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l'Ecran Miroir

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[DVD] Challenge Wes Anderson 03 : la Famille Tenenbaum

[DVD] Challenge Wes Anderson 03 : la Famille Tenenbaum

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4/5 

 

Les deux précédents visionnages ont permis de découvrir les fondements d’un style narratif particulier et la genèse des thèmes qui continuent encore à tirailler Wes Anderson, qui n’aime rien tant que le destin de personnages immatures et décalés mais performants dans certains domaines, ou simplement créatifs et pleins d’imagination.

 Logo Anderson 02

Son 2e film avait déjà fait parler de lui, au point qu’il a pu, avec celui-ci rassembler un casting impressionnant.

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C'est bien simple : la Famille Tenenbaum ressemble furieusement à Rushmore, en plus abouti. La construction (par chapitres annotés, comme autant d’épisodes d’une mini-série) et les thématiques sont similaires, avec des décors plus fouillés, une image plus travaillée (très beau rendu en DVD) grâce à une palette de couleurs plus chatoyante ; on remarquera aussi la systématisation de certains tics de réalisation (les ralentis musicaux, les portraits en voix off bourrés de détails) mêlée à une forme de fascination pour la France (ce n’est plus une chanson de Montand mais toute une série de noms évocateurs, du bateau de Richie au patronyme du mari de Margot) et une sorte de nostalgie du « bon vieux temps » avec des gadgets et des accessoires désuets, sans parler des tenues, qu’il faut voir comme une véritable panoplie révélatrice du personnage (déjà dans Rushmore, Bill Murray portait le même costume pendant tout le film) : du style architectural aux voitures, en passant par les combinés de téléphone, on se croirait quelque part entre les années 50 et 70, à croire que le metteur en scène, même lorsqu’il raconte une histoire contemporaine, préfère déguiser l’époque, la faire coller à ses goûts. Plutôt que de travailler la pellicule à l’instar de Jean-Pierre Jeunet qui affiche les mêmes inclinations, il met en avant des éléments intemporels (maisons victoriennes ou coloniales, roadster des années 60) ou désuets (Richie porte inlassablement la coupe – avec le bandeau qui va bien – d’un McEnroe de 1979, et Chas ne quitte jamais son survêtement Adidas rouge – sauf pour le même en noir lors d’un enterrement). Chez Anderson, personne, même en 2001, n’utilise de téléphone portable (il y a toujours une cabine téléphonique pour communiquer) ; on écoute la musique sur un tourne-disques ; seul sacrifice à la modernité : un iMAC qu’utilise Chas pour analyser les cours de la Bourse.

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C'est sans doute dans le cadrage que notre metteur en scène a progressé, ou, à tout le moins, développé son art : on ne compte plus le nombre de plans symétriques construits avec minutie et un souci extrême du détail, comme autant de tableaux renvoyant à ces intertitres dessinés qui marquent chaque chapitre. Ses gros plans ne sont jamais anodins et son objectif inscrit constamment les personnages dans un cadre élaboré spécifiquement pour eux. Il multiplie les points de vue et passe en révision toute la grammaire cinématographique. Pareil pour les mouvements de caméra : Wes Anderson réinvente le champ/contre-champ ou reprend à son compte les zooms oubliés des seventies. Honnêtement, derrière l'apparente nonchalance de sa mise en scène, c'est souvent brillant.

 

Wes Anderson reprend en outre une bonne partie de son précédent casting auquel s'ajoutent Anjelica Huston en Etheline Tenenbaum pleine d’élégance et d’amertume, et Gene Hackman vraiment génial en Royal Tenenbaum, père lamentable et mauvais époux qui, en tentant d’arnaquer sa famille pour survivre, va trouver le sens de la vie. Gwyneth Paltrow (déroutante), Danny Glover et un Ben Stiller attachant complètent le tableau. Moins tendre et plus caustique que Rushmore, avec des personnages complètement déphasés (la palme revenant à un Bill Murray dévasté - à sa manière - par sa rupture et qui traversera le film flanqué de son élève gentiment abruti), le film est plus directement abordable mais, s'il est drôle, il suscite un peu moins la sympathie (difficile en effet de s'identifier à l'un de ces individus loufoques). En revanche, le rythme y est meilleur, même s'il faiblit sur la fin (on sent bien qu’Anderson voulait absolument en terminer avec toutes les histoires entamées). Sans doute un peu moins personnel que ses deux premiers films, mais plus dense et un peu plus soucieux des impératifs commerciaux dans sa réalisation.

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Une réussite.

 

Vous trouverez comme d’habitude chez Cachou une autre analyse d’un film qu’elle connaît déjà parfaitement. N’hésitez pas à lire les commentaires de Nico pour prolonger votre plaisir.

 


the Royal Tenenbaums


Une comédie dramatique écrite et réalisée par Wes Anderson (2001), coécrite par Owen Wilson, distribuée par Touchstone Pictures avec Owen & Luke Wilson, Bill Murray, Danny Glover, Anjelica Huston, Gwyneth Paltrow & Ben Stiller.

 

Un DVD Buena Vista zone 2 (2003).


2.35:1 ; 16/9 ; VOst ; 105 minutes.


Synopsis Les enfants Tenenbaum sont de vrais génies, chacun dans leur domaine : Chas est un maître de la finance, Margot une dramaturge reconnue et Richie un champion de tennis. Tous ont été élevés par une mère, Etheline, qui leur a tout sacrifié, jusqu’à son mariage d’avec Royal, un père médiocre et un époux lamentable.  

Vingt ans après son divorce, Royal Tenenbaum se retrouve sans le sou et menacé d’expulsion. Il décide de reprendre contact avec son ex-femme et ses trois enfants. Pour attendrir Etheline et endormir la méfiance de sa progéniture (dont il ne s’est jamais vraiment occupé), il ne trouve rien de mieux que de leur dire qu’il n’a plus que quelques semaines à vivre…