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l'Ecran Miroir

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[critique] la Passion du Christ : le monument de Gibson

[critique] la Passion du Christ : le monument de Gibson

[critique] la Passion du Christ : le monument de Gibson

Regarder la Passion, c'est se prendre une claque. Qu'on finisse par l'aimer ou pas. Comme pour Apocalypto : Mel Gibson impressionne toujours, même s'il ne convainc pas systématiquement. Incroyablement rentable, le film a engendré débats et polémiques sur les véritables buts poursuivis par l'auteur-producteur-réalisateur. Il n'en reste pas moins une oeuvre à part et pleine de qualités.

 

Lorsque j'ai vu le film, je m'estimais préparé. Passées les critiques pourries de Première et de quelques magazines online, les compte-rendu et commentaires de certains internautes forumeurs  m'avaient franchement encouragé à y aller : rien de tel, finalement, qu’un film non-consensuel. Je m’étais trouvé un petit créneau avant une période de dur labeur : une séance de 20 h, un soir en semaine. A côté, l’avant-première de Starsky & Hutch battait son plein. Dans la salle, vingt personnes, à tout casser, une bande de jeunes (ils ont fait du boucan pendant les bandes-annonces, j'ai craint le pire pour le film mais dès les premières secondes, ils ont été scotchés). En haut, au-dessus de moi, un groupe de vieilles dames âgées.


Pas évident de se souvenir de tout. Par quoi commencer ?


Simple : le film est monumental.


La violence ? Ben ouais, c'est violent. Insupportable ? Oui et non. C'est démonstratif, mais tout n'est quand même pas montré ; ça passe en hors-champ dès qu'on est au bord Le plus insupportable en revanche, c'est cette folie meurtrière dans les yeux des tortionnaires, c'est la démence des hommes capables d'infliger un tel traitement à l'un des leurs. On digère dette déraison sanguinaire comme on peut et on fait alors face à l'incompréhension de certains, l'empathie des autres, la douleur dans les yeux de la mère, l'impuissance des disciples, la rage de la foule... Qu'on finisse écoeuré, révulsé, ébloui ou compatissant, on ne sort pas indemne.

En dehors des émotions qu'elle suscite, l’œuvre est foncièrement magistrale : je n'en soulèverai ici que quelques points. Tout d'abord, ce travail sur le cadrage des regards, qui revêtent dans un métrage où il y a finalement très peu de dialogues une importance inhabituelle. Il faut voir cette séquence dans le temple où une succession de plans nous montrent des regards inquiets, interloqués, furieux, implorants, des regards qui jugent ou qui questionnent, qui fuient quand on les interroge. On y voit ce qu'il y a de plus vil et ce qu'il y a de plus noble chez l'homme : la lâcheté et la compassion.

 
J'avais particulièrement été sensible à l'époque au rôle de la mère. Quel personnage magnifique ! Maia Morgenstern y trouve le rôle de sa vie :  elle transpire l'émotion et transperce l'écran, mettant Monica Bellucci (Marie-Madeleine) sous l'éteignoir. La scène où elle doute, se retient pour finalement s'élancer afin de sauver son fils - comme elle l'a toujours fait - lui montrer qu'elle est là, qu'elle sera toujours là pour lui : c'est bien simple, rien que de l'évoquer, j'en ai les larmes aux yeux. Autant d'intensité... je n'avais plus ressenti cela depuis ma première vision de Lawrence d'Arabie. Ce qui est inouï, c'est qu'on souffre pour elle et ceux qui la soutiennent encore, parce qu'ils sont humains, parce qu'ils ressentent, qu'ils pleurent autant de larmes que le Christ perd son sang.

 
Après autant de films que des critiques bornés continuent à placer au panthéon des oeuvres d'inspiration biblique (je me souviens d'une phrase disant : "l'Evangile selon Saint-Matthieu n'est pas prêt d'être détrôné..."), on avait tendance à prendre le personnage de Jésus comme le héros d'une histoire légendaire. Ici, rien de tel : il porte le film sur ses épaules, mais il transcende son personnage ; dès le départ, il est plus qu'humain ; on ne parvient pas à s'identifier à lui et c'est avec un détachement coupable qu'on assiste à ses tortures.

 
En revanche, à travers les remords de Judas et la souffrance de la mère, on pleure, on en appelle à la clémence, on guette la première réaction d'un soldat soudain redevenu conscient de ses actes, on espère la mansuétude des juges ou une révolte du peuple. Faites que ça s'arrête !


Et ça ne s'arrête pas, l'Histoire est en marche.


Pas un moment je n'ai détourné mes yeux : c'était presque un devoir. La moindre des choses.

Quelle géniale idée que Judas tourmenté par des enfants : la pureté et l'innocence juvéniles transformées en grimaces démoniaques. 
Mais que ce film soit parvenu à me surprendre après autant d'avis ne cesse de me sidérer, que ce soit par sa force expressive ou surtout par la présence du Malin, cette ombre qui se glisse derrière chacun d'entre nous...


Cependant la  rédemption est en marche, et ce, dès le début du film : du soldat de la milice qui refuse de suivre les autres parce que Jésus l'a aidé à ce légionnaire qui essaie d'épauler la mère comme il le peut et, déjà, semble regretter... En passant par Pilate (formidable acteur que ce Hristo Chopov), tiraillé, forcé par les circonstances de faire un choix qu'il ne peut de toutes façons pas cautionner. Et l'homme qu'on oblige à porter la croix et qui ira jusqu'au bout, partageant les sévices de celui qu'il ne voulait pas voir (j’ai cru qu’il s’agissait de Joseph d'Arimathie ? J'étais pourtant persuadé qu'il devait recueillir le sang dans une coupe ?), le soutenant, l'encourageant, l'empêchant même de faillir et de tomber.


Belle musique, bien qu’un poil trop sirupeuse et académique – la B.O. de Gladiator n’en finit plus de faire des émules. Quant aux costumes, et à toute la direction artistique, aucun reproche à faire.


Une expérience à nulle autre pareille. Gibson est allé plus loin que dans Braveheart, mais on y sent la même approche, le même intérêt pour ces personnages hors du commun, forcés par le destin et par leur nature à être plus que des hommes et finalement qui n'ont pour eux ni chance incroyable, ni fortune, ni super-pouvoirs (Jésus n'a pas de pouvoirs : il n'est que le canal par lequel passe la puissance de son père - enfin, c'est ce qu'il dit), juste une force de volonté incroyable. Avec une telle volonté, la mort elle-même n'est plus une limite infranchissable.


Des hommes ordinaires au destin extraordinaire.

Fils de Dieu ou pas, Jésus est définitivement entré dans la légende. Ce qu'en ont fait les Musulmans et les Chrétiens est une autre histoire. La polémique vaseuse sur l’antisémitisme primaire de Mel Gibson ou sa naïveté outrancière dans l’adaptation des textes évangéliques n’a pas lieu d’être ici. Le film est passé, a soulevé les passions, nourri des débats qui se désintéressaient de l’œuvre même ou ne se focalisaient que sur la forme et entretenu des amertumes sans fondement. Par la suite, certains se sont à nouveau acharnés sur Gibson pour son Apocalypto là encore bien loin de la médiocrité dont il s’est vu qualifié avant même les premières projections.

 

Je sais, je suis conscient que le film n'est pas parfait (j'ai même trouvé quelques défauts mineurs au montage, ne serait-ce que dans la continuité et certains raccords) mais ce qu'il véhicule dépasse ces défauts - qui donnent d'ailleurs raison à cet autre internaute lorsqu’il parlait de la Passion comme d'un film d'auteur plutôt que comme un blockbuster calibré. Car c'est surtout l'émotion générée par cette œuvre qui continue en moi à exercer son travail de sape. Je me souviens de la polémique qui était née à l’époque où nous avions décidé de classer nos films préférés : c'est difficile et souvent injuste. Parfois, on ne sait pas pourquoi on aime, c'est juste qu'il y a quelque chose qui nous a parlé, touché.


La Passion, c'est pareil, mais en plus fort : malgré tous les échos, négatifs et pontifiants lus ou entendus chez les professionnels, admiratifs ou émus dans les forums, malgré les commentaires, les controverses, donc malgré toute cette préparation, j'ai pris ce film comme un coup de bélier au cœur. On se croit blasé, on essaie de se détacher pour entamer l'analyse des séquences, histoire d'avoir un truc sympa à dire au moment de rédiger, afin de partager l’expérience avec d’autres et, sans le vouloir, on est happé, capté, captivé. Incontestablement, c'est la marque des grandes oeuvres.

 

 

 Passion.jpg

Titre original

The Passion of the Christ

Réalisation 

Mel Gibson

Date de sortie

31 mars 2004 avec Quinta Distribution

Scénario 

Mel Gibson & Benedict Fitzgerald

Distribution

Jim Caviezel, Maia Morgenstern, Hristo Chopov & Monica Bellucci

Photographie

Caleb Deschanel

Musique

John Debney & Gingger Shankar

Support & durée

DVD TF1 Vidéo (2004) zone 2 en 2.35:1 / 127 min

 

 

Synopsis : Les douze dernières heures de Jésus Christ. Jésus est dans le Jardin des Oliviers en train de prier après la Cène. Satan vient le tenter mais Jésus résiste. Il sait ce qui l'attend avec la trahison de Judas pour trente pièces d'argent. Il est arrêté et conduit devant les chefs religieux pharisiens qui l'accusent de blasphème et le condamnent à mort.