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l'Ecran Miroir

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[critique] Lone Ranger : naissance d'un héros

[critique] Lone Ranger : naissance d'un héros

 

Aller voir The Lone Ranger en salle, c'est un peu comme revivre dix ans plus tard l'expérience de Pirates des Caraïbes. Même équipe, même histoire, mêmes qualités, mêmes défauts. Mais entretemps, Gore Verbinski a réalisé deux suites aux aventures de Jack Sparrow, ainsi qu'un film d'animation se déroulant dans l'ouest américain, Rango, dont le rôle-titre était une fois de plus interprété par Johnny Depp. En d'autres termes : on sature un peu ...

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L'acteur aura donc collaboré avec Gore Verbinski sur tous ses films depuis Pirates des Caraïbes.

Pour la énième fois, Depp assure le show et est - littéralement, puisqu'on découvre son personnage lors d'une fête foraine - l'attraction du film.

Malheureusement, aussi bon soit-il, on commence à se lasser de ses mimiques et ses gesticulations, de plus en plus cartoonesques et grotesques. Johnny Depp est devenu trop prévisible. Le cas de cet acteur est vraiment intéressant : en multipliant les déguisements, en se transformant physiquement de film en film, au lieu de se diversifier, il ne fait que répéter paradoxalement le même rôle.

Pourtant, on ne peut pas y voir un signe de lassitude de sa part. A chaque apparition promotionnelle, à chaque making-of, on nous rabâche que Depp aime travailler en amont sur ses personnages, sur la conception des costumes, sur les maquillages, qu'il y prend un réel plaisir. Il y a beaucoup de générosité chez cet acteur caméléon. Mais il devient de plus en plus une caricature de lui-même, à l'instar de Tim Burton, avec lequel il partage un grand nombre de points communs. Depp semble plus préoccupé par ses délires vestimentaires et les nouveaux masques qu'il va bien pouvoir porter, que par la qualité des films dans lesquels il joue. Ses derniers rôles chez Tim Burton parlent pour lui. On est presqu'embarrassé de le voir se ridiculiser en Chapelier Toqué (pourtant la déception de l'adaptation ne vient pas de l'acteur, mais plus d'un ensemble de facteurs qui font d'Alice au pays des Merveilles un film très décrié). Johnny Depp cabotine, il a l'air d'être le seul à s'amuser sur les tournages. Quel est sinon l'intérêt de voir Pirates des Caraïbes & la fontaine de Jouvence ? Si le personnage de Sparrow venait à être remplacé, nul doute que les films de la série deviendraient particulièrement fades.

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On ne peut s'empêcher de se demander ce qui pousse réellement un acteur de cette envergure à ne participer quasiment exclusivement qu'à des films où l'on ne va pas le reconnaître. [ATTENTION ! La phrase qui va suivre contient un gros spoiler sur un film dans lequel Johnny Depp a joué.] En effet, comment interpréter sa présence dans l'adaptation de 21 Jump Street ? Il est continuellement présent à l'écran, caché par son maquillage qui le fait passer inaperçu jusqu'à la toute fin (il sera démasqué très peu de temps d'ailleurs).

Comment ne pas voir une certaine ironie dans sa prestation pour Rango, puisqu'il joue un caméléon ?  

En y réfléchissant, même si l'on imagine qu'il s'agit d'un acteur aimant jouer plus que tout avec des accessoires et mettre la main à la pâte, la prochaine étape logique dans sa carrière serait-elle la performance capture ?

Ainsi donc, le voici grimé en Indien dans Lone Ranger. Un personnage sensé n'être que le bras droit du fameux héros solitaire. Pourtant, Tonto l'indien est quasiment de tous les plans, au centre de toutes les attentions, avec ses peintures et son corbeau magique sur la tête. Il est en outre le narrateur omniscient, celui qui modifie au grès de ses souvenirs l'histoire qu'il raconte. Heureusement pour le public, puisque Depp est une fois de plus la réelle bonne raison d'aller voir le film. Allergiques au numéro habituel de Jack Sparrow, vous pouvez passer votre chemin. The Lone Ranger plaira à ceux qui se régalent en voyant l'acteur courir les jambes en avant, le torse en arrière et les bras écartés sur les côtés ! Et il le fait bien ! the-Lone-Ranger-02.jpg

Mais Depp n'arrive pas à nous enlever cette drôle de sensation de déjà vu, et en bien mieux.

The Lone Ranger n'est qu'une copie de Pirates des Caraïbes, transposée à la sauce western.

Pirates des Caraïbes a réellement lancé à l'époque la vague des « longs » blockbusters. Il est arrivé en pleine période Seigneur des Anneaux / Harry Potter, et a voulu surfer sur l'engouement pour le public des épopées « fantastiques ». La mise en chantier des deux autres épisodes pour en faire une trilogie est d'ailleurs venue très rapidement suite au succès immédiat du film de 2003.

Son principal défaut - avec son scénario décousu à la limite de l'incompréhensible - était justement de durer aussi longtemps, sans aucune utilité réelle. C'est devenu la norme aujourd'hui d'aller voir des films aussi longs, et on pourrait presque « remercier » Pirates des Caraïbes pour ça. Gore Verbinski venait de mettre au goût du jour le film d'action « bavard ».

The Lone Ranger est donc lui aussi un film inutilement long. 2H30, alors qu'il aurait très largement gagné à être élagué d'au moins 30 minutes.  

On retrouve exactement le même schéma : un héros un peu fadasse et gentillet (The Lone Ranger/Will) accompagné d'un « coéquipier malgré lui » en roue libre et l'éclipsant dès qu'il apparaît à l'écran (Tonto/Jack Sparrow), une love story avec une héroïne courageuse, des revirements de situations toutes les deux minutes (entre les héros et les bad guys et entre les deux complices eux-mêmes, tiens donc, comme Will et Jack Sparrow), des courses poursuites haletantes (trois séquences d'action, les plus importantes, se déroulent à bord de trains ! Trois ! Comme les scènes de poursuites et d'échanges du Black Pearl !), des hommes de mains du grand méchant qui sont un peu concons (comme le duo formé par Pintel et Ragetti dans Pirates des Caraïbes, on retrouve des gars qui se travestissent - avec robe et ombrelle, tout pareil - pour tromper le héros), des éléments fantastiques (on sent l'influence de Rango) …  

Le réalisateur nous refait même quasiment à l'identique une scène d'action : Johnny Depp menotté tentant de s'échapper en sautant partout dans les décors.

La plupart des redites ne fonctionne plus aussi bien qu'avant car la complicité entre Johnny Depp et Armie Hammer est moins évidente. On nous raconte l'histoire d'un héros masqué, mais la symbolique de recourir à un masque est constamment tournée en dérision. On n'arrive pas à trouver en quoi le personnage d'Armie Hammer est plus important qu'un autre. Il est fade car n'est pas filmé de manière à le rendre iconique (impression renforcée par la dernière scène). Il y a de plus quelques maladresses dans la tentative de donner de l'épaisseur au personnage féminin principal, et on pourra reprocher au marketing de trop en faire sur le personnage d'Helena Bonham Carter (sur l'affiche en gros plan au même titre que Armie Hammer et Johnny Depp), alors qu'elle ne sert strictement à rien dans le scénario. the-Lone-Ranger-04.jpg

The Lone Ranger reste malgré tout un bon divertissement. Il est vrai qu'au bout de 2 heures on commence à bailler, mais la dernière demie heure devient tout d'un coup ultra spectaculaire et nous laisse sur une impression positive. Attention toutefois, le film comporte des scènes vraiment très violentes, il est nécessaire de le signaler tant il semble s'adresser aux enfants. On y voit des actes particulièrement éprouvants (le méchant bouffe le cœur d'un des personnages).

Mais The Lone Ranger est la plupart du temps très drôle. Tout n'est pas réussi et beaucoup de gags ne fonctionnent pas, cependant la scène de la poupée dans le train est une petite perle hilarante (rarement vu un gag aussi con, sauf peut-être justement dans Pirates des Caraïbes, lorsque Will casse le chandelier en l'effleurant).

Le film de Gore Verbinski ne surprend jamais, il est en pilotage automatique ou pour rester dans le thème, sur des rails. En France on ne connaît que peu le show TV (et radio) dont The Lone Ranger est inspiré. Cela ne nous empêche pas d'avoir l'impression de tout savoir sur l'histoire à la simple vue de la bande annonce. Vraiment trop long et bavard, The Lone Ranger est toutefois recommandable et sympathique, on appréciera le show Depp et la dernière séquence d'action qui est très entraînante.

 

Ma note (sur 5) :

3

 


 

 

 

 

 

 

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Titre original

The Lone Ranger  

Mise en scène 

Gore Verbinski

Production 

The Walt Disney Company France

Date de sortie France 

07 août 2013

Scénario 

Justin Haythe, Ted Elliott & Terry Rossio

Distribution 

Johnny Depp, Armie Hammer, Ruth Wilson & Helena Bonham Carter

Durée 

149 mn

Musique

Hans Zimmer

Photographie

Bojan Bazelli

Support 

35 mm (3D dans certaines salles)

Image 

2.35:1, 16/9

Son 

VOST Dolby Digital 5.1

 

 

Synopsis : Tonto, guerrier indien, raconte l’histoire méconnue qui a transformé John Reid, un ancien défenseur de la loi, en un justicier légendaire. Ces deux héros à part vont devoir apprendre à faire équipe pour affronter le pire de la cupidité et de la corruption.

 

Retrouvez le making-of de l'histoire du film (31 semaines de tournage dans 5 Etats) dans la vidéo ci-dessous :