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l'Ecran Miroir

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[critique] Spielberg #14 : Hook ou la Revanche du capitaine Crochet

[critique] Spielberg #14 : Hook ou la Revanche du capitaine Crochet

Hook a le don de me  poser un sérieux problème : il est de ces films pour lesquels j’ai systématiquement – et depuis la première fois – de nombreux griefs, que je trouve objectivement mal fichus, bancals, parfois malsains… et que je n’hésite pourtant pas à revoir. Un peu comme pour Dune, mais avec un impact différent (car le film de Lynch parvient en outre à se bonifier au long des visionnages) : Hook est un film qu’on aime détester – ou qu’on déteste aimer.

Ce n’est pas l’accroche, qui est audacieuse, ni le thème, qui était fait pour Spielberg – quoique déjà, à l’époque de sa sortie en salles, le metteur en scène souffrait d’une aura pâlissante, avec un 3e volet d’Indiana Jones sympathique mais ne parvenant pas à faire remonter la pente d’un homme se cherchant une reconnaissance critique depuis la Couleur pourpre. D’office, Steven Spielberg s’est vu catalogué, étiqueté « infantilisant » et Hook est ainsi devenu l’instrument de la (relative) déchéance du créateur de Jaws et de Duel : engoncé dans des valeurs devenues pesantes et ringardes, sclérosé par la toute-puissance des vertus familiales qui lui ont fait défaut, le jeune surdoué devenait aussitôt une sorte de has-been trop candide, trop propre sur lui, et un peu sénile. De fait, voir Robin Williams en collants verts, des food fights multicolores, des gags cartoonesques dans des décors disneyens, c’était quasiment un supplice pour qui s’engageait en salles avec un esprit peu ouvert.

Au début, ça m’a rappelé le Spielberg un peu poussif, rabâchant mollement ses standards, de la 4e Dimension : musique sirupeuse, intrigues puériles et la mise en avant de la faculté d’émerveillement qu’ont les enfants et qu’on perd forcément en devenant un vieux con. Un peu comme s’il avait voulu systématiser l’enchantement pourtant présent à la pelle dans E.T. ou Rencontres du 3e type tout en oubliant le style, la lucidité et l’élégance nuancée qui le caractérisait.

Hook fait mal, aux yeux et à la tête. Le casting n’est pas des plus réussis, et chaque apparition de Julia Roberts en Clochette m’est insupportable. Le scénario se traîne pendant que le pauvre Banning se cherche une jouvence et on s’agace au lieu de s’extasier.

Pourtant, Hook fascine aussi. D’abord par le courage de Williams : pas facile, ce rôle. Casse-gueule au possible. S’il n’est pas ultra-convaincant en homme d’affaires, il est touchant en homme tout court, perdu au milieu de gosses délurés et se raccrochant comme il peut aux branches d’une maturité en loques. Face à lui, il y a LE moteur du film, le rôle-titre – et Dustin Hoffman nous délivre encore une fois une performance incroyable dont chaque excès devient un point d’orgue, parfait dans sa démesure lyrique. Si Robin épate, Dustin éblouit. Et du coup, insidieusement, on sent poindre, dans quelques plans magiques, une forme abâtardie de cette grâce qui cimente les contes de fées fondateurs et on s’aperçoit alors que, sous les flonflons persistants qu’on croyait indélébiles, la partition de John Williams développe quelques morceaux du merveilleux le plus pur.

 


 

Titre original

Hook

Mise en scène 

Steven Spielberg

Date de sortie

6 novembre 2013 avec Universal

Scénario 

Castle, Hart & Marmo d'après Peter Pan

Distribution 

Robin Williams, Dustin Hoffman, Julia Roberts & Bob Hoskins

Photographie

Dean Cundey

Musique

John Williams

Support & durée

DVD Universal (2006) zone 2 en 2.35 :1 / 136 min

 

 

Synopsis : Peter Pan a grandi ! Il est devenu Peter Banning, un brillant avocat d'affaires qui n'a plus aucun souvenir de son formidable passé. Mais le Capitaine Crochet, lui, n'a rien oublié. Il veut se venger une fois pour toutes de Peter Pan. Pour l'attirer à lui, il enlève ses deux enfants. Peter parviendra-t-il à les sauver ?

[critique] Spielberg #14 : Hook ou la Revanche du capitaine Crochet