Plongée :
La plongée est un des deux angles de vue spécifiques qui diffèrent foncièrement de celle « à hauteur d’homme » –
la caméra étant placée face aux visages à filmer). Dans une plongée, la caméra est placée plus haut que le sujet cadré qui donne ainsi l'impression d'être écrasé, rapetissé, pénétré de son
insignifiance. Antonioni l’utilisait fort bien pour cerner un individu marqué par le destin (en le filmant par exemple du haut d’un immeuble) ;
chez Eisenstein, déjà, elle permettait aussi de distinguer le héros qui bénéficiait alors d’un angle différent de tous les autres – comme dans l’intro
de Alexandre Nevski.
Exemples (merci à Jennifer
et TWIN) :
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Dans 1492 de Ridley
Scott, Christophe Colomb (Depardieu) s’offre une très belle plongée vers 39 min 25 ; la caméra le marque comme un fauve marque son
territoire.
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Dans Ben-Hur de William Wyler, lors de l’incomparable course de
chars, on a droit à de fort belles plongées, presque verticales, au moment de la procession des concurrents juste avant le départ. Elles permettent de compléter l’énormité du cadre et
l’importance de l’enjeu : les plongées semblent prises depuis la tête d’une gigantesque statue, comme si les dieux eux-mêmes se penchaient sur le destin de ces mortels.
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Dans Il faut sauver le soldat
Ryan de Spielberg, à la sixième minute, au début de l’époustouflante scène du débarquement sur Omaha Beach, la plongée révèle le champ de vision des défenseurs allemands planqués dans
leur blockhaus sur la plage où viennent se jeter les G.I.’s inconscients.
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Dans Amistad de Spielberg, la
caméra joue avec les protagonistes et offre des perspectives intéressantes. Après la révolte des esclaves noirs, sur le bateau, on a droit à des plongées vues du haut d’un mât sur Cinque
(Djimon Hounsou), succédant en alternance avec des contre-plongées presque aussi vertigineuses sur ce personnage dont l’histoire bascule sous un ciel étoilé, alors que la révélation le
surprend.
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Dans Un long dimanche de fiançailles de Jeunet, de splendides
plongées viennent saisir les personnages, grâce à des mouvements habiles de grues notamment : on les sent empêtrés dans un destin qui leur échappe. Toutefois, Jeunet, comme Scott, a
tendance à en abuser (c’est à dire qu’il les utilise uniquement parfois pour le côté esthétique). On admirera néanmoins la petite séquence du phare dans lequel montent les deux enfants
(Mathilde et Manech) avec un travelling aérien tournant du plus bel effet.
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Dans Brazil de Terry Gilliam,
le personnage principal est cadré de très haut au moment où il pénètre dans l’entreprise dans laquelle il travaille : on le sent écrasé, réduit à l’état d’insecte besogneux sous les
perspectives de ces murs impressionnants par leur gigantisme et leur froideur.
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Tim Burton film beaucoup son Batman (1989) en plongée, notamment, lors du dernier acte, dans la cathédrale, où le personnage, très animal dans sa petitesse et ses longs plis de cape,
semble écrasé par l'immensité de décor gothique.
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Les plongées de Citizen Kane
sont également très intéressantes. Kane est étonnamment filmé ainsi alors que ça le rend encore plus charismatique, au milieu de ses journaux éparpillés par exemple.
A compléter…