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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.

Solomon Kane

http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/2009/solomon-kane-15998-1084790295.jpgUn film de Michael J. Bassett (2009) avec James Purefoy, Pete Postlethwaite, Max von Sydow.


Résumé Cinéphille : Dans un XVIe siècle ravagé par les guerres, le capitaine Solomon Kane est une redoutable machine à tuer, aussi brutale qu'efficace. Armé des pistolets qui font sa marque, de sa dague et de sa rapière, lui et ses hommes laissent libre cours à leur soif de sang alors qu'ils combattent au nom de l'Angleterre d'un continent à l'autre. Pourtant, lorsque Kane décide d'attaquer une mystérieuse forteresse quelque part en Afrique du Nord, sa mission va prendre un tournant fatal... Un par un, ses hommes sont décimés par des créatures démoniaques, jusqu'à ce qu'il reste seul face à l'envoyé du diable, venu des profondeurs de l'Enfer pour s'emparer de son âme atrocement corrompue. Kane parvient à s'échapper, mais il sait qu'il doit maintenant se racheter en renonçant à la violence et en se consacrant désormais à une vie de paix et de pureté. Sa nouvelle spiritualité ne tarde pas à être mise à l'épreuve lorsqu'il revient dans une Angleterre dévastée par des hommes diaboliques à la solde d'un être masqué terrifiant, l'Overlord. Incapable d'empêcher le meurtre brutal des Crowthorn, une famille puritaine dont il est devenu l'ami, Kane jure de retrouver leur fille Meredith et de la libérer de l'esclavage – même s'il doit pour cela renouer avec ses anciens talents d'assassin et du coup, perdre son âme. Sa quête va le conduire face aux plus sombres secrets de sa propre famille alors que tout le pays est menacé...

 

Une chronique de Vance

 

Ce qui frappe dans ce film, c’est avant tout le titre. Solomon Kane. Ca en jette. C’est rythmé, impressionnant d’office. Ca assoit le personnage avant même qu’il soit présenté. Son nom est sa marque de fabrique et on imagine déjà le cortège de rumeurs qui le précèdent. De ces noms qui se murmurent, se prononcent en se signant ou avec le visage soudain irradié d’une illumination divine.

Comme Conan. En moins brutal.

Le contexte temporel, le décorum, le costume et les accessoires achèvent de placer le film dans une tendance légèrement uchronique, où les mages et les démons coexistent avec l’homme, lui disputant sa place sur Terre. Il suffit de choisir une période sombre, des lieux baignés de traditions séculaires et le tour est joué. L’esprit est moins ouvertement fantastique (et fun) que dans Hellboy, mais se démarque d’un Van Helsing par l’absence de références obligées à des figures mythiques de la littérature de l’Imaginaire. Du coup, on a les coudées franches, pour peu qu’on maintienne un équilibre constant entre la description d’une époque et celle d’un héros atypique au long d’une quête. On y parle grandeur d’âme et rédemption, sacrifice et choix cornélien mais on n’hésite pas à trucider à tout va, et le plus graphiquement possible.

C’est du Howard.

Mais ça n’est pas Conan le Barbare.

Le film m’intéressait parce que le tissu même du script me fascinait : Howard, après tout, faisait partie de ce cercle d’amis littéraires de Lovecraft (ils s’écrivaient beaucoup et s’étaient même amusés à créer une amusante nouvelle sous forme de cadavre exquis dans laquelle se distinguaient leurs styles reconnaissable entre tous). Le fantastique, chez lui, est un peu similaire : c’est toujours une rupture dans le tissu du Réel, une fissure par laquelle s’engouffrent des créatures hors du temps, millénaires, qui hantent les rêves et les cultes des hommes depuis des éons. Le Mal rôde, séduit les fourbes et les faibles, et s’instille dans la psyché des puissants. Seuls des êtres d’exception, qui ont été au contact des forces maléfiques, donc forcément impurs, ont la capacité d’y mettre un frein. Des hommes, forcément, des mâles puissants et athlétiques, solitaires car refusant leur confiance. Pas les plus malins, ni les plus inventifs. Ils ne jouissent pas d’une grande ouverture d’esprit, ce qui leur permet de foncer tête baissée dans les pièges tendus par les hordes sataniques et d’éviter d’être le fruit de cette terreur surnaturelle qui paralyserait tous les autres. Parfois, il ne fait pas bon réfléchir.

Et puis, il faut qu’ils soient doués au combat. Parce que l’ère est rude, cruelle – et qu’il faut survivre avant tout. Parce qu’ils ont un destin qui les place au-dessus des autres – et qu’ils doivent l’accomplir à la force de bras musclés et habiles. L’épée est un prolongement de leur être et ils tuent sans trop de scrupules.

Ainsi est Conan. Un Barbare, ne l’oublions pas – et il mettra à bas les nations les plus évoluées, parce que les plus rongées, infectées par le Mal.

Ainsi doit être Solomon Kane.

http://www.filmofilia.com/wp-content/uploads/2009/08/solomon_kane_1-535x335.jpg

Le film, malgré tout, peine à lui rendre hommage. Ces héros virils et entiers, qui ont fait les beaux jours d’une littérature populaire, ont vite été remplacés chez les lecteurs de SF par des personnages plus nuancés, moins évidemment supérieurs et plus torturés par le doute. L’heure des anti-héros a sonné depuis belle lurette, rassurant les intellectuels et les raffinés. Elric, le Prince-Albinos de Melnibonè, n’est pas autre chose.

Pourtant, le cinéma continue à faire les yeux doux à ces (super-)héros au chromosome Y proéminent : ils promettent le spectacle par une savante succession de batailles et de combats orchestrés avec savoir-faire.

http://www.scifiscoop.com/wp-content/uploads/2009/09/solomon_kane-2.jpgAlors oui, Purefoy parvient à incarner ce demi-dieu ambulant : le visage constamment dans l’ombre, voilé de ces cheveux collés à la face par une pluie ininterrompue, il vous jette ces regards chargés de menace et de sous-entendus qui lui confèrent un certain magnétisme – un peu outré. Si les distributeurs français lui ont collé le doubleur de Hugh Jackman, ce n’est pas pour rien, bien que certaines poses aient tendance à le rapprocher d’Aragorn/Viggo Mortensen.


Mais voilà : on n’ y croit guère. L’œuvre est assez enlevée, mais empesée de dialogues lourdingues, parfois d’un ridicule absolu. Les situations s’enchaînent sans logique, privilégiant les moments forts plutôt que la fluidité des séquences et on n’est jamais vraiment surpris, même par le faux suspense concernant l’identité du bras droit masqué de Malakai – et encore moins par celle du prisonnier mystère dans les geôles du château. On est plus attiré par les tatouages de Solomon ou par certaines des créatures qu’il affronte (mais celles-ci font long feu – et que dire du démon final, qui ne sert à rien alors qu’il est graphiquement aussi réussi que le Balrog du Seigneur des Anneaux). Et malgré toute la sympathie que j’ai pour ce très bon acteur, je pense que Pete Postlethwaite ne parvient même pas à rendre son personnage intéressant (on connaît déjà son destin tragique à la première seconde). A relever toutefois la présence de Rachel Hurt-Wood (Meredith) qui confirme avec son visage angélique et ses lèvres boudeuses une excellente propension à jouer les vierges effarouchées attendant leur prince charmant (rappelez-vous de la délicieuse Laure dans le Parfum ou encore de Wendy dans Peter Pan).

Les scènes d’action, rythmées, souffrent parfois d’une caméra décadrée et d’un montage épileptique. Dommage, parce que les rares passes d’armes intelligibles montrent des chorégraphies agréables.

Beaucoup de frustration au final, car les première et ultime séquences promettaient beaucoup avec ces miroirs ouvrant sur des dimensions infernales. Quant au personnage central, qui phagocyte entièrement l’intrigue, même sa crucifixion n’empêche pas le malaise qu’il dégage. Fascinant sur le papier, il n’est pas abouti à l’écran. Toutefois, au moment de crier son mépris à un Dieu qui l’a abandonné, il évite de sombrer dans le déjà vu ostentatoire : à cet instant précis, alors que le sort s’acharne contre lui et qu’il a assisté, impuissant, à un véritable massacre, il y a cette noblesse celée, cette force de caractère qui transpire. Alors qu’il a refusé le recours à la violence, tout concourt à ce qu’il redevienne le tueur implacable qu’il était naguère. Sa façon (attendue tout de même) d’accepter un destin qu’il fuit car il conduit à sa damnation promise est un acte de grande classe. A cet instant, un héros naît sur la toile. Il aurait été préférable d’en tirer une bonne série plutôt que de s’acheminer vers ce finale maladroit et fadasse.

 

Ma note : 2,75/5

 

CLAP-DonnieLe coin du C.L.A.P. : un chapitre et demi de ce qui s’avère être un très gros pavé, Un monde sans fin de Ken Follett – vous risquez de le retrouver encore longtemps dans cette rubrique. On est arrivés assez tard mais heureusement la (deuxième) séance (de l’après-midi) n’a pas attiré beaucoup de monde, ce qui a permis d’être installés idéalement, dans les dernières travées. J’étais bien assis, les publicités et annonces ont laissé encore un peu de temps dans une pénombre assez lumineuse pour lire et il ne faisait pas trop frais. Pas de boisson, pas de pop-corn. Apparemment, ils ont changé leurs boucles musicales au Kinépolis puisqu’on entendait le dernier Black Eyed Peas.

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V

T'as gagné, je sens que je vais me remettre à la lecture de ce Grand Ancien. En fait, Conan est typiquement le genre de héros que j'apprécie, avançant contre vents et marées, opposant une force
brute au raffinement dépravé des civilisations qu'il bouscule. Il n'est pourtant ni stupide ni balourd, c'est juste qu'il ne craint que les dieux (mais avec modération).


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R

Les héros de Howard manquent peut-être d'humanité, mais je ne crois pas que quand on les lit, on ressente le côté archétypal, car Howard lui-même ne le ressentait pas. Il croyait à la réalité
individuelle de ses héros. Leur absence apparente d'humanité vient de ce qu'ils n'agissent que selon leur instinct. Cependant, Kull, qui est un de mes préférés, agit avec plus d'humanité, je
trouve. Solomon Kane doit beaucoup aux héros romantiques, aux personnages gothiques, tels qu'a pu les inventer Lord Byron. Et justement, ces héros ambigus et tourmentés, si au départ ils peuvent
être ressentis comme nouveaux et non archétypaux, peuvent, au bout de quelque temps, devenir des archétypes d'un nouveau genre. De nouveaux archétypes. Mais j'aimais assez Solomon Kane, surtout
pour le cadre, qui consistait à mettre des démons et des spectres au sein d'un monde où les armes à feu existaient déjà, et où on avait des épées fines, où les techniques de combat et les modes
vestimentaires attestaie,t déjà d'une civilisation avancée, évoluée sur le plan technique, rationalisée déjà pour une large part. Le mythologique est souvent relégué à des époques antérieures
à la Renaissance, à l'essor de la Raison comme référence absolue. Mais Howard de ce point de vue n'avait pas froid aux yeux. Les démons et les spectres pouvaient encore dans ses écrits côtoyer les
théologiens raffinés du temps ! 

C'est, je pense, l'originalité principale de cette série de Solomon Kane, d'avoir créé un monde qui mêle la Renaissance protestante et les êtres infernaux. Le héros certes est archétypal,
mais l'archétype est encore assez parlant, l'est d'autant plus qu'il vient du romantisme, plus que de l'Antiquité : cela rappelle les chevaliers errants de La Légende des siècles, de Hugo.
Cet archétype du vengeur occulte, si on peut dire, a été repris dans beaucoup de films que nous aimons, à commencer par The Crow, de Proyas. Et puis il y a le Cavalier solitaire
d'Eastwood. Tout cela fonctionne encore et a été inventé par Howard, au sein de la tradition narrative américaine. Ou en tout cas, il en a donné une version assez grandiose.


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V

Tu m'intéresses, Rémi. De Howard j'ai lu surtout Conan (qu'il écrivait bien mieux que ses continuateurs, à part peut-être Poul Anderson) et Kull le conquérant. J'aimais beaucoup
et je ne pense pas que la création de héros plus romantiques, moins entiers, soit la panacée. J'estime d'ailleurs qu'on en est revenu : le héros, parfois, doit se fondre dans des schémas
archétypaux, il doit savoir être au-dessus de la mêlée, qu'il ait été choisi par le destin ou qu'il se le soit forgé à la force de son bras (musclé, forcément). C'est le héros qui fait rêver, même
si l'identification est plus problématique.


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R

(Sinon, je n'ai pas vu le film, mais s'il estmauvais, pourquoi aller le voir ?)


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R

J'ai lu toutes les aventures de Solomon Kane deux fois, une fois en français, une autre en anglais, et c'était fascinant, et je pense, Vance, qu'il n'est pas évident que Howard soit moins
intéressant que Moorcock, et les personnages ambigus et tourmentés, cela peut aussi être une tarte à la crème. Il suffit d'imiter Lord Byron. Le monde de Howard est toujours extraordinairement
crédible, et on a vraiment l'impression d'être avec le personnage devant des démons, des spectres, etc. Il y a comme une faculté d'envoûtement, de la part de Howard. Une faculté mediumnique,
j'allais dire. Lui-même croyait plus ou moins qu'il revivait d'anciennes incarnations. Car il croyait en la réincarnation. Lovecraft s'est aussi laissé séduire par ce type d'idées, et dans ses
lettres, il évoquait des rêves au sein desquels ils était un Romain qui tombait, si je puis dire, sur d'affreuses divinités pyrénéennes. Il laissait entendre qu'il revivait lui aussi
une incarnation précédente, dans l'esprit de Howard, quoique avec moins de violence. Or, Moorcock a du talent et du charme, mais ses univers sont un peu artificiels, et les tourments
d'Elric, peut-être aussi un peu.


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V


@ Braineye, je t'ai répondu sur ton propre blog. Considère-toi comme membre !
@ Niko : pareil, j'en attendais bien plus et ça s'avère décevant.
@ Cachou : ah ben, quand on aime, hein ! Merci Mam'zelle.


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N

Arf! Tu confirme en fait tout ce que j'ai lu sur ce film... c'est con je voulais le voir, pour la référence à COnan bien sur mais là je crois que je vais attendre un peu et ne pas aller au ciné
pour ça... zut de zut


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C

Ca c'est du rapport clapesque complet, siouplé m'sieur! Je fais pâle figure à côté de toi! Il va falloir que je me rattrape. Je sens que je vais prendre mon livre du moment et aller me planter dans
l'église romane près de chez moi histoire de pouvoir rajouter un peu de gloire à mes exploits clapesques (ben oui quoi).

Et juste parce que je suis immmmmmmensément paresseuse ces jours-ci (les cours se passent mal, mes élèves sont pénibles, je boulotte beaucoup et ça me fatigue), je ne te maile pas mes derniers
points que je te livre ici: Sherlock Holmes: 3,5/5. Sans surprise donc.

Petite question: pour le palmarès de ce mois, on repart à zéro pour les films et on ne reprend que ceux sortis en janvier?


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B

Si j'ai bien compris, rejoindre le palmarès, ça consiste juste à donner des notes à des fillms en les mentionant dans les commentaires?
Si c'est que ça, je peux le faire sans problèmes. Cela dit, je ne suis pas constant, je peux être très prolofique, comme devenir extremement fénéant... Mais si y'a pas de contraintes, je suis
partant.


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V

Braineye, bienvenue et bravo pour ton blog très sympa. tout à fait d'accord avec tes réactions. Puisque tu en es à donner des notes, fais-moi signe si tu veux rejoindre le Palmarès !


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