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l'Ecran Miroir

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[ciné] Warrior : prévisible, lourdaud mais intense et réussi

[ciné] Warrior : prévisible, lourdaud mais intense et réussi

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Une chronique de Vance

 

Avec la gestion du Palmarès Interblogs, il m’arrive régulièrement d’aller au cinéma plus ou moins réconforté par les notes déjà enregistrées par les nombreux participants qui ont la chance de bénéficier d’avant-premières : je peux me permettre de sélectionner avec soin les films que j’irai voir en simple spectateur, soit parce qu’ils jouissent déjà d’un bon bouche-à-oreille (et donc d’une bonne moyenne) soit, plus spécifiquement, parce qu’ils ont attiré mon attention par une critique enthousiaste au milieu de notes médiocres : les films polémiques m’ont toujours passionné.

 

Pour Warrior, aucun de ces cas : j’en avais vaguement entendu parler, n’avais pas visionné la bande annonce mais le synopsis m’avait interpellé, malgré la note moyenne qui l’accompagnait. Un créneau s’ouvrait pour une séance à deux, je le saisis. Il y avait bien Fright Night, qui entrait de plain pied dans mon Challenge Vampire, mais là, la pluie de mauvaises critiques m’avait refroidi (ha ha !).

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Et Warrior, ce fut une bonne surprise. Le genre de films pour lesquels, objectivement, on va trouver plein de reproches, et qu’un esprit trop blasé ou cynique peut facilement vouer aux gémonies. En effet, tout dans son approche comme dans sa construction sent le réchauffé, le déjà-vu (et maintes fois) : la trame est banale, les situations classiques et la conclusion attendue. C’est un film viril dans lequel on évoque la réhabilitation de chacun, le sens de l’honneur sous-tendu par une recherche des valeurs familiales démolies par un destin vicieux. Quelque part entre Rocky et Bloodsport sans doute, avec la volonté de conserver les moments les plus intenses pour la fin, jouant sur la frustration du spectateur avide de combats, de violence et de retournements de situation.

 

Pourtant, j’ai marché, et à fond dois-je dire. Le casting s’avère impeccable, et Nick Nolte colle parfaitement à ce rôle exigeant, misant sur une sobriété qui lui manquait, tout en retenue (face aux piques amères de Tom, son fils cadet, qui ne manque jamais une occasion de lui rappeler quel père minable et quel mari pourri il était naguère, il se contente de hocher la tête, encaissant la charge, ne s’exprimant que par des regards fiévreux et des petites phrases pleines de regrets). Ce fils, justement, interprété par Tom Hardy, est une véritable bombe à retardement : musculeux, la tête rentrée en permanence dans les épaules comme pour se préparer à un énième mauvais coup, vide d’émotion – une machine à tuer incapable de pardon ; destructeur sur le ring, monolithique en dehors. On pouvait craindre dans la mise en parallèle des deux frères (fort justement éclairée par les commentateurs sportifs) ce genre de clichés sur le bon Américain (Brendan, le fils aîné, a choisi de se marier et de rester non loin du père indigne, se battant pour tenter de sauver sa maison menacée par les conséquences de la crise financière) et le héros de guerre, pourtant déserteur (mais encouragé par des milliers de fans d’une vidéo de sauvetage diffusée sur Youtube – il faut voir ces dizaines de spectateurs entonner un chant militaire à son entrée sur le ring !) : c’est, franchement, souvent limite, mais la réalisation ne s’embarrasse guère de ces éléments, se concentrant sur l’humain et les rapports familiaux (les cadres sont presque toujours serrés sur les visages, dans une mise en scène proche de la claustrophobie) ; elle se dispense d’ailleurs de trop insister sur la crise qui frappe les familles, même si elle ne se prive pas de quelques séquences un peu too much (comme ces élèves qui vibrent pour leur prof préféré).

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Ah, certes, les ficelles sont grosses, et cousues de fil blanc. Mais le savoir-faire est là : chaque séquence dramatique, chaque combat se voit savamment mis en valeur et s’achever en point d’orgue grâce à une orchestration minutieuse. Honnêtement, j’ai vibré devant nos deux frères sur le ring, avec cette tension permanente entretenue par les bruits d’ambiance de la foule, les klaxons et sirènes, les répliques ridicules des speakers et la musique. Les combats, justement, sont violents et percutants : le MMA, ce n’est pas pour les mauviettes, et on est loin des coups improbables de Rocky avec ces boxeurs qui ne connaissent pas la garde haute. Ici, au contraire, les poings s’abattent et les directs pleuvent, on se protège comme on peut avant de pouvoir répliquer. A la rigueur, on fera la fine bouche devant ce montage trop académique (plans sur les spectateurs, plan sur les combattants) et, parfois, trop haché – mais l’essentiel des pugilats est plutôt bien suggéré (bien aidé par la bande son), on s’étonne d’ailleurs de ne pas voir plus de sang et de chairs meurtries.

 

Alors oui, je me suis surpris à réagir avec passion à chaque paroxysme, chaque confrontation, à m’émouvoir pour ce père indigne, marchant sur des œufs car ne pouvant empêcher l’inévitable – ses deux fils, qui l’ont chacun renié, vont devoir s’affronter ; pour ce prof dont je jalouse l’adoration que lui vouent ses élèves (et plutôt bien épaulé par une adorable Jennifer Morrison) ; et même pour cette bête brute de Tom qui refuse les honneurs, évite les compromis, ne sachant qu’avancer pour tenter de tenir une promesse faite à un frère d’armes.

 

C’est parfois lourdaud, rarement subtil, mais c’est franchement bien fichu. Intense, et réussi.

 

Ma note : 4/5

 

Note moyenne au Palmarès : 3,38/5 pour 8 votes.


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Un film de Gavin O’Connor (2011) avec Joel Edgerton, Tom Hardy, Jennifer Morrison & Nick Nolte

Sortie ciné : 14 septembre 2011

 

Synopsis : Paddy Conlon est un vieillard solitaire, ancien alcoolique cherchant à se reconstruire à travers les grands classiques de la littérature anglo-saxonne. Il n’a plus de nouvelles de ses deux fils depuis des années : l’un est professeur de physique dans la ville voisine (Philadelphie), marié et père de deux enfants ; le cadet, Tom, s’était enfui avec sa mère parce qu’il la battait, avant de s’engager dans l’armée. Or, voilà que ce dernier est de retour : amer et renfermé, il n’a toujours rien pardonné à son père mais il a besoin de lui pour s’entraîner à une compétition de MMA (Multiple Martial Arts) dotée de 5 millions de dollars. Un prix qui ferait aussi les affaires de l’aîné qu’on menace de saisie…