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l'Ecran Miroir

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Grandeur & décadence des monstres classiques - 03

Grandeur & décadence des monstres classiques - 03

“Listen to them, the Children of the Night, what music they make…”

 

UNIVERSAL CLASSIC MONSTERS

 

Un dossier par TWIN

 

TROISIEME volet :

 

Saga « Wolf-Man et autres monstres »

 

The Wolf-Man (1941) *** de George Waggner

Fondée sur le folklore de la créature mythique, et réunissant tout ce qui deviendra passage obligé dans les versions filmiques du loup-garou, l’œuvre doit beaucoup à l’écriture de Curt Siodmak et à l’engagement jusqu’au-boutiste de Lon Chaney Jr., qui incarne ici pour la première fois, et avec un talent indéniable, le monstre qui lui collera à la peau jusqu’à la fin de sa carrière. Partagé entre le monde urbain et rationnel et le fantastique suggéré des forêts abritant les légendes d’Europe de l’Est, The Wolf-Man est mené tambour battant : c’est avant tout le calvaire insoutenable d’un homme perdu et condamné, qui ne sait comment affronter sa propre nature démoniaque. Reste que le maquillage—tantôt stupéfiant dans les poses iconiques des plans larges, tantôt un peu ridicule tant le carcan de la construction semble enfermer l’acteur dans des expressions figées—et les transitions optiques liant les phases de transformation limitent quelque peu l’impact du film.

 

Frankenstein meets the Wolf-Man (1943) *** de Roy William Neill

De façon originale, le film favori que Quentin Tarantino fait suite tout autant à The Wolf-Man qu’à Ghost of Frankenstein. Du premier, l’œuvre alimente avec une impressionnante inventivité scénaristique la mythologie du personnage, lui donnant sans aucun doute ses lettres de noblesse et accentuant dans les entrelacs expressionnistes la dramaturgie qui le lie. Du second, Frankenstein meets the Wolf-Man tire les conséquences de l’étonnant happening final (je ne préciserai rien de plus pour éviter de gâcher le visionnage aux lecteurs susceptibles d’être intéressés), tout en les avortant prématurément : le studio, frileux face à l’audace de certains choix, fera marche arrière sur le tard et en supprimera quasiment tous les enjeux au montage, rendant l’action plus qu’inintelligible. Comment expliquer le handicap de la créature de Frankenstein ? Ou son absence totale de dialogue, réduisant de fait de moitié le temps de présence à l’écran d’un Bela Lugosi par ailleurs très bon dans ce rôle ? Le film aurait pu être bien meilleur mais, en l’état, il reste le premier crossover de l’Histoire du cinéma ! Son sens du spectaculaire et du grand guignol fait en tout cas assurément date, et on n’aura pas retrouvé telle ambition jusqu’au manifeste Avengers, dont les graines sont progressivement semées dans les récentes production cinéma Marvel.

 

House of Frankenstein (1944) *** de Erle C. Kenton

Inscrit dans la pleine lignée du mouvement décadent de la production horrifique chez Universal, House of Frankenstein était initialement pensé comme le crossover ultime du film de monstres, réunissant également le fantôme de l’opéra, l’homme invisible ou la momie. Ce fut malheureusement impossible, et seuls Dracula, la créature de Fankenstein et le Loup-Garou s’affrontent dans ce film découpé en trois temps plus ou moins distincts où chaque personnage a droit à son acte de gloire. Boris Karloff, le gros atout de ce film, excelle dans le rôle d’un savant fou tout en nuances, manipulateur de ficelles qui va promettre d’aider Chaney Jr. à se débarrasser de sa malédiction. L’échec de cette entreprise, partagée entre une véritable ambition salvatrice, les errances d’êtres brisés (le bossu et la gitane) et l’orgueil de ranimer un monstre de Frankenstein de plus en plus mal en point (Dracula est un peu le parent pauvre de l’aventure), créera une vague de destruction dantesque dont les mises à mort finales entraîneront la franchise vers les affres de la flamboyance mortuaire. On aurait pu s’arrêter là, tant l’œuvre apporte une conclusion pertinente à l’ensemble…

 

House of Dracula (1945) ** de Erle C. Kenton

… mais c’était sans compter sur les velléités d’Universal, premier studio à avoir concrétisé le concept de mise en franchise avec une redoutable productivité, sans être trop regardant sur les questions de continuité ! House of Dracula marque la fin du règne : c’est le chant du cygne d’un âge d’or devenu boursouflé. Le souffle court, House of Dracula répète la formule du film précédent, mais en inverse les tenants et aboutissants : là où, dans House of Frankenstein, c’est le savant fou qui partait en quête des créatures, ce sont ici les monstres qui viennent au savant, initialement pas fou d’ailleurs ! Le scientifique en question essaie même d’agir pour le bien commun : il soigne le Comte vampire—un John Carradine définitivement décevant sous la cape du mythe (fidèle à l’image du roman de Stoker, il se heurtera à la frilosité du studio, le limitant dans les choix de représentation)—désireux de supprimer sa propre nature vampirique, et apporte la clé finale de sa malédiction au Loup-Garou. Mais le savant sera contaminé, après d’incessantes manipulations du sang de Dracula, par le syndrome Dr. Jekyll/Mr. Hyde, avant que tout ne s’achève dans le chaos et l’effondrement des murs du domaine.

 

Abbott and Costello meet Frankenstein (1948) *** de Charles Barton

Parenthèse drôle et inspirée, singée par le duo de comiques alors en pleine gloire, Abbott and Costello meet Frankenstein représentera un énorme succès public, critique et financier. Cela reste sans doute leur meilleure comédie, à la fois respectueuse des mythes qu’elle manipule, au comique de situation rythmé et inventif, réussissant de plus à ne jamais diminuer l’impact horrifique des monstres impliqués (voir le sort inouï de cruauté réservé à l’infirmière dans le dernier acte). On a souvent dit à raison d’Abbott and Costello meet Frankenstein que c’était une comédie ayant le malheur de se dérouler dans un film d’horreur ! A noter que c’est la seule et unique fois que Bela Lugosi reprendra le rôle de Dracula après le film original, et que Glenn Strange, au nom prédestiné, y incarne à la troisième reprise la créature dont les mouvements gauches resteront ancrés dans l’imaginaire collectif.