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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.

Batman : Year One

Batman : Year One

Pour les fêtes de la fin d’année 2021, Warner Bros. a choisi (entre autres) de rééditer un film d’animation en prétextant une commémoration : en effet, dix ans auparavant sortait Batman : Year One, l’adaptation à l’écran d’une histoire devenue un grand classique des aventures du Caped Crusader. Un album qui s’inscrivait dans la déjà longue lignée des récits des origines dans lesquels on refaçonne, a posteriori, la manière dont un héros est devenu le mythe qu’il campe aujourd’hui. Superman, Spider-Man, les 4 Fantastiques, Captain America et consorts ont tous vu passer un grand maître du comic-book chargé dans un one-shot de réécrire tout en modernisant mais sans trahir – exercice ô combien périlleux face à la horde de fans – les premiers jours de leur justicier en costume préféré.

Batman : Year One

Pour notre Chevalier Noir, la mission fut confiée à Frank Miller, en toute logique : la manière dont il avait repris en mains la série Daredevil et l’impact gigantesque de son Dark Knight returns l’an précédent en faisaient le concepteur idéal. Et bien que réticent à l’idée d’étaler son histoire sur plusieurs épisodes, il fut convaincu par l’éditeur de l’époque qui lui garantissait des coudées franches, presque une carte blanche, dans un univers remis à plat par le raz-de-marée éditorial Crisis on Infinite Earths.

Batman : Year One

Miller, éliminant certains détails racontés auparavant, se concentra sur quelques incontournables et rédigea un véritable roman noir décrivant en parallèle les premiers pas de Bruce Wayne et de l’inspecteur Gordon face au crime qui rongeait les entrailles de la cité de Gotham. Son fidèle acolyte Mazzucchelli se chargea de coller au plus près de sa vision d’une cité crasseuse en illustrant ces bas-fonds pollués par les exactions, l’emprise de la mafia locale et la corruption, cette cité où le vice se répandait dans chaque recoin, chaque ruelle et où la Justice avait depuis longtemps cessé d’agir. Wayne, encore traumatisé par le meurtre gratuit de ses parents, y apparaît encore indécis sur la marche à suivre : il sait ce qu’il doit faire, mais il ne sait pas encore comment procéder. Physiquement, il se sent prêt, il s’est endurci et sa pratique des arts martiaux est stupéfiante – mais si réduire un homme à l’impuissance est largement à sa portée, comment s’en prendre à cette pieuvre impalpable qu’est le crime organisé ? Il lui faudra enquêter, aller sur le terrain, en tirer les leçons nécessaires pour se construire un projet, une marche à suivre – et l’uniforme qui ira avec. Entre-temps, James Gordon débarque à la criminelle, tout auréolé de plusieurs hauts faits : bien que désireux d’apporter sa contribution de citoyen et de policier exemplaires, il est inquiet car il connaît sa propension à dénoncer des collègues peu regardants (ce qui lui a valu pas mal d’ennuis au sein des forces de l’ordre) et, d’autre part, sa femme adorée est enceinte et il conçoit difficilement d’élever un enfant dans ce dépotoir géant que constitue Gotham. Très vite, il découvrira l’ampleur du mal qui corrode la société et plus particulièrement ses collègues qui lui feront vite comprendre que son côté « Monsieur Propre » n’est pas du goût de tout le monde.

Batman : Year One

Deux hommes (encore) intègres, deux visions convergentes d’un combat nécessaire, deux manières différentes de lutter contre le crime, deux conceptions antagonistes de la Justice. Et autour d’eux s’ébattent plusieurs des personnages qui ont fait les beaux jours de la série Batman

Grand succès commercial, l’album qui en a été tiré (maintes fois réédité) a été prévu pour une adaptation au cinéma, afin de relancer une franchise mise à mal par les films de Schumacher. Darren Aronofsky était mandaté pour la réaliser. Le projet n’aboutit pas et c’est, un peu plus tard, Christopher Nolan qui récupéra une partie des trames narratives pour son Batman begins… avec la réussite que l’on connaît.

Batman : Year One

Néanmoins, DC n’abandonna pas son projet et il tomba dans l’escarcelle de la section animation de Warner Bros. sous la houlette de Bruce Timm (le père de la géniale série animée) qui en confia la réalisation au duo Montgomery & Liu. L’album plutôt court engendra donc un moyen-métrage (à peine plus d’une heure) qui respecte les grandes lignes de l’œuvre dessinée avec notamment un remarquable travail sur l’éclairage qui parvient à ne pas trop dénaturer la colorisation extraordinaire de Richmond Lewis. Le casting de voix aux petits oignons, dont Bryan Cranston en Jim Gordon, constitue sans aucun doute un plus-produit, toutefois l’on peut préférer la pertinence et l’impact de la version française, superbement interprétée (Adrien Antoine a une voix parfaite pour camper ce Bruce Wayne mal dégrossi et elle tient la dragée haute face à Ben McKenzie, à la tonalité moins grave). Le script se suit avec une fluidité exemplaire et si on regrettera une tendance à tempérer un peu la violence latente de Miller, on aura droit à quelques séquences de haute volée, brutales à souhait, où Gordon et Wayne paieront de leur personne – mais c’est dans la peur initiale, dans les souffrances héritées des premières hésitations, des premiers ratés, qu’ils tireront l’énergie qui les transcendera et en fera des héros.

La bande-son dynamique se pare d’une musique étonnamment transparente, qui n’a pas la puissance évocatrice de la partition accompagnant la série de Bruce Timm. Dommage, mais l’essentiel est ailleurs, dans cette histoire idéalement balisée qui verra deux ennemis devenir de futurs alliés. L’amateur de Batman reconnaîtra sans peine la future Catwoman, pas encore icône sexy mais déjà hors-la-loi, et le futur procureur Harvey Dent. Parmi les ajouts de l’équipe créative de l’animé se trouve Vicky Vale qu’on croisera dans la peau d’un envoyé spécial.

Batman : Year One

Le blu-ray de cette édition commémorative a été réédité par Warner Bros. pour son dixième anniversaire et mis en vente à partir du 8 décembre 2021 en France. Il s’accompagne de nombreux suppléments dont un court-métrage sur Catwoman, des commentaires audio et des documentaires dont un, très intéressant, qui revient sur la genèse du personnage, ses origines où il n’hésitait pas à flinguer les bandits et les grands artistes qui ont chaque fois contribué à hausser le niveau des histoires, réinventant en permanence le héros tout en renforçant son côté sombre, schizophrène et sans concession. Les fans seront ravis d’y voir quelques-uns des plus grands auteurs et dessinateurs de la maison DC qui décryptent le phénomène culturel que constitue le Chevalier Noir.

Batman : Year One

Titre original

Batman : Year One

Date de sortie en salles (U.S.A.)

18 octobre 2011 avec Warner Bros.

Date de sortie en vidéo

4 juillet 2012 avec Warner Bros.

Date de sortie en VOD

 

Réalisation

Sam Liu & Lauren Montgomery

Distribution

VO : Bryan Cranston, Ben McKenzie, Eliza Dushku & Katee Sackhoff

Scénario

Tab Murphy d’après le graphic novel de Frank Miller & David Mazzucchelli

Photographie

 

Musique

Christopher Drake

Support & durée

Blu-ray Warner (2021) region B en 1.66:1/64 min

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P
Bryan Cranston donne de la voix pour Gordon, très bon choix.
Je connais la BD mais je ne connaissais pas cet animé. Merci pour la découvert, visiblement de qualité.
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V
Ravi de te retrouver ici !