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l'Ecran Miroir

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Le Sabreur manchot : Un seul bras les tua tous

Le Sabreur manchot : Un seul bras les tua tous

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One-armed Swordsman

 

Un film de Chang Cheh (1967) avec Jimmy Wang Yu, produit par la Shaw Brothers.

 

Un DVD Wild Side (2005).

 

Résumé : Fang Gang est sans aucun doute le meilleur élève de Qi Ru-Feng, maître incontesté de l’école du Sabre d’or et défenseur des opprimés. Il est aussi le fils d’un de ses suivants qui n’a pas hésité à se sacrifier pour le sauver. C’est pourquoi il est élevé sur un même pied que la propre fille de Ru-Feng ou que les fils des grands chevaliers : ces derniers conçoivent de la jalousie à son encontre et entreprennent de le chasser alors même qu’un ennemi rôde, prêt à tout pour réduire l’aura de Qi Ru-Feng.

 

 

Une chronique de Vance

 

Depuis quelques années, le traditionnel marathon de films d’horreur instauré pour Halloween s’est transformé en projection de chefs-d’œuvre HK. Les raisons en sont nombreuses : découverte d’un genre qui a fortement inspiré les productions actuelles, recherche de nouvelles sensations… mais aussi une certaine frilosité de ma fille face aux scènes horrifiques. On s’en accommode fort bien, d’autant que ça nous a permis de nous ébaubir devant des chefs-d’œuvre incontournables (la 36e Chambre de Shaolin, Fist of legend) ou de vraies réussites du genre (Martial Club, Combats de maîtres).

Après un Zatoïchi version Kitano plus que correct, l’heure était venue de se frotter à un autre mythe du film de sabres, un autre estropié invincible : le Sabreur manchot. Sypnos avait eu le don de m’allécher par sa chronique très enthousiaste de la Rage du tigre et je parvins à trouver les volets un et trois assez vite pour pouvoir les visionner à temps.

Le choix se révéla intéressant à plus d’un titre, car le réalisateur, après le succès colossal du premier, avait choisi de tout reprendre à zéro pour le 3e – mais cela, c’est une autre histoire.

Ici, contrairement aux métrages cités dans le premier paragraphe, nous sommes devant un film de sabre, à la fois très traditionnel dans ses codes et plutôt ambitieux par certains choix. Comme dans la très grande majorité des films sur les arts martiaux, il y est question de la rivalité entre écoles. Celles-ci sont dirigées par des maîtres qui ont fait leur preuve et assoient leur autorité sur un passé glorieux : devenus des notables, ils sont également des personnages influents et incontournables dans la société. Le respect qui leur est dû est immense, et il va de pair avec le prestige et le train de vie associés. Du coup, les jalousies pullulent.

Qi Ru-Feng est présenté dès le départ comme un maître affable, doté de bon sens et sûr de son bon droit comme de sa technique. Lorsque des représentants d’un clan rival se présentent pour lui disputer sa place, ils doivent user de traîtrise afin de l’affaiblir. Mais Ru-Feng a su insuffler à ses disciples une volonté et un courage hors du commun. L’un d’entre eux va jusqu’à se sacrifier pour permettre à son maître de survivre. Dans un dernier souffle (très mélodramatique), il obtient de maître Qi la promesse de veiller sur son fils, Fang Gang.

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Ce dernier est donc un orphelin. A l’aube de sa majorité, on le retrouve effectuant pour la fille de Ru-Feng des travaux domestiques. Raillé par elle et deux fils de chevaliers, il choisit de ne pas répondre à leurs quolibets. Lorsqu’il est poussé à bout, on s’aperçoit alors qu’il leur est largement supérieur – ce qui est confirmé par une réflexion de maître Qi qui envisage de se retirer et de lui confier les rênes de son école de sabre. Seulement, l’un de ses vieux ennemis rôde et il attend d’en avoir le cœur net pour faire son choix. Parallèlement, on prend connaissance du plan de cet ennemi redoutable : il a mis au point une nouvelle arme capable de bloquer le sabre manié par les élèves de l’école de maître Qi (un procédé ingénieux mais qui nuira un peu aux chorégraphies martiales). Entre-temps, Fang Gang gamberge : il en a assez des brimades et se sent aussi inutile qu’indésirable, malgré tout le travail qui l’a amené à un niveau insoupçonné. Il quitte le manoir de son maître, par une nuit d’hiver enneigée (on ne peut que saluer les efforts faits sur les décors, tout le film étant tourné en studio comme le prouvent les ombres multiples laissées par les spots). La fille de Ru-Feng et ses deux acolytes décident néanmoins de le rattraper, histoire de lui donner une bonne leçon. Evidemment, elle tourne court, puisqu’il les réduit à l’impuissance en deux temps trois mouvements. Cependant, Fang Gang se laisser attendrir par les pleurs de la jeune femme – qui en profite pour lui asséner un coup de sabre. Il ne s’y attendait pas : son bras tombe. Gravement blessé, il s’enfuit. Personne ne le retrouvera.

Il reprendra ses esprits une semaine plus tard : une jeune paysanne s’occupe de panser ses plaies. Reconnaissant, il décide de l’aider et abandonne l’idée même de reprendre les arts martiaux. Mais son passé finira par le rattraper, bien entendu.


A l’aune des productions actuelles, le film manque de rythme : les dialogues sont longs, empesés (le doublage français, précieux, enjolive le discours mais alourdit les paroles : on sourira devant les jurons surannés – « Scélérat ! » - qui donnent un cachet particulier à l’ensemble) et les scènes de combat sont finalement courtes, répétitives et un peu maladroites. L’utilisation des sabres, au  lieu de décupler les possibilités d’engagement, semble limiter les gestes (d’autant qu’il s’agit d’armes lourdes, aux lames larges). L’interprétation n’est pas non plus le point fort : entre les seconds rôles grimaçant à outrance et les acteurs principaux placides et monolithiques, il y a peu de place pour la subtilité. On remarquera que Jimmy Wang Yu et quelques autres sont maquillés (ombre à paupières et rouge à lèvres) : sans doute l’influence prégnante du théâtre.

Toutefois on notera la volonté manifeste d’insister sur une certaine violence (autant morale que physique) et sur la quantité de sang déployée (pas de gerbes d’hémoglobine, mais le sang éclabousse tout de même vêtements et armes). Le scénario évite le piège de la facilité et de la niaiserie grâce à une vision d’ensemble encore empreinte de réalisme : nos fiers guerriers ne volent pas encore dans les airs, tout au plus sont-ils capables de sauter un mur. Ainsi, lorsque Fang Gan entreprend de se réadonner aux arts martiaux, il le fait avec patience, détermination et surtout méthode. On le voit étudier un vieux livre, échouer dans ses premières tentatives : avec un bras en moins, il est clairement déséquilibré, et la lame des sabres est davantage un écueil qu’un atout. D’où l’idée de la lame brisée (qu’on retrouvera plus tard aussi, par exemple dans Hero). C’est à mon sens la grande force du film, qui sait également faire la part belle aux vertus traditionnelles (loyauté, équité, justice, honneur) et parvient aussi à glisser dans tous ces affrontements très masculins deux personnages féminins qui sauront infléchir le destin de notre héros manchot. Ajoutez à cela une réalisation efficace, sans esbroufe (pas encore de zooms efrénés) où le format panoramique donne de l’air aux combats (qui sont tout de même très lisibles).

A l’époque, on peut comprendre qu’il ait fait grand bruit : c’est un aîné respectable, une référence que son auteur saura réutiliser en la dynamitant. A lire dans la Rage du tigre.

 

Pour le DVD, Wild Side a su proposer une copie de grande qualité : le son mono de la VF n’est pas du tout grésillant ou aigrelet et se marie aisément avec des images très bien restaurées, aux tons chauds et harmonieux. Le contraste est bon mais on notera quelques limites dans les scènes très sombres.