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l'Ecran Miroir

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[critique] Arrête ton cinéma : satire tiède

[critique] Arrête ton cinéma : satire tiède

[critique] Arrête ton cinéma : satire tiède

Avec d’excellents dialogues et des acteurs qui jubilent, Arrête Ton Cinéma est une sympathique récréation, légèrement satirique, sur les coulisses d’un milieu dans lequel évoluent des personnages tous plus déjantés les uns que les autres. Une comédie gentille et amusante.

Le nouveau film de Diane Kurys est l’adaptation du roman C’Est Le Métier Qui Rentre de son amie Sylvie Testud, racontant les déboires – réels - de la comédienne pour monter un projet de long-métrage, finalement annulé en raison des difficultés à garder une intégrité artistique. L’écriture du livre était donc une forme d’exutoire, donnant l’occasion d’en apprendre un peu plus sur un milieu finalement assez méconnu du public se rendant au cinéma, mais également sur la personnalité d’une actrice certes appréciée mais assez complexe à catégoriser en raison d’une filmographie très éclectique.

Il n’est pas rare que certains réalisateurs aient un jour envie de parler de leur métier au travers d’un film dévoilant l’envers du décor d’un tournage. Et que ces films marquent les spectateurs. On pense bien entendu à La Nuit Américaine de Truffaut, ou bien encore à Ca Tourne A Manhattan et Ed Wood par exemple.  Il ne faudra donc pas s’étonner de voir Diane Kurys, ayant à son actif des films à succès et une certaine ancienneté dans le milieu (avec ce qu’il faut de recul et d’expérience), se lancer dans cet exercice. La réalisatrice nous ayant confirmé à l’issue de la projection avoir saisi l’occasion dès qu’elle s’était présentée, d’autant que Sylvie Testud, également présente pour la rencontre, n’avait aucune envie de mettre en scène sa propre histoire. A la fois productrice, réalisatrice et scénariste (avec la collaboration de son actrice principale), Diane Kurys avait ainsi toutes les raisons d’adapter le livre comme elle l’entendait, malgré un manque évident de moyens et l’absence de soutien des chaînes de télévision, peu amatrices de ce genre de film.

Le résultat déçoit de fait un peu, tant le film aurait pu être bien plus corrosif. L’on se retrouve avec une amusante comédie, une sympathique récréation légèrement satirique, mais trop gentille voire fade pour ce que cela raconte. Arrête Ton Cinéma ne pousse soit pas assez le délire, soit trop, et il jongle entre les tons sans jamais trouver le bon, celui qui lui conviendra réellement le mieux. Pourtant, il y avait tant à faire ! Pour qui connait bien ce milieu, ce qui passe pour une caricature (les deux productrices déjantées notamment) n’est en fait pas si éloigné de la réalité (on vous le confirme, certaines anecdotes sont du vécu !), cependant cela ne fonctionne pas totalement car le film manque d’un référent pour le public afin de contrebalancer cette hystérie générale à peine croyable. Ainsi, le personnage de Fred Testot ne s’intègre pas correctement dans le récit, et celui de Sylvie Testud n’est pas suffisamment bien caractérisé pour que l’on puisse comprendre ses motivations (elle passe pour une opportuniste dénuée de morale tandis que la scène d’avant elle faisait preuve d’une volonté et d’une sincérité évidentes). Evidemment, il fallait montrer à quel point le personnage principal était prêt à se compromettre, mais son changement d’attitude est tellement rapide qu’il parait faux ou nous donne la sensation d’avoir été berné lorsqu’on l’a croyait beaucoup plus intègre. On est conscient que dans une comédie, surtout d’1h30, il faut aller à l’essentiel, mais cela nous parait d’autant plus dommage que le film s’embourbe parfois avec des détails inutiles (une seule scène de rêve suffisait…) au détriment d’un approfondissement du thème principal (mais est-ce que Diane Kurys en avait vraiment envie au point de se mettre une grande partie de la profession à dos ?).

Frustrant donc, car l’on sent régulièrement cette envie de déborder, de dénoncer, de s’amuser encore plus. D’autant que les dialogues sont vraiment excellents, avec une écriture aux petits oignons d’un naturel assez déconcertant dans la bouche d’un François-Xavier Demaison au top comme d’habitude (« Elles se touchent pas un peu les deux ? »). Il faudra se contenter de ça, et d’un divertissement inoffensif dans lequel les acteurs semblent jubiler. Josiane Balasko et Zabou Breitman en font des tonnes, souvent vraiment drôles, parfois fatigantes de cabotinage. Et Sylvie Testud, talentueuse actrice, s’efface trop souvent derrière ses partenaires pour mieux surligner l’emprise des deux sorcières productrices sur son personnage.

Arrête Ton Cinéma est un film très léger, trop même, un peu paresseux dans son approche très simpliste du métier. Pas de quoi en faire tout un plat, c’est gentil, amusant et cela détend bien.

 

 

 

 

Titre original

Arrête Ton Cinéma  

Mise en scène 

Diane Kurys

Date de sortie

13/01/2016 avec BAC Films

Scénario 

Diane Kurys & Sylvie Testud d'après son roman

Distribution 

Sylvie Testud, Josiane Balasko, Zabou Breitman, Fred Testot, François-Xavier Demaison, Hélène De Fougerolles, Claire Keim, Virginie Hocq & Florence Thomassin

Photographie

Gilles Henry

Musique

Hugo Gonzales Pioli & Paolo Buonvino

Support & durée

2.35 : 1 / 90 minutes

Synopsis : C’est dans l’enthousiasme que Sybille démarre l’écriture de son premier film. Actrice reconnue, elle va passer pour la première fois de l’autre côté de la caméra. Tout semble lui sourire. Ses productrices Brigitte et Ingrid sont deux personnages loufoques mais attachants et Sybille se jette avec elles dans l’aventure, mettant de côté sa vie familiale. Mais, du choix improbable des actrices, aux réécritures successives du scénario, en passant par les refus des financiers, le rêve merveilleux va se transformer en cauchemar. Incorrigible optimiste, Sybille réalisera trop tard que ses productrices fantasques et totalement déjantées vont l’entraîner dans leur folie…

[critique] Arrête ton cinéma : satire tiède
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