nuage de sucre, le personnage de Rosamund Pike en ayant le visage totalement recouvert de manière à lui donner une teinte fantomatique, en total décalage avec celui de Ben Affleck. Une façon assez remarquable de faire passer un message par l'image, procédé que David Fincher avait notamment utilisé dans The Social Network pour souligner le déphasage entre Mark Zuckerberg et ses collègues.

Quoi qu'il en soit, Gone Girl est un film aux multiples niveaux de lecture, le soin étant laissé aux spectateurs de choisir la signification et la morale qu'il veulent bien prêter à cette histoire. Car derrière cet enrobage de thriller conventionnel (avec cette enquête sur la disparition d'Amy et les regards tournés vers Nick), se cache une analyse plutôt fine des rapports de force et des petites mesquineries que l'on trouve dans n'importe quel couple ordinaire. Le propos est bien souvent ironique, caustique, et l'on se surprend à rire régulièrement devant les situations dans lesquelles se fourvoient tous les personnages. Fincher en profite en outre pour égratigner au passage le microcosme de l'info et des médias, touchant parfois à la caricature pour mieux faire comprendre aux spectateurs à quel point il est facile de les manipuler (ce qu'il se permet lui-même d'appliquer).

Impossible d'en dire plus sans vous dévoiler les nombreux ressorts du scénario. Mention spéciale aux acteurs absolument brillants. Ben Affleck n'a jamais été aussi bon, il incarne à la perfection cet américain « moyen » (comme il le dit lui-même lorsqu'il rencontre Amy) semblant dépassé par la situation et dont les réactions inappropriées ne font qu'éveiller les soupçons qui pèsent sur lui. Rosamund Pike, quant à elle, commence à se constituer une filmographie très intéressante. Après s'être fait connaître dans Meurs Un Autre Jour avec Pierce Brosnan, l'actrice avait enchaîné quelques rôles anecdotiques jusqu'à ce qu'elle se révèle dans Jack Reacher et Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde. Désormais, il faudra compter sur elle et son talent incontestable. On pourrait presque dire que son rôle est l'un des plus intéressants de la filmographie de Fincher.

Inutile de gratter quelques lignes de plus : Gone Girl est une réussite de tous les instants. Sa campagne d'affichage le laissait de toute manière déjà présager, mais tout dans ce film fait preuve d'une intelligence rare et d'un respect total pour un public qui ne trouvera jamais le temps de s'ennuyer pendant ces 2h25 ludiques et captivantes. Un très grand film par un réalisateur surdoué, vivement recommandé !

 

 

Titre original

Gone Girl

Mise en scène 

David Fincher

Date de sortie

08/10/14 avec la Fox

Scénario 

Gillian Flynn

Distribution 

Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry & Patrick Fugit

Photographie

Jeff Cronenweth

Musique

Trent Reznor & Atticus Ross

Support & durée

2.35 : 1 / 149 minutes

 

 

Synopsis : A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

 

 

[critique] Gone Girl : Fincher joue et gagne

Commenter cet article

Cachou 05/10/2014 08:48

Ouf, soulagement. Je l'attends énormément ce film, et parce que le livre est ingénieux, et parce que Fincher me semblait être le réalisateur parfait et peut-être à même de changer la fin trop... trop. J'ai hâte de le voir!

Cachou 06/10/2014 20:08

C'est un bon thriller, un peu exagéré mais très bien foutu: http://www.les-lectures-de-cachou.com/les-apparences-gillian-flynn/

Vance 06/10/2014 19:56

Tu jugeras sur pièces. Le bouquin est vraiment bien alors ? Tu as écrit dessus ?

Cachou 05/10/2014 20:39

Franchement, il fallait changer cette fin, elle est trop exagérée et gâche un peu l'ensemble. Maintenant, je me demande si la nouvelle fin est meilleure ou encore plus difficile à croire...

Vance 05/10/2014 10:11

Oui, pour l'heure toutes les critiquent convergent, même si quelques esprits chagrins regrettent justement l'adaptation trop "libre" de la fin.

Nous sommes sociaux !

Articles récents