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l'Ecran Miroir

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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.


[critique] le Roi Lion : symbolique d'une initiation

Publié par Nico sur 11 Novembre 2014, 11:22am

Catégories : #Sur écran : sorties cinéma, #Cinéma d'animation, #Disney, #blu-ray, #Derrière l'écran : dossiers thématiques

Comment expliquer le succès du Roi lion ? Le record de l'époque du plus grand nombre d'entrées pour un dessin animé n'a toujours pas été battu. Bon depuis, techniquement, il s'est fait devancer par d'autres films d'animation comme Nemo, tous faits par ordinateur, mais il reste tout de même le détenteur du record dans le domaine de l'animation classique avec des dessins. 

N.B. Cet article est abondamment illustré par des photos volontairement réduites mais toutes "cliquables" si vous désirez les afficher en grand format. De même, et comme d'habitude, les mots soulignés renvoient à d'autres articles de ce blog d'un simple "clic".

 

Ce qui m'a toujours épaté dans ce film, c'est son aspect archi sombre et sérieux, derrière des dessins relativement enfantins. Car c'est selon moi (avec Le Monde de Nemo - certes un Pixar, mais distribué chez Disney) l'un des films du studio les plus difficiles à appréhender. D'un côté c'est un film pour enfants avec des animaux qui parlent et qui chantent (de quoi apporter de l'eau au moulin des détracteurs, ne voyant chez Disney que le côté vendeur de peluches) et d'un autre, c'est un film qui parle principalement de l'Homme et de sa place dans la vie. Contrairement aux précédents dessins animés de la firme, la présence de l'Homme n'est jamais mentionnée dans ce film. Et c'est précisément dans ce dernier qu'il en est le plus question, car l'histoire touche à quelque chose d'universel, bien plus profond que les simples histoires de princesses habituelles et traditionnelles. 

 

Et donc on va parler ici d'apprentissage, de passage à l'âge adulte, de poids de l'héritage et du passé, de culpabilité. Pas très happy et plus "lourd" à traiter que d'habitude (peut-être est-ce pour cela que le message est transmis par les animaux ?). 

Car si l'histoire est avant tout très inspirée de celle d'Hamlet (de Shakespeare), elle rassemble énormément d'éléments mythologiques et de figures obligées que l'on retrouve dans beaucoup de films au succès aussi phénoménal (Star Wars et Avatar par exemple), à la symbolique exacerbée et qui peuvent presque aisément se passer de dialogues pour être compris.

 

Une référence simple et directe à Hamlet

 Scar.png

Le film fonctionne principalement sur les images, les symboles. Quoi de mieux pour un dessin animé ? 

 

Et qui dit dessin animé dit mouvement. On en revient à l'essence même de cet art. 

La fameuse chanson qui ouvre et conclu le film parle de "Circle of life", ou de "Cycle de la vie". Le "circle", le cercle, est un symbole. Le cycle quant à lui indique une notion en mouvement perpétuel. Et c'est ce que le Roi lion est : des images en mouvement, dont les assemblages sous forme de séquences vont sans cesse se faire écho. 

 

Cette histoire d'images, de symboles en mouvement, va trouver son sens avec l'utilisation extrêmement réfléchie des astres, notamment le soleil et la lune. Les images que je vais vous montrer constituent la quasi-totalité (à un ou deux plans près, volontairement non expliqués ici car étant identiques à d’autres dont je vais parler) des plans montrant tour à tour le soleil, la lune et des étoiles filantes. 7 plans au total, que je vais essayer de commenter en insistant sur le côté "symétrique" du film. 

 

"Le temps que passe un roi à gouverner, ressemble à la course du soleil".

lions.png

 

Le soleil est le symbole de la vie et de l'accomplissement dans le film. Un symbole à la forme d'un cercle qui tourne et éblouit de sa lumière. Cette image va accompagner le destin de Simba (littéralement le "lion" en Swahili). Il est donc logique de commencer le film par un plan de ce fameux soleil qui se lève et qui marque la présentation de Simba aux habitants de la jungle (et qui au passage représente tout simplement le début de son entrée dans le monde).

soleil.png

Ce plan de soleil ouvre la première partie du film, celle de l'apprentissage du jeune lion. C'est dans cette partie que le spectateur comprend quel est le destin du lion, son devoir, et sa place. Le vieux sage Rafiki ("ami", sorte d'Obi-Wan ou de Gandalf) retranscrit dans une sorte d'image dans l'image le dessin de Simba, représenté par un symbole en forme de cercle.

cercle.png

Le début du film lie le soleil au lion, et le lion au symbole d'un cercle. On comprendra alors que pour que le lion soit à sa place dans le monde, il faut que le symbole du cercle soit également à sa place. Le rond et le soleil montrent ainsi le tempérament entier, complet, et chaleureux du personnage. 

Pendant ce temps, Scar complote pour devenir le roi. Pas dans n'importe quel endroit. Dans un lieu recouvert par des ombres, où la lumière ne vient pas du ciel mais de la lave sous la terre. Son élément, au contraire des rois Mufasa et Simba, est la lune. Pas n'importe quelle lune : le croissant de lune. Une forme à moitié ronde, avec deux grandes pointes. Le côté vif, sournois du personnage est clairement mis en avant par l'aspect agressif de l'astre, mais qui garde logiquement la caractéristique arrondie semblable au soleil (Scar est le frère du roi Mufasa, avec un lien de parenté très fort). D'ailleurs si vous regardez bien le plan dans lequel on la voit, on trouve Scar (dont la cicatrice va dans le même sens symbolique) entouré également d'os qui ont exactement la même forme que la lune.

lune.png

A partir de ce moment, celui où l'on voit l'astre visible la nuit, on sait que le destin de Simba va basculer. En effet, après la disparition de Mufasa et la réussite de Scar, Simba va devoir fuir sa terre et abandonner son destin de roi. Il devra traverser de gauche à droite un enchevêtrement de ronces, dans une sorte de confusion des sens et des sentiments. L'esprit de Simba sera aussi tourmenté que son corps lui-même, à travers ce labyrinthe.

labyrinthe.png

En en ressortant, il renonce à sa destinée et laisse Scar s'emparer du pouvoir. Il est donc logique de voir Simba courant vers un soleil couchant,

 soleil-2.png

faisant écho au premier plan du film. 

 

Scar a gagné et devinez la suite : il prend le pouvoir lors d'une scène se passant de nuit, avec pour la deuxième fois la même lune en fond.

 lune-2.png

Nous passons de suite à un autre plan qui fait écho : celui de Rafiki qui efface le symbole du cercle de Simba.

cercle-2.png

La séquence suivante va démarrer la deuxième partie du film. Dans un fondu (semblable à un enchaînement d'images au début de l'histoire), on passe du dessin de Simba fraîchement gommé par Rafiki à l'image du lion, évanoui au milieu du désert.

desert.png

Le plan d'après, comme pour souligner l'écrasante culpabilité qui envahit le personnage, nous y voyons un soleil éblouissant mais incomplet dans le cadre du film (très important) et dont le mouvement est amplifié par les cercles que font les vautours. Le poids de l'héritage est trop lourd pour Simba.

soleil-3.png

Que fait-il ? Et bien avec ses nouveaux amis Timon et Pumbaa ("désorienté"), il va faire en sorte de vivre en oubliant son passé. Il choisit une solution de facilité. Il s'engage sur une mauvaise voie. Il va renier tout son apprentissage. Son symbole ne sera désormais plus le soleil, mais la lune. Seulement, au contraire de celle de Scar et de son aspect agressif, la lune représentant la vie du nouveau Simba (devenu adulte) est ronde, pleine et lumineuse.

lune-3.png

Concrètement, il vit pleinement sa vie (la lune est pleine), mais pas de la manière dont il se doit (la lune remplace le soleil). Il n'est pas à sa place. 

Et puis un jour (ou plutôt une nuit - sans lune), presque par hasard, le passé fait surface. Simba se pose des questions, il repense à Mufasa. Il hurle et implore son aide. Celui qui l'entend, c'est Rafiki, qui s'empresse de redessiner le symbole du lion en lui ajoutant dans un mouvement presque circulaire sa crinière

 cercle-3.png

Le passé revient, et Simba va être guidé par son ami, le sage, pour apprendre à vivre avec. Et vivre avec signifie l'affronter. Rafiki va entraîner de nouveau Simba dans un autre labyrinthe. Simba va retraverser la barrière, celle qui fait écho avec la scène des ronces de son enfance.

labyrinthe-2.png

Dans cette séquence digne du passage sur Dagobah de l'Empire contre-attaque, Simba va être mis à l'épreuve : il va devoir se comprendre, voir en lui. Il va pouvoir de nouveau renouer des liens avec son père, ou plutôt son passé et sa réelle place naturelle dans la vie.

lions-2.png

lions-3.png

Ayant enfin compris quel était son devoir, la lune et le soleil vont se mêler, comme si toutes les facettes du personnages étaient enfin réunies, comme si Simba était enfin complet, et ce sera matérialisé par une nuit d'étoiles filantes.

 etoiles.png

Simba peut redevenir lui-même, sa vie va enfin être symbolisée par ce que l'on attendait : un soleil plein, cadré, brillant et tournant.

 

soleil-4.png

 

Ces images de soleil ne sont pas inutiles, ce ne sont pas de simples détails dans les arrière-plans. De toute manière, aucun décor dans le Roi lion n'est dénué de sens. Tous ont un réel intérêt. On ne place pas une jungle magnifique juste à côté d'un désert sans aucune signification. 

Je ne vais pas analyser tout le film, je voulais juste parler de ces fameux plans qui me semblent essentiels pour comprendre comment les réalisateurs ont réussi à utiliser l'image et leur art au service de cette histoire. 

 


 

Le Blu-ray vient juste de débarquer, avec une image magnifique et un son extrêmement bon (les musiques de Hans Zimmer font partie ce que j'ai entendu de plus beau au cinéma). Si le film n'est pas tout à fait identique à celui sorti en salles en 1994 (pas les mêmes logos, pas les mêmes bruits au début, pas le même plan avec les crocos), il nous épargne la version longue ridicule disponible sur le DVD (la scène est cependant visible dans les bonus). Ceux-ci sont excellents mais ne reprennent pas ceux de l'édition DVD de 2003. VO et VF font presque jeu égal (la VF est un peu moins bonne cependant en terme de puissance). A vous de choisir entre Jeremy Irons, James Earl Jones, Rowan Atkinson, Whoopi Goldberg et Matthew Broderick face à Jean Reno et Jean Piat

  

 le-Roi-lion-01.jpg

Titre original

The Lion King

Réalisation 

Roger Allers & Rob Mincoff

Date de sortie

23 novembre 1994 avec Buena Vista

Scénario 

Cappobianco, Mecchi, Wolverton, Cook, Roberts & Sanders d'après Hamlet de Shakespeare

Distribution 

Les voix VO de Matthew Broderick, James Earl Jones, Whoopi Goldberg & Jeremy Irons ; en VF de Jean Reno & Jean Piat

Photographie

 

Musique

Hans Zimmer & Elton John

Support & durée

Blu-ray Disney (2011) en 1.78:1/89 min

 

Synopsis : Sur les Hautes terres d’Afrique règne un lion tout-puissant, le roi Mufasa, que tous les hôtes de la jungle respectent et admirent pour sa sagesse et sa générosité. Son jeune fils Simba sait qu’un jour il lui succèdera, conformément aux lois universelles du cycle de la vie, mais il est loin de deviner les épreuves et les sacrifices que lui imposera l’exercice du pouvoir. Espiègle, naïf et turbulent, le lionceau passe le plus clair de son temps à jouer avec sa petite copine Nala et à taquiner Zazu, son digne précepteur. Son futur royaume lui apparaît en songe comme un lieu enchanté où il fera bon vivre, s’amuser et donner des ordres. Cependant, l’univers de Simba n’est pas aussi sûr qu’il le croie. Scar, le frère de Mufasa, aspire en effet depuis toujours au trône. Maladivement jaloux de son aîné, il intrigue pour l’éliminer en même temps que son successeur. Misant sur la curiosité enfantine et le tempérament aventureux de Simba, il révèle à celui-ci l’existence d’un mystérieux et dangereux cimetière d’éléphants. Simba, oubliant les avertissements répétés de son père, s’y rend aussitôt en secret avec Nala et se fait attaquer par 3 hyènes féroces. Par chance, Mufasa arrive à temps pour sauver l’imprudent lionceau et sa petite compagne. Mais Scar ne renonce pas à ses sinistres projets. Aidé des 3 hyènes, il attire Simba dans un ravin et lance à sa poursuite un troupeau de gnous. N’écoutant que son courage, Mufasa sauve à nouveau son fils et tente de se mettre à l’abri en gravissant la falaise. Repoussé par son frère félon, il périt sous les sabots des gnous affolés. Scar blâme alors l’innocent Simba pour la mort du Roi et le persuade de quitter pour toujours les Hautes terres. Simba se retrouve pour la première fois seul et démuni face à un monde hostile. C’est alors que le destin place sur sa route un curieux tandem d’amis...

 

[critique] le Roi Lion : symbolique d'une initiation

Le temps que passe un roi à gouverner, ressemble à la course du soleil.

Commenter cet article

Eric Barthel 01/04/2015 14:49

ce film pour adolescents n'est en fait que la présentation de l'initiation maconnique.

nico 05/01/2012 20:13


Merci pour les commentaires, tous les plans avec le soleil je les ai cité et figurent dans l'article, il n'y en a pas d'autres. 


Il vaut mieux pas que je parle du Roi Lion 2 par contre, qui est pour moi un film médiocre, uniquement destiné aux enfants qui veulent retrouver les personnages du film. 

Musimbiaka 24/03/2015 02:05

Il y a encore un plan avec le soleil, qui est le plus subtil (du moins que j'ai repéré): c'est précisément au moment où Mufasa s'extrait du troupeau de gnou par un bond puissant, avant de s'accrocher à la paroi qu'il essaiera de gravir, juste avant que Scar ne le tue.

Merci pour cet article; je commençais à penser que c'est moi qui voyait des signifiants partout, obsédé par l'égypte antique et toute la culture solaire affiliée; je désespérais de ne pas trouver des analyses symboliques, quand on voit que le film en est truffé.

lael 05/01/2012 11:40


oh l'andouille, je veut dire Scar le manipule bien sûr "-_-

Vance 05/01/2012 18:29



J'avais compris.



lael 05/01/2012 11:39


quelques réflexions encore :


- J'ai repensé à la scène finale qui me donne des frissons, encore une scène grandiose, lorsque Simba monte sur le rocher du Lion. Il pleut, la pluie salvatrice, qui nettoie et redonne vie, comme
lorsqu'on laisse couler ses larmes pour exprimer sa souffrance. A chaque pas qu'il fait, la pluie nettoie un peu plus son chagrin. Il rugit, signifiant au monde entier qu'il a reprit sa place. Et
enfin les ténèbres cèdent à la lumière. Le cycle de la vie reprend son cours normal, et la musique finit sur la chanson. J'ai pas le film sous les yeux, voit on apparaître un grand soleil
finalement ? En tout cas ça conclu bien ton analyse.


- Ce qui est très intéressant dans ce film (entre autre) c'est le message qu'on ne peut fuir son passé, qu'il fait partis de nous et nous construit. Qu'on doit plutôt chercher à en apprendre
comme le démontre si bien Rafiki en deux phrases (et coups de bâtons XD).


- le seul truc que je n'aime pas, c'est par rapport à la culpabilité de Simba. Mufasa le manipule, c'est terrible, et c'est vrai que c'est ancien, il était si jeune et sous le choc, mais quand
même, lorsqu'il revient, il affirme "je ne me sens plus coupable", et quelques phrases plus loin, alors que Mufasa lui tourne autour, il dit à sa mère que oui, c'est lui le coupable ! ce passage
me met toujours terriblement mal à l'aise. Alors quoi, au final il arrive à se débarrasser de sa culpabilité seulement lorsque Scar lui fait ses aveux ? J'ai du mal, bcp de mal.


- C'est étonnant ça, les noms Swahili ! Tu as vu ça où ? Les autres noms ont ils un sens, comme Timon ou Mufasa ?


- as tu vu le roi lion 2 ? Certes il n'a pas l'ampleur du 1, mais y'a quand même deux trois trucs sympa, comme le thème de pardonner et d'aller de l'avant (même si la colère et l'amertume change
Simba en idiot : lui si sage, incapable de voir la vérité... )

Vance 05/01/2012 18:28



tiens, tu m'as donné envie de voir le 2, que j'ai reçu en cadeau. Pour le reste, je te renvoie à Nico qui doit l'avoir presque aussi souvent que toi.



lael 05/01/2012 00:48


ahhh, l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleurs film tout genre confondu ! Je suis totalement fan, je me lasse pas de le revoir (enfin depuis que j'ai pu la possibilité de voir la K7, j'ai
arrêté. Pas réussis à passer le cap du support virtuel. Pareil pour la musique. c'est bête des fois comme on s'attache aux objets XD). La BO a bercé mon enfance (et mon adolescence XD) et depuis
j'ai noté que la plupart des BO estampillés Hans zimmer sont superbes (le dernier samouraï surtout).


Analyse très intéressante, n'hésite pas à continuer (et préviens moi, je viendrais faire ma groupie !) ! ça me rappelle que j'avais présenté la scène d'ouverture de la ruée des gnous, en cours de
musique. Cette entrée me donne toujours des frissons !

Vance 05/01/2012 18:25



Ah oui, on tient la fan, là ! Nico, on a besoin de toi !



jennifer 18/09/2011 15:33



Tu m'as donné envie de le revoir et d'étudier cela de plus près. C'est une analyse très intéressante. Chapeau !



Vance 19/09/2011 21:32



C'est pareil. Le blu-ray est déjà dans mon panier.



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