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l'Ecran Miroir

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[critique] Jusqu’au bout du rêve : ouvrir le champ des possibles

[critique] Jusqu’au bout du rêve : ouvrir le champ des possibles

 

Je suis plutôt fan des films sur le base-ball.

Je ne crois pas que ce soit tant pour le sport en lui-même (assez fascinant dans sa mise en valeur de l’action individuelle au sein de l’équipe) même si j’ai eu par le passé une période où j’enregistrais les matches de mes équipes préférées (les Reds et les Braves) lorsqu’Eurosport daignait les diffuser.

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En revanche, c’est la manière dont les Américains l’évoquent qui m’intéresse au cinéma : ils ont incontestablement le chic pour en faire des drames intenses, souvent bien interprétés et emplis de morceaux de bravoure. Ainsi, je ne me lasse jamais de voir et revoir the Natural/le Meilleur qui est d’ailleurs programmé pour très bientôt. Leur amour du jeu va bien au-delà du raisonnable, ou même de la passion animale et/ou patriotique des tifosis et autres aficionados. Davantage que le football US, le hockey ou le basket qui drainent pourtant plus de spectateurs, le base-ball est intimement lié à leur histoire, à leur nation. Certes, pour nous spectateurs d’outre-Atlantique, il est souvent gênant de voir transiter par le biais de ce sport les valeurs d'un pays qui n'arrête pas de se chercher, ne trouvant refuge que dans certains de ses invariants (c'est tout à fait le discours de James Earl Jones à la fin du film) : ce n'est pas le patriotisme des films de guerre ou de super-héros, mais un amour immodéré pour les piliers de la nation, la liberté, la persévérance, l'esprit d'entreprise (qui offre toujours une seconde chance), la famille et... le sport. Le malaise qu’on peut ressentir ne doit pourtant pas nous écœurer outre-mesure ou nous voiler la face : les films sur ce sport sont très souvent d’excellente facture.

 

Jusqu’au bout du rêve, sous des allures de petit conte fantastique, construit une quête visant à rassembler les morceaux épars d'une nation (et d'une famille) déchirée(s), parfois sans qu’elle s’en doute consciemment. Ici, Ray Kinsella donne l’apparence de mener une petite vie bien tranquille rassemblant certains clichés d’une retraite aisée : laissant la grande ville derrière lui, agissant sous l’impulsion des idéaux hippies au milieu desquels il a grandi, sa femme et lui, contre l’avis de leurs parents,  ont fait souche dans l’Iowa et se sont improvisés fermiers, élevant leur gentille fille au milieu des champs de maïs. Cadre presque idyllique. Ce serait oublier la fêlure sur laquelle repose l’intégrité et l’intégralité du script : regret profond, remords enfoui qui fait que Ray n’est pas totalement heureux. Il doit faire la paix avec son passé, avec ses origines : mais son père est mort avant qu’il ait pu se réconcilier avec lui, et on ne peut pas changer le passé.

A  moins que…

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L’amour du jeu, quand bien même serait-il aussi fort que dans les autres grands films sur le sujet, n’est pas ici l’idée principale, mais un vecteur d’une puissance inouïe permettant d’insuffler l’émotion. On retrouve des phrases entendues dans le Meilleur, comme : « God, I love this game ! » et chaque personnage aura un discours profondément nostalgique sur les sensations que lui procurait le base-ball, en tant que joueur ou spectateur. On y sent également un regard critique sur la gestion professionnelle des ligues (imaginez par exemple que Paris rachète l’O.M., vous aurez une idée du choc qu’ont représenté les « déménagements » de certaines équipes en faillite) et sur l’influence néfaste de l’argent (un des joueurs se souvenant qu’il était prêt à jouer pour un hamburger). En quelque sorte, le base-ball idéalisé ici est bien mort, quelque part vers la fin des années 60 – mais ses héros sont éternels, au travers des anecdotes des fans, des trading cards, des statistiques et des records.

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Kevin Costnery est très à l’aise, déjà rayonnant de cette espèce de force tranquille que recelaient James Stewart ou Henry Fonda : son accent légèrement traînant fait merveille et on se régale des sonorités des dialogues entamés avec l’immense James Earl Jones qu’on a rarement vu autant sourire – et d’un sourire béat qui fait presque peur (dire qu’on n’a souvent de lui, il faut dire, que l’image du terrible Thulsa Doom dans Conan). L’ensemble des comédiens est à l’unisson, tous justes et touchants : Phil Alden Robinson cisèle ses séquences intimes pour en dégager le vivant. J'ai trouvé par exemple Ray Liotta parfait dans ce rôle de joueur rappelé de l'Au-delà, ne s'exprimant d'abord que par quelques regards et mouvements de tête. Et la magie opère par petites touches discrètes, parfaitement accompagnées par une musique agréable signée Horner. Pas de sensationnalisme, pas d’effet superfétatoire dans les « apparitions » (un peu à l’image d’Always mais avec plus d’élégance naïve), seules quelques coïncidences bienvenues gêneront un peu la progression de cette quête où Ray sera constamment en butte à la Raison et sous la menace d’une banqueroute inévitable ; la gestion des moments d’hésitation est remarquable et il trouvera dans ses proches l’impulsion nécessaire pour aller de l’avant.

 

Simple sans être simpliste, plus évident que subtil, le film réussit son pari : nous émouvoir - et les visiteurs continuent aujourd'hui encore d'affluer dans cette petite ferme de l'Iowa pour y admirer le terrain "de rêve", y pratiquer le base-ball en famille ou y voir l'équipe des "Fantômes" faire le spectacle.

 

 

 

 

 

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Titre original

Field of dreams  

Mise en scène 

Phil Alden Robinson

Production 

distribué par Columbia TrisStar

Date de sortie France 

13 septembre 1989

Scénario 

Phil Alden Robinson d’après le roman Shoeless Joe de W.P. Kinsella

Distribution 

Kevin Costner, James Earl Jones & Ray Liotta

Durée 

106 minutes

Musique

James Horner

Photographie

John Lindley

Support 

Blu-ray Universal 2009 Region All ; 1.85:1

Son 

VOst DTS HD-MA 5.1

 

 

Synopsis : Ray Kinsella, fermier dans l'Iowa, entend soudain un soir d'orage une voix lui répéter: "Si tu le construis, il viendra...". Père d'une mignonne fillette et compagnon d'une femme charmante, Ray a peur de finir comme son père qui n'a jamais pu réaliser le moindre rêve. Aujourd'hui, il veut croire à l'impossible et est bien décidé à suivre cette voix.