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l'Ecran Miroir

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[critique] Le Hobbit : La Désolation De Smaug

[critique] Le Hobbit : La Désolation De Smaug

Le second chapitre de la trilogie du Hobbit arrive enfin dans nos cinémas. Une suite qui réalise l'exploit de s'affranchir du roman de Tolkien, au risque de se mettre à dos une partie des fans de l'auteur, tout en faisant preuve d'un immense respect pour son histoire et d'une profonde connaissance de cet univers.

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Un petit aparté avant de commencer : sauf erreur, il n'y aura qu'une seule salle en France qui diffusera Le Hobbit : La Désolation De Smaug, le jour de sa sortie, dans des conditions optimales. Pour voir le film en HFR 48 images par seconde et en Dolby Atmos, il faudra aller au Pathé Wepler à Paris. On aurait pu croire que le nouveau multiplexe du Pathé Beaugrenelle le diffuserait également dans ce format, or, il a été annoncé sur leur page Facebook que cela ne serait le cas qu'au mois de janvier. Si vous cherchez donc à voir le film dans les conditions les plus immersives, le déplacement au Wepler vaut vraiment le coup. N'allez pas le voir en Imax, il n'a pas été tourné dans ce format et la plupart (toutes ?) des salles de ce type ont perdu de leur superbe depuis l'arrêt des projections en 70 mm (le vrai format Imax) il y a 4 ans. Triste constat, mais encore une fois Paris est la seule ville à pouvoir ne serait-ce que proposer le choix de voir le film comme on le souhaite. La projection presse de ce matin s'est déroulée dans l'une des deux nouvelles salles en Dolby Atmos du Pathé Beaugrenelle, sans HFR. Une énorme frustration, d'autant que le son Atmos de ce nouveau cinéma n'égale pas celui du Pathé Wepler, bien plus subtil, fin, dynamique, puissant et mieux spatialisé. Et ce n'est pas une question de placement dans la salle. Pour vous donner un exemple, lors de la projection du premier chapitre il y a un an au Pathé Wepler, la salle s'était mise à rire un peu nerveusement lorsque le trailer Atmos avait retenti, devant ce déferlement sonore tout simplement inédit. Au Pathé Beaugrenelle, rien, aucune sensation durant le trailer, qui s'est avéré pourtant plus démonstratif que le film. Plus qu'entendre la bande son en Atmos, voir le film en HFR, tel qu'il a été tourné, est nécessaire : les scènes d'action de ce chapitre sont clairement pensées pour cette technologie, en témoignent les nombreux travellings flous auxquels on assiste en 24 images par seconde et qui deviennent presque irregardable lorsqu'il y a beaucoup de détails dans le cadre (ajouté au fait que la projection manquait de luminosité et de couleur, avec une image terne bien différente de celle que l'on voit sur les bandes annonces). A croire que Peter Jackson s'imaginait que le HFR aurait eu suffisamment d'avis favorables pour se permettre davantage de folies visuelles que dans son premier chapitre, qui avait pour fonction d'« éduquer » à cette future norme. Bref, tentez le HFR si vous le pouvez. Si vous tenez à le voir au Pathé Beaugrenelle, peut-être est-il préférable d'attendre janvier, après tout laissons une chance au cinéma de s'adapter à ces nouveaux formats (le son Atmos sera-t-il de meilleure qualité ?).  

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Après un premier épisode qui posait les bases de l'intrigue et qui établissait intelligemment des correspondances avec Le Seigneur Des Anneaux, Peter Jackson a enfin l'occasion de sortir des sentiers battus et déblayés il y a plus de dix ans pour en emprunter de nouveaux, en commençant par celui qui mène à un territoire encore inexploré et dont il ne faudra surtout pas s'écarter : celui de la forêt de Mirkwood. En nous emmenant à la découverte de nouvelles régions de la Terre du Milieu, le réalisateur devrait contenter les détracteurs du film de l'an dernier, qui n'avaient pas compris l'utilité de commencer l'histoire dans des lieux familiers afin d'appuyer l'aspect cyclique et les résonnances avec la trilogie de l'Anneau (le symbole du cercle était pourtant présent tout le long du film, avec notamment le titre qui s'affichait dans un rond de fumée, l'œil du dragon Smaug ou encore bien entendu la découverte de l'anneau). Pourtant, malgré son aspect forcément « nouveau » et « exotique », cette Désolation De Smaug ne diffère pas radicalement d'Un Voyage Inattendu, et déroule son histoire de la même manière, avec les mêmes qualités (un spectacle débordant d'ingéniosité et de générosité, plein à craquer d'action) mais également les mêmes – petits - défauts (un enchaînement maladroit de certaines séquences et une mauvaise gestion du temps). Comme on le lit souvent : les fans adoreront, les autres resteront une fois de plus de marbre. Les circonspects seront peut-être plus indulgents cette fois-ci, le film n'ayant plus besoin de prendre autant de temps pour démarrer avec des scènes jugées à tort trop longuettes. Car cette suite ne s'embarrasse pas de dialogues explicitant les états d'âmes des protagonistes, elle fonce dès son générique pour ne jamais se relâcher, et ce jusqu'à la toute dernière image, forcément frustrante.

Nous assistons à une déferlante quasi non-stop d'action, dont une séquence d'évasion en tonneaux absolument géniale dans sa chorégraphie (digne de la chanson « Blund the knives and bend the forks » et qui devrait être magnifiée en 48 images par seconde) et une dernière demie heure qui donne le vertige (sans en dévoiler trop, la fureur de Smaug à la poursuite de ses assaillants dans Erebor constitue l'une des scènes les plus jouissives de toute la série de la Terre du Milieu). Mais le plus intéressant dans ce déluge de courses poursuites et de bastons, est la faculté qu'a Peter Jackson de définir les personnages dans l'action. Bilbon tient à juste titre une place très importante dans cet épisode en n'étant plus le témoin des événements mais en en devenant acteur à part entière. Martin Freeman, impeccable, arrive à faire transparaître l'emprise de l'anneau dans son jeu. Bilbon n'hésite jamais à utiliser le pouvoir de son nouvel « ami », ce qui donne une belle occasion aux scénaristes pour régler quelques petites difficultés d'adaptation (encore une fois sans en dévoiler trop, la scène des araignées est très habile et nous offre un vrai beau moment de tension tout en nous donnant l'opportunité de connaître l'origine du nom de l'épée du héros).

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En termes d'adaptation, Peter Jackson risque de faire grincer des dents les puristes de Tolkien. La Désolation De Smaug est probablement le film qui s'éloigne le plus des écrits du professeur anglais. Une nécessité pour certains, une trahison pour d'autres. En tous cas le film ne laisse pas indifférent.

Passe encore le peu de temps de présence à l'écran de Beorn. On craignait énormément de voir ce personnage atypique, proche dans le roman du Tom Bombadil qui fut écarté lors de l'adaptation du Seigneur Des Anneaux, d'autant que son look improbable avait de quoi faire dresser les cheveux (un peu comme le personnage finalement…). L'acteur s'en tire pourtant très bien. Mais, bien qu'elle soit esthétiquement superbe, sa scène ne fait absolument pas avancer le récit et aurait pu tout aussi bien être coupée au montage sans que cela ne nuise au film (les aigles ont un peu la même fonction).

Mais tout le passage chez les elfes diffère énormément du livre. Lee Pace incarne un Thranduil dédaigneux, fier, hautain. A ses côtés, surprise : Legolas, son fils fait une apparition. Une première petite trahison, mais qui semble justifiée par un simple choix de cohérence : à l'époque du Hobbit, Legolas habitait bel et bien avec son père dans la forêt de Mirkwood ! Il est donc logique de l'y retrouver. Orlando Bloom incarne de nouveau le personnage qui l'a rendu célèbre, mais en plus jeune, plus arrogant. Il n'est pas encore devenu le Legolas noble que l'on connait (un très bon clin d'œil lors d'un échange avec Gloïn, le père de Gimli). Deuxième trahison : Tauriel ! Le personnage féminin inventé de toute pièce. Il semble que les scénaristes aient pris soin de bien l'intégrer au récit. Evangeline Lilly est formidable ! Il est amusant de voir avec le recul à quel point les spéculations allaient bon train à propos d'une hypothétique love story avec Legolas. Sans en dire trop, sachez qu'elle va se retrouver plutôt dans une sorte de romance (attraction) avec le nain Kili. Rassurez-vous, Peter Jackson ne se penche pas trop sur la question, et leur relation (amicale) trouve une interprétation intéressante dans ce qu'elle constitue la prémisse de la future amitié elfe-nain entre Legolas et Gimli. Malheureusement, elle est aussi à l'origine de la seule scène ratée du film, une sorte de parodie de la première rencontre entre Frodon et Arwen (un effet de brillance vraiment kitschissime).

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Enfin, le plat de résistance, la confrontation entre Smaug (ah ! Benedict Cumberbatch ! Quelle voix ! Quelle interprétation !) et Bilbo a de quoi réjouir. Si la séquence des énigmes avec Gollum était considérée comme la plus réussie du précédent film, celle-ci se hisse à son niveau. Smaug est un dragon magnifiquement conçu (qui a légèrement changé depuis l'an dernier, voire depuis la bande annonce d'ailleurs), et sa présence à l'écran est hypnotisante. Encore une fois, les scénaristes ont cru bon de remodeler légèrement l'histoire afin de mettre en scène la rencontre entre les deux rois sous la montagne : le dragon face à Thorin. Ce dernier commence peu à peu à basculer dans la folie et l'interprétation de Richard Armitage promet de bons moments de tension dans le dernier chapitre. En l'état, cela donne lieu à une séquence de fin tout simplement ahurissante, avec des nains qui se cachent dans Erebor, Smaug à leur poursuite.

En outre, Peter Jackson se permet de développer l'arc narratif du Nécromancien, entamé dans le premier épisode, et puise son inspiration dans les annexes du Seigneur Des Anneaux. Une histoire qui restera encore énigmatique, mais qui donne lieu à l'une des scènes les plus impressionnantes du film, lorsque Gandalf se retrouve nez à nez avec Sauron à Dol Guldur, dans un affrontement digne de celui contre le Balrog dans la Communauté De L'Anneau !

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Se terminant sur un cliffhanger frustrant, La Désolation De Smaug remplit toutes ses promesses. Les nouveaux venus sont parfaitement à leur place (Barde - Luke Evans génial), les nouveaux décors sont inspirés (Laketown a une direction artistique absolument prodigieuse), la musique d'Howard Shore n'est pas montée en urgence (une impression que l'on avait eue dans le premier long-métrage) et Peter Jackson, malgré les nombreuses directions qu'a prises le film (Bolg n'est plus du tout le même que ce qui avait été dévoilé l'année dernière, aucune trace de Thrain alors qu'on le voit depuis la bande annonce de 2011), semble sûr de lui pour conclure sa trilogie de fort belle manière. Même la version longue de Un Voyage Inattendu se révèle utile, puisque de nombreuses références y sont faites (les joyaux blancs de Thranduil, l'attraction de Kili pour les elfes, la lance de Girion, les révélations lors du Conseil Blanc, le nouveau design de Smaug).

Un film plus que jamais orienté vers le conte. A voir en HFR !

 

Ma note (sur 5) :

5

 

 


 

 

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Titre original

The Hobbit: The Desolation Of Smaug

Mise en scène 

Peter Jackson

Date de sortie France 

11/12/13

Scénario 

Peter Jackson, Fran Wals & Philippa Boyens  

Distribution 

Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Orlando Bloom, Evangeline Lilly, Lee Pace, Luke Evans & Benedict Cumberbatch

Musique

Howard Shore

Photographie

Andrew Lesnie

Support 

2.35 :1, 35 mm HFR 48/161 minutes 

 

Synopsis : Les aventures de Bilbon Sacquet, paisible hobbit, qui sera entraîné, lui et une compagnie de Nains, par le magicien Gandalf pour récupérer le trésor détenu par le dragon Smaug. Au cours de ce périple, il mettra la main sur l'anneau de pouvoir que possédait Gollum...