RÉSUMÉ : Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des États-Unis jusqu'au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l'énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d'un inconnu...
La fin des années 2000 a semblé marquer le retour à du cinéma de SF pur jus, respectueux du genre (tant littéraire que cinématographique – donc avec ses codes de narration spécifiques et ses références littéraires), assumé et jouissif. En puisant dans des thèmes connus de la science-fiction littéraire de quoi alimenter une intrigue dense tout en accordant la part belle à l’action et au suspense, on obtenait une synthèse intéressante rappelant les grandes réussites de ce cinéma.
Ainsi Pandorum, bien qu'imparfait, avait suffisamment d'éléments intrinsèques pour en faire une oeuvre intéressante rappelant bon nombre de grands romans tout en marquant sa particularité.
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Avec the Box, on va encore plus loin. Tout au long de ce film presque totalement maîtrisé (seule la fin semble échapper à ce mécanisme d’horlogerie qui paraît régir l’ensemble du script), on peut passer son temps à repérer des clins d’œil, des rappels, des parallèles à ce que la SF – et la littérature de l’Imaginaire dans son ensemble – a pu produire de fascinant dans les décennies précédentes.
Mieux : dès la première seconde, on peut se réjouir du fait que la bande annonce, pour une fois, ne dévoilait pas le déroulement global de l’histoire. Car le trailer, plutôt bien foutu, donnait à penser qu’on se trouverait en présence d’une sorte de thriller haletant construit sur une course-poursuite entre de gentils innocents traqués pour une raison qui leur échappe et de méchants comploteurs cyniques et calculateurs.
Montage habile. Car ce qui transpirait de cette publicité n’était que la face émergée de l’iceberg kellyen.
The Box, c’est plus, beaucoup plus.
C’est d’un cynisme éprouvant, un peu suffisant, mais tellement adroit ! L’histoire interpelle, flattant en permanence les sentiments les plus nobles comme les instincts les plus vils, jouant sur l’empathie avec dextérité pour mieux nous plonger dans les affres d’une alternative digne du Choix de Sophie – mais avec des répercussions sur toute l’Humanité.
Le film débute par un panneau déroulant (pas de générique), une sorte de note de service de la NSA relative à un individu nommé Arlington Steward. De nombreuses informations sont fournies. Puis on passe à la « vie paisible » de ce couple modèle : voici Norma (Cameron Diaz, pas vraiment convaincante mais dont on peut saluer les efforts), enseignante, claudique à cause d’un vieil accident et tente de faire comprendre à ses élèves les implications tortueuses des relations entre les personnages de Huis Clos, de Sartre ! Arthur, lui (James Marsden, plutôt à son aise), technicien spécialiste des caméras pour la NASA, roule en Corvette mais sans véritablement frimer, postule pour un poste d’astronaute et prépare un cadeau de Noël à sa femme qu’il chérit. Ils ont un enfant et vivent au-dessus de leurs moyens en Virginie, non loin du centre de Langley d’où on contrôle la mission Viking (envoi de sondes sur Mars).
Nous sommes à la fin des années 1970. Les décors et costumes sont respectés avec une minutie affolante (tant, d’ailleurs, qu’ils en viendraient presque à occulter l’interprétation des comédiens) : on ne peut pas ne pas être admiratif devant la reconstitution de ces intérieurs avec ces papiers peints psychédéliques, cet électroménager aux couleurs criardes et aux formes douces (pensez à Cosmos 1999), ces chemises au col « pelle à tarte » et ces coupes féminines à la Farrah Fawcett.
La mise en scène est à l’avenant : pointilleuse, ciselée mais sans esbroufe, avec des champs-contrechamps classiques mis en exergues par quelques travellings avants de toute beauté. Kelly a mûri depuis son très malin Donnie Darko, c’est incontestable (et tiré des leçons de l’échec commercial de l'incompréhensible Southland Tales, qu’il évoque à demi-mots dans un supplément du blu-ray).
Il a adapté avec beaucoup d’ambition une nouvelle de Richard « the Omega Man » Matheson, en en conservant l’esprit et cette faculté permanente de placer des personnages quelconques dans des situations exceptionnelles leur faisant entrevoir des perspectives aussi effroyables qu’inimaginables (rappelez-vous la somptueuse fin de l’Homme qui rétrécit, ouverte sur l’infini et les interrogations métaphysiques).
Par moments, lorsque le rythme commence à s’accélérer (car la mise en place est volontairement longue, presque lancinante, afin de bien adhérer aux préoccupations de cette famille modèle), on a l’impression de suivre un (bon) épisode d’une série du genre Au-delà du réel ou Twilight Zone : on se dit que cela va aller très vite, on devine les implications liées au choix (Norma et Arthur traversent soudain une mauvaise passe financière : vont-ils appuyer sur le bouton et cueillir le million de dollars, sachant qu’ils tueront un inconnu ?). Quelques fragments d’enquête plus loin, on bascule dans le surréel, les sous-intrigues se multiplient, on dispose de beaucoup d’informations fragmentaires mais qui se recoupent presque toutes avec bonheur. Ça va loin, très loin.
Le métrage dispose en outre d’un atout de poids : Frank Langella, qui nous campe un Steward intriguant, tour à tour démoniaque et sensible, magnifiquement servi par la voix inimitable de Feodor Atkine en VF ; bien entendu, la VO est de rigueur, d’autant que les 8 voies sont très bien exploitées, avec un très bel équilibre (pas de déferlements de basses et des dialogues parfaitement clairs).
Et c’est alors que ça coince. Oh, rien qu’un peu. Disons qu'on peut légitimement se sentir agacé. Agacé parce que, pendant les ¾ du film, c’était vraiment très bon. Comment pourrait-il en être autrement d’un film qui cite ouvertement (et le placarde) une des lois d’Arthur C. Clarke ?
Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie.
Arthur est un homme qui cherche à aller vers les étoiles. Il lit de la SF (la baby-sitter de son fils s’en étonne d’ailleurs, tombant sur quelques pulps qu’il bouquine – il me semble que ce sont des numéros de Astounding Science-fiction) et construit dans sa cave un véritable diorama sur la conquête de Mars. Il est comme nous. Il dispose donc de cette ouverture d’esprit fondée sur l’expérience de l’Imaginaire et, du coup, sa manière d’appréhender l’inconnu diffère de celle des héros classiques : au lieu d’être pétrifié d’horreur, il s’ébaudit, au lieu de paniquer, il analyse et recherche les points faibles de « l’ennemi ».
Là encore, c’est remarquablement fait.
Restent ce point qui peut faire grincer des dents (comme il avait pu le faire dans Contact dont on retrouve quelques parallèles troublants) : ces considérations sur le divin. On était à deux doigts de voir le facteur religieux venir empêtrer le discours dans des arguties gluantes et pompeuses. D’autant qu’un dialogue crucial entre Norma et Arlington fait cruellement tache (car, contrairement à tout le reste du film, il ne parvient pas à créer un pont avec d’autres éléments de la narration : on n’y croit tout simplement pas).
Heureusement, la fin, bien qu’un peu rapide, balaie les craintes d’une happy end vaine. On pourra s’offusquer de certaines prises de position (notamment sur le rôle des femmes, quoique là aussi, Kelly s’en explique assez maladroitement en insistant sur la nouvelle de Matheson qu’il n’a fait qu’embellir sans en modifier les tenants) mais au moins c’est parfaitement cohérent avec les directions avancées.
Cela reste cynique, malin et diablement efficace.
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Titre original |
The Box |
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Date de sortie en salles |
4 novembre 2009 avec Wild Bunch |
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Réalisation |
Richard Kelly |
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Distribution |
James Marsden, Cameron Diaz & Frank Langella |
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Scénario |
Richard Kelly d’après la nouvelle Button, button de Richard Matheson |
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Photographie |
Steve Poster |
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Musique |
Win Butler, Régine Chassagne & Owen Pallett |
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Support & durée |
Blu-ray Wild Side region B (2012) en 2.40 :1 / 115 min |