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l'Ecran Miroir

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[critique] Le Nom de la rose : parce que le rire tue la peur

[critique] Le Nom de la rose : parce que le rire tue la peur

Un film magistral, élégant et intriguant, qui séduit par son intelligence formelle et son sujet.

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Jean-Jacques Annaud a signé un chef-d’œuvre authentique adapté d’un roman dense et subtil (d’Umberto Eco) grâce à des scénaristes expérimentés tels Gérard Brach et Andrew Birkin – qui s’y sont tout de même cassé les dents puisqu’il a fallu pas moins de quinze versions du script pour parvenir à satisfaire le metteur en scène. Il fallait bien cela pour s’atteler à un monument littéraire – le genre de défi qui ne pouvait que stimuler Annaud et son souci presque pathologique de l’authenticité. Cinq ans de préparation méticuleuse tout de même, avec de très nombreux comédiens envisagés pour les différents rôles, 300 sites explorés afin de trouver LA parfaite abbaye pour les séquences en extérieur (finalement dénichée en Allemagne, à Eberbach) et la construction du plus grand open set depuis Cléopâtre, à quelques kilomètres de Rome – quelques scènes devant d’ailleurs être finalisées à Cinecitta. Chaque lieu, chaque accessoire ou décor (signé par le très grand Dante Ferretti) devait recevoir l’aval du réalisateur, de l’auteur ainsi que des plus grands spécialistes en la matière à la tête desquels on trouvait Jacques Le Goff, référence absolue sur tout ce qui touche au médiéval.

Et le résultat est parlant.

Le film en lui-même est ancré dans le mystère médiéval, en ces sombres années annonciatrices de la Guerre de Cent Ans (le règne de Philippe le Bel s’est achevé après le retentissant procès des Templiers) où pourtant perce l’espoir d’un monde meilleur, plus ouvert sur les cultures et moins replié sur des pratiques obscurantistes : le Grand Inquisiteur Bernardo Gui (interprété par un F. Murray Abraham inquiétant) est un personnage historique, connu pour avoir soumis à la Question près de 900 personnes (au moins 42 n’y ayant pas survécu). A son image, l’atmosphère est savamment entretenue, à l’aune d’une Europe plongée dans les tourments du doute après l’échec manifeste des Croisades (la Neuvième ayant eu lieu en 1272 et Saint-Jean d’Acre étant tombée en 1291). La mise en lumière des séquences est à l’image du contexte : ciel chargé, lumière incidente, brumes du soir et brouillard du matin, et tous ces plans en intérieur éclairés par des torches fumeuses et des chandelles tremblotantes (qui avaient le don de ravir le réalisateur et d’exaspérer les comédiens incommodés par la fumée et l’odeur). De même, Annaud a tenu à renforcer le caractère sinistre de ce lieu pourtant dédié au travail et à la prière : les figurants ont été expressément choisis pour leur « gueule » et on a plutôt l’impression d’assister au défilé des pensionnaires d’un asile tant les traits frisent le grotesque (voir la fin d’AmadeusSalieri se proclame prince des médiocres). Quant aux décors liés à cet étrange monastère perché dans les hauteurs alpines, ils imposent leur angoissante présence aux misérables protagonistes de cette histoire : lorsque les moines évoquent le Malin qui rôderait dans les couloirs perpétuellement plongés dans la pénombre, il est aisé de leur donner raison. A l’évidence, dès l’arrivée de Guillaume de Baskerville et de son novice sur les lieux, on aurait tendance à les croire, comme l’exprime Adso, « abandonnés de Dieu ». Troublante affirmation, pour un monastère…

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La caméra s'attache pourtant aux personnages et, entre la placidité classieuse d'un Sean Connery (qui y trouve peut-être son meilleur rôle), le regard perpétuellement stupéfait de Christian Slater et l'hallucinante prestation de Ron Perlman (qui n'est pas doublé en VF), on en oublie presque les enjeux fondamentaux d'une œuvre remarquable sur la fin de l'innocence et les prémisses d'un humanisme salvateur.

Je garde en souvenir indélébile la détresse de Guillaume, au cœur du labyrinthe de la fabuleuse bibliothèque en flammes, désespérant de pouvoir sauver tous ces grimoires recelant le savoir de l’Humanité.

Le résultat en HD n'est pas parfait, loin s'en faut. La présence de grain n'est pas gênante, elle donne au contraire un cachet particulier à la photographie. Mais les scènes en basse lumière souffrent parfois d'un manque de contraste, et certains arrière-plans sont mal définis, légèrement voilés ou fourmillant. Pas de réel coup de fouet à l'image donc par rapport aux versions existantes en DVD, mis à part la palette de couleurs et certains détails qui ressortent (les bas-reliefs dans la crypte, les vêtements chamarrés de la délégation papale, les enluminures). Le travail formidable du chef opérateur de Il était une fois en Amérique n’est donc pas aussi bien mis en valeur que je l’espérais.

En VO, on sent tout de même la puissance supérieure d'une piste HD, même si les effets surround sont limités : les basses terribles du score de James Horner sont ultra-enveloppantes et les bruits d'ambiance sont magnifiés (les chuchotements, les coups de fouet dans la nuit).

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Bref, pas l'édition ultime qu'on pourrait attendre de ce chef-d’œuvre, mais la meilleure à ce jour.

 

Ma note (sur 5) :

5


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Titre original

The Name of the Rose

Mise en scène 

Jean-Jacques Annaud

Date de sortie France 

17 décembre 1986

Scénario 

Gérard Brach, Alain Godard & Andrew Birkin d’après le roman d’Umberto Eco

Distribution 

Sean Connery, Christian Slater & Michael Lonsdale

Musique

James Horner

Photographie

Tonino Delli Colli

Support & durée

Blu-ray TF1 2013 region B / 131 min

 

Synopsis : Nous sommes en l'an 1327, et le moine franciscain Guillaume de Baskerville part enquêter dans une abbaye bénédictine où des morts horribles et mystérieuses frappent la confrérie. Il est accompagné de son jeune novice, Adso, qui va en profiter pour apprendre énormément de choses aux côtés d'un homme de science tel que Guillaume…