Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
[critique] Jurassic Park en 3D : Terreur en famille

[critique] Jurassic Park en 3D : Terreur en famille

[critique] Jurassic Park en 3D : Terreur en famille

La sortie de Jurassic Park en 3D est l'occasion de se replonger 20 ans après dans une aventure qui n'a pas pris une ride. Les trentenaires ayant vécu le film au cinéma seront heureux de revivre l'expérience, les plus jeunes auront enfin une occasion pour le redécouvrir sur grand écran avec le son à fond. Un film pareil ne se rate pas.

Mon prof de paléontologie le disait bien : « Si vous voulez vous donner une idée de ce à quoi les dinosaures pouvaient ressembler, regardez Jurassic Park ».

Bien sûr, on était tous conscients que la démonstration scientifique du film était totalement absurde (trouver de l'ADN de dinosaure/compléter les brins manquant par des séquences d'ADN de batraciens) mais le fait est que l'on ne pouvait nier le rendu exceptionnel des dinosaures et leur façon naturelle de vivre à l'écran.

Ce qu'il faut juste savoir, c'est que la représentation des dinosaures est en constante évolution (aujourd'hui on sait que certains avaient des plumes par exemple) et que ce qui est montré au cinéma n'est que le reflet des avancées scientifiques d'une époque. Si au moment de la sortie du film, nous ne pouvions concevoir un vélociraptor à plumes, il est incontestable qu'il était carrément réussi et qu'il reste aujourd'hui bluffant de réalisme. Alors oui, certaines modifications délibérées avaient été apportées à quelques espèces comme le vélociraptor (carrément plus grand dans le film qu'en réalité, quoiqu'une nouvelle espèce de cette taille ait été découverte peu après le tournage) ou comme le dilophosaure (bien plus petit qu'en réalité, crachant du venin et avec une collerette totalement inventée) mais hormis ce "détail" on n'a jamais revu des dinosaures aussi crédibles depuis (et je ne parle pas des documentaires purement scientifiques qui passent à la télé dans lesquels le discours est certes intéressant mais le rendu des effets visuels bien loin de la performance du Spielberg). 

Comment avez-vous fait ?

Vous pouvez interroger n'importe quel spectateur du film en salles, tout le monde s'accordera à dire que la scène où l'on voit pour la première fois un brachiosaure à l'écran fut un grand moment. Spielberg, en réalisateur surdoué, avait réussi son pari : le public devait avoir exactement la même réaction que les personnages dans son film. Il y a un parallèle évident entre le milliardaire créateur John Hammond, joué par Richard Attenborough - réalisateur oscarisé de Gandhi entre autre - et le réalisateur ultra-talentueux Steven Spielberg. On sent que les deux personnalités ont bien des points communs (c'est peut-être pour ces affinités que le personnage de Hammond est bien plus sympa que dans le livre de Crichton). Rappelez-vous aussi l'acteur qu'il avait voulu pour incarner le scientifique enfantin de Rencontres du troisième type, François Truffaut. Ainsi, par un habile montage et un choix de cadrages très réfléchi, le tour de magie de Spielberg commence : lorsque nous voyons Grant et Sattler de face, leurs yeux écartés, leurs mouvements précipités, en plan serré, le spectateur n'a qu'une envie, celle de voir à son tour la raison d'une telle réaction. Et paf, on voit en plan large et dans sa totalité un énorme dinosaure. Jamais on n’avait assisté à une telle scène. La musique démarre, les personnages décrivent mot pour mot la palette de sensation des spectateurs (« Il l'a fait... il y est arrivé, ce vieux dégénéré !!!!! »). Efficace, et simple pourtant. Spielberg est tellement bon que ses films paraissent faciles, alors qu'en réalité ils sont d'une inventivité démesurée. 

Jurassic-Park-07.jpg

La grande qualité de l'œuvre réside dans le jeu qu'elle entretient avec les spectateurs. La mise en scène induit une implication émotionnelle et quasi sensorielle d'un public venu voir le film comme s'il était directement arrivé sur l'île. Ajoutez à ceci le format en 1.85 et non en 2.35 comme pour les précédents films divertissants du réalisateur (Indiana Jones, les Dents de la Mer et Rencontres du troisième type par exemple - et je ne suis pas certain que ce soit uniquement à cause du budget), et une photographie plutôt neutre, rendant le film un peu moins cinématographique et un peu plus crédible, voire carrément réel. Contrairement à d'autres films qui continuent aujourd'hui de sortir en salle, on n'a pas cette impression de "plans à effets visuels/plans sans effets". On ne devine pas quand un dinosaure apparaît. Ce n'est pas comme ces dessins animés, où, vous savez, on devine par avance quelle partie du décor va être animée car n'est pas peinte de la même façon que le reste autour.

La scène la plus parlante est celle de l'enclos des dilophosaures. Les personnages dans leur voiture essaient de voir dans la jungle un animal qui ne sort pas de sa cachette. Parce que cette scène arrive après celle du brachiosaure (où tout semble désormais permis), elle est ultra frustrante. Pourtant, elle est plus que logique dans cette démarche de montrer le vivant. Je me surprends toujours à scruter le moindre détail sur l'image lors de ce passage, espérant moi aussi voir un dinosaure. C'est un réflexe que j'ai gardé depuis la vision du film au cinéma, alors que je sais bien qu'ils n'ont pas poussé le vice à aller mettre un animatronic juste derrière une fougère. La scène est tout sauf inutile, elle attise la curiosité. D'ailleurs Spielberg joue tout autant avec nous lors de la présentation des vélociraptors : 4 scènes pour les introduire tout au long du film, le principe étant d'amener les plus novices à comprendre à quel point ils sont dangereux, donc un moyen de créer une tension. Ainsi, après le bref dialogue entre Grant et un enfant dans lequel on apprend la technique de chasse de cet animal (dont il ne faut surtout pas sous-estimer les capacités terrifiantes), on assiste tour à tour à une naissance, au déjeuner des bestioles et à leur évasion. Même les plus jeunes enfants dans la salle auront compris : on ne déconne pas avec les vélociraptors et il faut s'en méfier plus que tout (c'est pour ça qu'on ne les verra que tard). C'est très fin dans le sens où malgré tout, Spielberg ne nous fait jamais la leçon, il laisse plutôt au public le soin de digérer les informations qu'il lui fournit.

Une honnête manipulation, en bon illusionniste.

Jurassic-Park-06.jpg

Même si le public ne s'en rend pas forcément compte, je suis sûr qu'une grande partie du succès du film vient aussi de la mise en scène, et pas que des effets visuels (tout est lié au contexte, si le public a une réaction, qu'elle soit consciente ou non, son avis sur le film sera d'autant plus subjectif). Par sa réalisation tournée vers la découverte et l'émerveillement, il évite les clichés horrifiques de films de monstres et donne avant tout un spectacle familial à la tension palpable. Certains auront pu le lui reprocher, personnellement je trouve ça osé. Il installe instantanément des images marquantes dans la mémoire des enfants qui ont vécu le film en salles, un peu comme quand il a réussi à rendre les plages du monde entier désertes après Jaws. Les dinosaures de Spielberg ne sont pas des monstres mais des animaux. On retiendra tout autant les séquences effrayantes que les séquences simplement contemplatives. 

Je vais vous montrer. 

J'aime beaucoup la séquence qui suit immédiatement celle du brachiosaure. On y voit Hammond présenter son laboratoire high tech dans un show étonnamment désuet. Il projette aux scientifiques un film expliquant d'une manière scolaire la naissance quasi miraculeuse de ses créations. Si l'on se penche un peu sur ce qui est raconté, on comprendra à quel point l'explication scientifique n'est qu'un prétexte, néanmoins on peut être satisfait que le sujet soit abordé et que l'on ne soit pas pris pour des idiots. Oui c'est grotesque, mais on regarde un film de science-fiction, et tout est possible du moment que le public joue le jeu. Spielberg nous fait comprendre par le biais du dessin animé dans lequel on voit un dinosaure pataud correspondant à une idée scientifique ringarde qu'il est conscient lui aussi des limites de son argumentation. Ce qui est drôle, c'est que le film insiste en revanche énormément sur l'Homme dépendant de l'ordinateur. L'ordinateur qui a permis de créer les dinosaures... Le personnage de Lex, la passionnée d'ordinateurs, sauvera à la fin la vie de tous les autres personnages, des scientifiques dépassés par la technologie.

L'ordinateur : une étape dans l'évolution de l'Homme ? 

Adaptation et accommodation, théorie de l'évolution et effet papillon 

jurassicpark

En plus de son côté divertissant amplement assumé, Jurassic Park aborde quelques raisonnements scientifiques fort bienvenus. Le Darwinisme et la théorie de l'évolution trouvent naturellement leur place au détour de quelques dialogues et surtout permettent de laisser une morale, un message. Le dernier plan montrant des pélicans n'est pas anodin. Mieux même, les théories énoncées par Grant selon lesquelles les dinosaures auraient évolués pour devenir les oiseaux actuels s'avèrent aujourd'hui prouvées. Mais ce que je retiendrais surtout, c'est le regard porté sur l'évolution de l'humanité. L'ordinateur joue un rôle essentiel (comme un silex moderne en fait) dans et en dehors de l'œuvre. Dans le film, le salut de l'espèce viendra de l'ordinateur et des personnes le maîtrisant. Aucune arme n'arrive à sauver les personnages. L'évolution nous est expliquée grâce à la sélection naturelle : sur les trois personnes principales se servant d'un ordinateur, une seule arrive à survivre. L'informaticien traître Nedry ne parviendra jamais à se tirer des situations dans lesquelles il se fourvoie, le personnage de Samuel L. Jackson est bien trop confiant et borné pour comprendre le monde qui l'entoure, et seule Lex, dont la capacité à s'accommoder à son environnement est la plus grande, arrivera à s'en sortir. C'est un peu ce que l'on explique en génétique par l'adaptation ou l'accommodation. L'adaptation est nécessaire à l'évolution génétique d'une espèce pour en devenir une autre. C'est un processus lent qui intervient au niveau des gènes en réponse à un ou plusieurs facteurs variant de l'environnement de l'espèce. Une réponse presque inconsciente pour une espèce. L'accommodation est un processus rapide, qui induit une réponse quasi instantanée de l'espèce (ou plutôt de l'individu) face à une modification de l'environnement. Si l'adaptation permet de créer une nouvelle espèce, l'accommodation est d'avantage un moyen de défense à court terme. Je ne rentre pas dans les détails et je synthétise extrêmement rapidement, mais en gros l'adaptation correspond ici aux hommes maîtrisant l'ordinateur, et l'accommodation à la fille qui aura appris instantanément à réagir en fonction de la situation. C'est la théorie de l'évolution qui explique donc pourquoi certains personnages s'en sortent bien. 

 

Autre raisonnement évoqué par le personnage Ian Malcolm (de loin le plus complexe du film), celui de l'"effet papillon". L'effet papillon n'est pas une théorie en soit, mais une métaphore servant à expliquer d'une manière simple le phénomène de sensibilité ou d'instabilité dans un système complexe. Un papillon battant des ailes induirait une tornade ou tout autre phénomène à grande échelle. C'est un moyen d'expliquer en quoi la plus petite instabilité peut participer à des événements bien plus grands. C'est aussi une façon d'envisager le déroulement de l'histoire, voire de comprendre comment le tyrannosaure a pu intervenir à la fin du film. Tout n'est qu'une grande succession d'événements et de contexte. Tout s'explique, tout a un sens, tout a une conséquence. 

Spielberg se penchera encore sur ces théories dans A.I. et surtout dans La Guerre des mondes. Si on veut aller plus loin, on pourra presque dire que c'est un thème récurrent dans sa filmographie, au même titre que la famille, puisqu'après tout le personnage de Leonardo DiCaprio passera son temps à s'accommoder dans Arrête-moi si tu peux

Le passage à la 3D
Jurassic-Park-05.jpg

Pour l'occasion, Spielberg et Universal ont voulu apporter un peu plus d'immersion au film en le convertissant en 3D. Un travail confié à l'équipe qui nous a permis de redécouvrir Titanic l'an dernier, Stéréo D, et qui a nécessité plus de 700 techniciens. Pendant 9 mois, chaque image a été retouchée, chaque détail isolé, la profondeur de champ ajustée. Si vous aviez aimé Titanic, il n'y a aucune raison pour ne pas adorer l'immersion nouvelle que procure le film de Steven Spielberg. On notera un peu plus d'effets de jaillissement d'ailleurs (notamment au début du film, ou lors du dernier plan sur le tyrannosaure, avec sa queue qui sort de l'écran). Certaines scènes sont absolument géniales, le spectateur se retrouve complètement dans le film au milieu des personnages. L'ajout de quelques éléments subtils comme les éclats de bois qui sont projetés lorsque la voiture tombe de l'arbre est assez sympa. Ce n'est jamais trop envahissant. 

En revanche, il arrive que lors de dialogues par exemple, les personnages soient un peu en décalage, avec l'impression qu'ils ne se regardent pas. Etrange. 

Toutefois, en ce qui concerne le nouveau master, il y a beaucoup à redire. Pas de souci au niveau du son, le nouveau mixage est très impressionnant. Mais l'image soi-disant en 4K n'a rien d'extraordinaire. L'image de Jurassic Park, assez neutre, a toujours eu beaucoup de grain. Le master sorti en 2011 en Blu-ray est d'ailleurs assez révélateur de cet aspect. Pour donner un coup de jeune, un lissage a été appliqué. Sauf qu'au lieu d'être fait avec parcimonie, on se retrouve avec un film bourré de DNR (Digital Noise Reduction), qui gomme les détails. Et comme les couleurs ont été vraiment énormément vivifiées, et les scènes sombres rendues encore plus sombres, on ne devine absolument plus certains détails lors de séquences se passant dans le noir. 

Du coup cette restauration parait un peu facile. On sent clairement que le travail sur la 3D a occupé le plus de temps et que le nettoyage en amont du master a été relativement accéléré. 

En conclusion

Jurassic Park ne se manque pas au cinéma, le suspense est toujours au rendez-vous, l'amusement aussi. Il reste pour moi un très grand film à la réalisation maîtrisée et dont la portée aussi bien technologique que purement scientifique me séduit encore. 

En 3D, les dinosaures font toujours aussi vrais, et la 3D est sympa. 

 

 

 

 Jurassic-Park-001.jpg

Titre original

Jurassic Park

Réalisation 

Steven Spielberg

Date de sortie

1er mai 2013 (en 3D) ; 20 octobre 1993 avec Universal

Scénario 

David Koepp & Malia Scotch Marmo

Distribution

Sam Neil, Jeff Goldblum, Laura Dern & Richard Attenborough

Photographie

Dean Cundey

Musique

John Williams

Support & durée

3D en 1.85:1/ 127 min

 

Synopsis : Ne pas réveiller le chat qui dort... C'est ce que le milliardaire John Hammond aurait dû se rappeler avant de se lancer dans le "clonage" de dinosaures. C'est à partir d'une goutte de sang absorbée par un moustique fossilisé que John Hammond et son équipe ont réussi à faire renaître une dizaine d'espèces de dinosaures. Il s'apprête maintenant avec la complicité du docteur Alan Grant, paléontologue de renom, et de son amie Ellie, à ouvrir le plus grand parc à thème du monde. Mais c'était sans compter la cupidité et la malveillance de l'informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l'île...

Il l'a fait... il y est arrivé, ce vieux dégénéré !!!!!