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l'Ecran Miroir

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[critique] Cycle Spielberg #2 : Sugarland Express

[critique] Cycle Spielberg #2 : Sugarland Express

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Un film surprenant.

Tout le Spielberg que nous connaissons semble condensé dans ce métrage, prêt à éclore dans les meilleures conditions. Tout d’abord, il s’est investi dans le film en proposant le sujet de base (il est crédité comme coscénariste) adapté d’une histoire vraie proprement rocambolesque. Il se fait accompagner d’un chef opérateur soigneux, Vilmos Zsigmond, qui lui proposera quelques compositions somptueuses (il y a dans ce film de ces moments où le temps se suspend et qui nous éblouissent par leur beauté) et qu’il retrouvera pour Rencontres du 3e type (le bonhomme travaillera aussi pour Woody Allen et Michael Cimino). Et, déjà, John Williams est aux commandes de la bande originale (très agréable, à la fois enlevée et mélancolique notamment sur cet air récurrent à l'harmonica signé Toots Thielemans).

Et lorsqu’on regarde ce road-movie improbable, on ne peut s’empêcher de penser successivement à Thelma & Louise, the Blues Brothers ou Tueurs nés. Par sa façon particulière de brocarder les forces de police sans s’adonner à trop de cynisme, Spielberg manie l'ironie mais refuse de forcer le ton, dressant malicieusement un portrait assez intéressant d'une certaine Amérique, outrancière, frivole et d’une affligeante puérilité, tout en se gardant bien de noircir le tableau. Goldie Hawn est pénible, mais elle joue à fond sa carte de joyeuse timbrée et s’inscrit parfaitement dans l’optique de l’œuvre : elle retrouvait d’ailleurs avec ce rôle le chemin des studios qu’elle avait laissé après son Oscar pour Cactus Flower. Femme-enfant décomplexée, capable de tout car imprévisible, parvenant sans trop d’effort à convaincre son mari de s’évader (alors qu’il était à quelques semaines de sa libération), à compromettre un policier dans un jeu de séduction délicat et même à s’attirer les faveurs des responsables des forces de l’ordre, estomaqués par sa candeur, elle incarne à sa manière un pays immature, jouant avec un pouvoir immense sans prendre toutes les responsabilités nécessaires.

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Le film est néanmoins assez drôle avec des dialogues qui rappellent le début d'ET par exemple, mais une drôlerie doucereuse, sans excès, loin de la farce ou de la satire, et déjà fortement teintée de sentimentalisme (le flic pris en otage a vite fait de changer d'attitude pour rallier la cause de ce couple d'illuminés, et on se prend très vite de sympathie pour ce capitaine des forces de police qui hésite à les zigouiller, malgré la pression médiatique et l'image lamentable donnée par ses services). Sans oublier la place capitale du noyau familial, au centre des enjeux : la popularité de ce couple en vadrouille s’explique par le caractère révoltant d’un jugement qui avait enlevé la garde de son enfant à une mère immature. Tels des Bonnie & Clyde modernes, ils trouveront sur leur route des centaines de fans prêts à les soutenir, se dressant comme un bouclier entre eux et l’inéluctable fin tragique. En ce sens, on est en droit de se sentir quelque peu floué par une œuvre qui exprime beaucoup mais ose peu. Spielberg multiplie les plans audacieux, retrouvant sa maestria de Duel avec un sens aigu de l’efficacité et désormais aguerri aux techniques les plus démonstratives (il se permet un travelling compensé quasi inutile mais bluffant) et alterne les plans-séquences contemplatifs avec un montage forcené lors des poursuites ou de la fusillade portnawak sur ce parking d’un vendeur d’automobiles, mais il offre peu de fond même s’il prend effectivement, mais timidement, parti (difficile de ne pas voir son sentiment dans l’intervention de ces ex-flics partis à la chasse au truand avec un véhicule rempli d’armes).

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Un peu trop long à se mettre en place, un peu trop timoré dans l’ensemble, mais, finalement, pas si mal que ça. Avec le recul, on peut s’étonner de l’échec commercial (mais pas critique, le film ayant été salué par la presse spécialisée) de ce film multi-genres – à moins que ce soit justement ce mélange qui ait refroidi les spectateurs.

 

Ma note (sur 5) :

3,1

 


 

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Titre original

The Sugarland Express

Mise en scène 

Steven Spielberg

Genre 

Road-movie

Production 

Universal Pictures 1974

Date de sortie France 

10 octobre 2001 (reprise)

Scénario 

Steven Spielberg, Hal Barwood & Matthew Robbins

Distribution 

Goldie Hawn, Ben Johnson & Steve Kanaly

Durée 

108 min

Musique

John Williams

Support 

DVD Universal 2004 zone 2

Image 

2.35:1 ; 16/9

Son 

VOst 2.0

 

 

Synopsis Clovis Poplin s'apprête à être libéré de prison. Mais sa femme l'incite à s'évader pour aller récupérer leur enfant dans la ville de Sugarland. S'engage alors une course poursuite effrénée entre le duo, qui prend en otage un policier, et les autorités.

 

 

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