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l'Ecran Miroir

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[critique] Hungry Hearts : de la romance à l'horreur

[critique] Hungry Hearts : de la romance à l'horreur

[critique] Hungry Hearts : de la romance à l'horreur

Film terriblement oppressant, Hungry Hearts raconte l'histoire d'une jeune mère sombrant peu à peu dans la folie en tentant de surprotéger son fils, tandis que son mari va tout faire pour la ramener à la raison. Dommage que la réalisation ne soit pas à la hauteur du jeu exceptionnel des deux interprètes principaux. A déconseiller aux âmes sensibles...

Cela commence comme une comédie romantique, gags volontairement lourds à l'appui, pourtant l'on comprend très rapidement que cela ne va pas durer tant cette insolite rencontre - dans les WC d'un restaurant - entre deux personnages principaux que tout oppose (qu'il s'agisse de leur physique, de leurs origines, ou de leurs attitudes) semble vouée à l'échec. Ou comment faire instantanément comprendre aux spectateurs, comme le dit le réalisateur, que cette thématique de l' « organique » (ce qui provient du corps par conséquent) va poursuivre le jeune couple tout au long du film, jusqu'à l'engluer totalement.

Cette introduction a le mérite de présenter de manière plutôt subtile le caractère des deux personnages afin de les rendre immédiatement sympathiques. Une subtilité que l'on aura du mal à retrouver dans le reste du film, toutes proportions gardées, la faute à une réalisation se cherchant continuellement, essayant d'aborder différents styles et tons sans toutefois arriver à maintenir une certaine cohésion à l'ensemble. Dommage, d'autant que Costanzo fait preuve d'un évident intérêt pour son histoire (il en est d'ailleurs également le scénariste), voire de finesse lorsqu'il joue avec les métaphores (tout ce qui concerne la gestion de l'espace dans l'appartement notamment, avec cette barrière de protection qui délimite à la fois l'environnement physique des personnages mais également leur état émotionnel), quand bien même il en fait souvent trop lorsqu'il s'agit de les mettre en scène (choix de cadrages un peu convenus pour illustrer les différentes parties du récit, tandis que le film est déjà « étriqué » en 1.66 : 1, ce qui lui confère de fait une ambiance anxiogène). Le métrage en lui-même fonctionne par intermittence, s'avère efficace pour installer une atmosphère oppressante, mais ne parvient pas à suffisamment conserver l'attention car le mélange entre ces divers codes si spécifiques (on passe de la romance au film d'horreur psychologique) ne prend pas totalement.

Finalement, ce qui fait de Hungry Hearts un bon film, c'est son sujet, peu abordé au cinéma. Et même si le basculement dans la folie de la jeune femme se fait au détriment de l'empathie que souhaite pourtant provoquer le réalisateur, il n'en demeure pas moins terrifiant. Seule la conclusion pourra décevoir, tant elle est attendue (aucun suspens quant à l'issue des personnages) et ne parvient pas à apporter une quelconque réflexion sur ce qui fait justement des « hungry hearts », le film se terminant comme un simple thriller sans parvenir à étayer son idée de base. Frustrant donc, car l'interprétation est vraiment exceptionnelle, les deux acteurs ayant tous deux remporté un prix à la Mostra de Venise. Alba Rohrwacher est toujours convaincante malgré un rôle qui tend peu à peu à devenir caricatural, et Adam Driver (que l'on avait vu dans Et (Beaucoup) Plus Si Affinités et bientôt dans Star Wars) se révèle tout simplement absolument génial en grand dégingandé, un peu gauche, mélange de force et de douceur, les deux se complétant très bien à l'écran.

Malgré toutes ses maladresses, Hungry Hearts reste un film touchant, qui met franchement mal à l'aise, sur un thème rare au cinéma. La frustration que l'on ressent par rapport à ce qui aurait pu être réalisé à partir de ce pitch ne remet pas en question les nombreuses qualités de la réalisation de Costanzo et du jeu des acteurs. Un très bon film.

 

 

 

Titre original

Hungry Hearts

Mise en scène 

Saverio Costanzo

Date de sortie

25/02/15 avec BAC Films

Scénario 

Saverio Costanzo & Marco Franzoso

Distribution 

Adam Driver & Alba Rohrwacher

Photographie

Fabio Cianchetti

Musique

Nicola Piovani

Support & durée

35 mm en 1.66 : 1 / 113 minutes

 

Synopsis : Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.

 

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