Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
[ciné] Hugo Cabret : adaptation du merveilleux

[ciné] Hugo Cabret : adaptation du merveilleux

Hugo-Cabret-00.png

4/5 

 

Je me suis rendu à une projection d’Hugo Cabret, conforté par la réputation flatteuse qui transparaît derrière ses excellentes notes au Palmarès et les quelques articles des blogs que je fréquente régulièrement. Les premières images m’ont d’abord convaincu : visuellement splendide, la photo extrêmement travaillée de Robert Richardson rend hommage aux somptueuses illustrations qui sont l’une des nombreuses qualités du livre de Brian Selznick que j’avais pu parcourir avant de l’offrir à une de mes élèves méritantes. La texture rappelait curieusement l’éclairage particulier des films d’animation de Zemeckis et conférait une atmosphère singulière, confinant à l’étrange et transformant ce quartier de Paris en une sorte de cour des miracles post-moderne. En tous cas, elle rappelait qu’au départ l’œuvre était un roman pour la jeunesse et on avait par moment cette sensation délétère d’assister à l’adaptation de certaines planches de Chris Van Allsburg (moins le Boréal Express que l’intriguant  les Mystères de Harris Burdick).

Hugo-Cabret-01.png

Et puis, on savait Martin Scorsese derrière la caméra et celle-ci, mouvante, fugace et agile, nous délivrait des travellings millimétrés époustouflants de maîtrise – et toujours cohérents dans la narration, mettant en valeur ces rues étroites et ces intérieurs tortueux. Pourtant, le film peine vite à captiver : ce rythme lent, rendu nécessaire par une exposition très dense provoque une entame laborieuse, presque pénible. On finit par se demander si tout cela n’est qu’un bel album un peu vide, et un peu vain.


Heureusement, Scorsese finit par convaincre et parvient même à nous émouvoir dans une histoire qui sait naviguer entre conte merveilleux et drame de l’enfance tout en ayant l’air de ne pas y toucher. Le choix des petites saynètes mettant en scène des personnages secondaires, s’il peut agacer de prime abord, humanise le script en donnant à l’ensemble une touche de grâce sereine, bien aidée par un casting impressionnant (Kingsley livre une interprétation solide en parfait contrepoint avec le jeu très naturel d’Asa Butterfield, qui parvient à éviter les tics et les exagérations des comédiens de son âge ; Chloe Moretz d’ailleurs semble en prendre bonne note qui réussit à tempérer cette espèce de bouillonnement personnel qu’on lui connaît) : on se régalera d’ailleurs des apparitions de Christopher Lee qui incarne l’un des libraires de cinéma les plus charismatiques que j’ai connus – et ces quelques plans à l’intérieur du labyrinthe livresque de sa boutique en parallèle ainsi que ceux tournés dans la bibliothèque Sainte-Geneviève font partie des meilleurs moments d’un film haut en couleurs qui sait transcender les différentes facettes de la culture en se nourrissant de l’amour du cinéma qui inspire le réalisateur.

Hugo-Cabret-02.png

La dernière demi-heure, malgré son classicisme confondant, est une ode tranquille à cet art qui nous réunit tous dans les salles obscures – et à ceux qui en ont fait ce qu’il est aujourd’hui. 

 

Brillant.


Hugo-Cabret-001.pngHugo


Un film de Martin Scorsese (2011), adapté d’un roman graphique de Brian Selznick (2008), distribué par Metropolitan avec Chloe Moretz, Asa Butterfield, Ben Kingsley, Sasha Baron-Cohen, Jude Law  & Christopher Lee.


Sortie nationale le 14 décembre 2011.


1.85 :1 ; 16/9 ; VF ; 128 minutes.


Résumé :  Hugo est un orphelin vivant clandestinement dans une gare de Paris dans les années 30. Passant son temps à remonter les horloges de l’établissement, il survit en chapardant de la nourriture et en amassant des pièces mécaniques qui lui permettraient de réparer un vieil automate étrange, le seul legs de feu son père horloger qu’il adorait. Il finit par se faire surprendre par l’homme qui tient la boutique de jouets mais il est épargné grâce à sa fille adoptive, curieuse d’en savoir plus sur ce garçon sortant de l’ordinaire…