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l'Ecran Miroir

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[critique] Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde : déjà culte

[critique] Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde : déjà culte

Le dernier épisode de la trilogie Cornetto arrive enfin au cinéma ! Attendue au tournant, la nouvelle réalisation du jeune prodige Edgar Wright tient toutes ses promesses, et bien plus encore. Toujours aussi doué pour mélanger les genres avec subtilité, le metteur en scène en profite pour ajouter une nouvelle dimension à son œuvre en faisant preuve d'une extrême lucidité et d'une touchante sincérité. Le Dernier Pub est non seulement une hilarante comédie de Science-fiction, mais aussi un étonnant constat sur le temps qui passe, entre désillusion, regret, espoir et bienveillance. Le meilleur film de Wright.

le-Dernier-Pub-02.jpg

Initiée il y a maintenant quasiment 10 ans avec Shaun of the dead, puis prolongée en 2007 avec Hot Fuzz, la désormais « culte » (au sens habituel) saga du Cornetto trouve dans Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde une étonnante et idéale conclusion.

Edgar Wrighta tenu parole : lors de la sortie en vidéo de Hot Fuzz, il dévoilait aux spectateurs dans le commentaire audio son envie de réaliser un troisième film avec la même équipe afin de conclure ce qu'il appelait sa saga « Cornetto ».

Saga « Cornetto », car les protagonistes se retrouvent toujours à acheter et manger une glace de cette marque pendant les films. Dans Shaun of the dead, c'était une glace à la fraise, avec son emballage rouge sang symbolisant l'invasion zombie. Dans Hot Fuzz, c'était naturellement une glace à la vanille, avec son papier bleu rappelant l'uniforme des deux policiers qui la dévorait. Ainsi, Wright nous promettait un caméo du fameux Cornetto à la pistache, vert, pour son futur long-métrage orienté Science-fiction. Simple, cohérent et logique (on aura rarement attendu avec autant de fébrilité l'apparition d'une glace à l'image).

A l'instar de la fameuse « Trilogie du rideau rouge » de Baz Lurhman, la saga « Cornetto » n'est pas constituée de films se faisant suite, mais se faisant écho. En dehors des nombreuses références, comme par exemple le franchissement de palissades ou l'inévitable pub dans lequel se déroulera l'action à un moment précis, les trois films partagent la même thématique, le passage à l'âge adulte et ce que cela implique comme sacrifices, prise de conscience et émancipation.

Mais si les deux premiers films mettaient en avant les liens entre les personnages (amour et amitié), ce dernier épisode les place face à eux-mêmes (et à leur passé de manière littérale), en insistant sur leur solitude et leurs responsabilités.

Car Edgar Wright a pris soin de faire évoluer ses héros.

Shaun constituait une sorte de sursis pour le duo interprété par Simon Pegg et Nick Frost, trentenaires conscients de la nécessité de « grandir » mais gardant à la fin leur petite zone de confort, « régressive » (sans que cela soit péjoratif), ou plutôt rassurante (car insouciante).

Hot Fuzzfaisait évoluer les protagonistes, puisque le réalisateur les faisait agir par leur propre volonté, enfin conscients de leur rôle à jouer, et non parce qu'ils subissaient les événements. le-Dernier-Pub-03.jpg

Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde continue dans cette direction, tout en y ajoutant une nouvelle dimension. Simon Pegg et Nick Frost ont maintenant la quarantaine, et il est temps pour eux de s'assumer pleinement. Fidèle à lui-même et envers ses fans, Wright ne les juge pas. En opposant le caractère du personnage interprété par Simon Pegg, qui ne vit que dans sa gloire passée en éternel ado, à celui du personnage de Nick Frost, qui renie totalement ses racines et est devenu ce qu'il redoutait jadis, le réalisateur nous prouve qu'il n'est pas question de refouler son passé et son enfance pour évoluer, mais qu'il faut simplement trouver un juste milieu dans ces deux sortes de reniement total. Le discours n'est pas nouveau, mais son traitement est en revanche original. Car, très loin des nombreuses comédies sur les crises identitaires auxquelles on a droit régulièrement, Le Dernier Pub étonne par son ambiance douce-amère. Derrière la comédie (hilarante), se cache une noirceur que l'on n'était pas forcément habitués à voir avant chez ce metteur en scène. On pense par exemple à une scène dans laquelle le personnage joué par Eddie Marsan retrouve son bourreau de l'école, ou à l'échange entre Frost et Pegg à la fin qui nous en apprend un peu plus sur ce dernier. On ressent une sorte de malaise à le suivre dans cette folle quête désespérée, renforcé par les brusques changements de tons induits par des dialogues d'une extrême lucidité et par un plan d'une tristesse absolue qui nous dévoile une facette inexplorée de ce personnage. Ne versant jamais dans le pathos, Wright procède par petites touches pour nous faire comprendre que ce Dernier Pub, c'est avant tout le dernier film de sa trilogie, et qu'il compte dorénavant passer à autre chose. Le réalisateur n'aura probablement jamais été autant en phase avec ses acteurs et sa thématique qu'avec ce The World's End. Il est d'ailleurs dommage que contrairement aux 2 précédents épisodes, ce film se soit vu affublé d'un titre français. Non que Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde soit un mauvais titre, bien au contraire, mais les multiples sens que prend le titre d'origine passent à la trappe. The World's End, c'est d'abord le nom du pub dans lequel la bande de potes décide de se rendre au bout d'un long périple alcoolisé (la voie maltée). Mais c'est également, comme son nom l'indique aussi, une histoire d'invasion alien et de fin du Monde. Enfin, c'est un conte qui parle de la fin d'une époque, une sorte de fin du Monde tel que les personnages le connaissait (en témoigne la « Starbuckerisation » des pubs dans leur village natal).


Edgar Wright avait réussi en 2004 à proposer un subtil mix entre comédie (romantique) et film de zombies sans tomber dans la parodie complaisante. En 2007, il réitérait cet exploit en s'attaquant aux buddy movies et en plaçant ses héros au cœur d'un film d'action ultra vitaminé. Ce mélange de genre est devenu une vraie marque de fabrique et en l'espace de quelques années, le réalisateur a acquis une renommée plus que méritée, faisant toujours preuve à chaque fois de son immense talent. Dire que sa version d'un film de SF était attendue avec une certaine impatience est un euphémisme. D'autant plus quand on sait que cette fameuse histoire de tournée des pubs, dont l'écriture fut commencée avant la sortie de Shaun, puise son inspiration dans la jeunesse du metteur en scène et de ses acteurs fidèles.

Une fois de p lus le résultat est à la hauteur des espérances. L'invasion extra-terrestre est traitée avec une rigueur exemplaire, lorgnant du côté de la SF à l'ancienne, complots et paranoïa de circonstance. L'histoire est prise au sérieux et son traitement très premier degré évacue très vite les soupçons des spectateurs (l'invasion n'est-elle que le fruit de l'imagination d'une bande de potes ayant trop bu par exemple). Pas de twist inutile. Ce n'est pas dans les habitudes de Wright. Au contraire, chacun de ses films a tendance à tout déballer dès les premières secondes, comme pour attester de la sincérité d'un auteur qui croit en son histoire. Il prend plaisir à nous mettre carrément devant les yeux (et ceux de ses personnages) chaque indice, chaque évidence. Shaun traverse une horde de zombies sans s'en apercevoir, il interpelle l'un d'eux dans la rue, il en croise un dans son jardin, et ce n'est qu'auprès de ce dernier qu'il se rend compte de la réalité. Nicholas Angel, lui, a littéralement devant les yeux le nom du coupable qu'il cherche, et ce dès les premières minutes du film. Dans Le  Dernier Pub, il y a également des signes qui ne trompent pas et le réalisateur ne cherche jamais à installer le doute : tout ce qu'il filme arrive bel et bien à ses personnages. le-Dernier-Pub-04.jpg

Avec un sens du rythme incroyable, Wright fait monter la pression (sans mauvais jeu de mot) au fur et à mesure que l'invasion se précise et que les 5 amis avancent dans leur quête (le fameux barathon, consistant à boire une bière dans chacun des 12 pubs du parcours). Les caractères des personnages se dévoilent progressivement à chaque gorgée de bière ingérée, les obligeants à se révéler au regard des autres pour régler leurs conflits intérieur, tout en tentant de se protéger des envahisseurs. Riche en symbolique, comme les noms des personnages (Simon Pegg s'appelle Gary King par exemple) - procédé déjà utilisé dans Hot Fuzz (Angel, Messenger, Skinner ...) - ou des pubs, le film a des relents de conte initiatique. On peut ainsi remarquer que les différentes actions qui se déroulent à l'intérieur de chaque pub correspondent parfaitement avec leur nom : The First Post est de ce fait le premier pub du barathon, The World's End est le dernier. Le principe est clair et pour les pubs suivants, c'est du même tonneau.

Le film se voit enrichi par cette résonance symbolique, et cet aspect mystique, qui semble dicter les faits et gestes des personnages, avant qu'ils ne s'affirment enfin en devenant maîtres de leur existence. C'est en cela que ce Dernier Pub constitue une fin plus que cohérente à la trilogie Cornetto. Regarder les trois films dans l'ordre prendrait presque, en exagérant bien évidemment, des allures de Cloud Atlas. Surtout quand on se rend compte pendant le générique que l'acteur qui joue le personnage face auquel Pegg s'affirme à la fin du film a tenu des rôles similaires dans les précédents.

Mais nul besoin de connaître Shaun of the dead et Hot Fuzz pour profiter du spectacle. Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde est un petit chef d'œuvre. Réalisé avec génie, monté avec une très grande intelligence et imposant un rythme en parfaite corrélation avec la bande son (on pense à la scène de Shaun « Don't stop me now »), le film est une réussite totale. L'histoire de Science-fiction tient la route et nous abreuve de scènes jouissives et inventives (le combat contre les jumelles ou la chorégraphie de Pegg visant à ne pas faire tomber son verre au milieu d'une baston). L'humour fonctionne à chaque fois, qu'il soit visuel ou inhérent aux dialogues finement écrits (le comique de répétition est l'une des particularités du cinéma de Wright).

Le Dernier Pub est le film le plus maîtrisé de Wright, sa réalisation plus posée que d'habitude souligne parfaitement un scénario d'une incroyable profondeur. Il offre une belle conclusion à la trilogie, en étant à la fois le film le plus politiquement incorrect et irrévérencieux, mais en étant aussi le plus responsable et subtil. L'un des meilleurs films de l'année ? En tous cas le meilleur film de Wright, qui ne se repose pas sur ses acquis, en poussant la réflexion autour d'un thème qu'il approfondit encore une fois et en confirmant qu'il s'agit de l'un des réalisateurs les plus doués du moment. A voir et à revoir, une trilogie immanquable et culte !

 

Ma note (sur 5) :

5

 

 


 

 

 le-Dernier-Pub-01-copie-1.jpg

Titre original

The World's End

Mise en scène 

Edgar Wright

Production 

Universal Pictures International

Date de sortie France 

28 août 2013

Scénario 

Edgar Wright & Simon Pegg

Distribution 

Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman & Rosamund Pike

Durée 

109 minutes

Musique

Steven Price

Photographie

Bill Pope

Image 

35 mm, 2.35 : 1

Son 

Dolby Digital

 

Synopsis : L’histoire débute le 22 juin 1990 dans la petite ville anglaise de Newton Haven : cinq adolescents au comble de l’âge ingrat fêtent la fin des cours en se lançant dans une tournée épique des pubs de la ville. Malgré leur enthousiasme, et avec l’absorption d’un nombre impressionnant de pintes de bière, ils ne parviennent pas à leur but, le dernier pub sur leur liste : The World’s End (La Fin du Monde). Une vingtaine d’années plus tard, nos cinq mousquetaires ont tous quitté leur ville natale et sont devenus des hommes avec femme, enfants et responsabilités, à l’alarmante exception de celui qui fut un temps leur meneur, Gary King, un quarantenaire tirant exagérément sur la corde de son adolescence attardée. L’incorrigible Gary, tristement conscient du décalage qui le sépare aujourd’hui de son meilleur ami d’antan Andy, souhaite coûte que coûte réitérer l’épreuve de leur marathon alcoolisé. Il convainc Andy, Steven, Oliver et Peter de se réunir un vendredi après-midi. Gary est comme un poisson dans l’eau. Le défi : une nuit, cinq potes, douze pubs, avec un minimum d’une pinte chacun par pub. À leur arrivée à Newton Haven, le club des cinq retrouve Sam, la sœur d’Oliver pour qui Gary et Steven en pincent toujours. Alors que la fine équipe tente, tant bien que mal, d’accorder le passé avec le présent, une série de retrouvailles avec de vieilles connaissances et des lieux familiers les font soudain prendre conscience que le véritable enjeu, c’est l’avenir, non seulement le leur, mais celui de l’humanité entière, et arriver à «La Fin du Monde» devient le dernier de leurs soucis...