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l'Ecran Miroir

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[critique] Léon, the Professional (version longue)

[critique] Léon, the Professional (version longue)

Alors, commençons par le début. Premièrement c'est selon moi, LE film de Natalie Portman. Elle est éblouissante, surprenante, bluffante. Elle crevait tellement l'écran que depuis lors, je n'ai jamais oublié son nom, tant j'étais sûre qu'elle percerait et deviendrait une star. Je ne m'étais pas fourvoyée. Deuxièmement, c'est une histoire touchante où se mêlent plusieurs émotions : la tristesse face à cette pauvre gamine que la vie n'a pas gâtée, l'amour qu'elle ressent pour son sauveur et protecteur Léon, l'humour lors de leurs jeux de mimes et dans l'attitude penaude de Jean Réno, l'angoisse que dégage le personnage de Gary Oldman complètement fêlé, bref c'est une combinaison de sentiments qui nous gardent en éveil et focalisent notre attention.


Pendant de nombreuses années, je n'ai vu que la version courte. Elle me convenait telle qu'elle, tout était dit selon moi et je trouvais la relation entre ces deux générations complémentaire et touchante. Il lui donnait protection, attention, rigueur et elle lui offrait la vie, la fougue et toute sa jeunesse. Léon a beau être un homme, il n'en reste pas moins benêt et asocial alors que la petite fille semble bien plus mûre, plus ouverte au monde et aux gens. Rien ne prédisposait à les réunir, rien ne laissait présager leur entente future, tout les opposait et pourtant c'est un sentiment fort qui va les rapprocher pour ne plus les séparer. Selon moi, Léon a tout d'abord eu pitié de Mathilda puis il a aimé sa fougue, sa jeunesse qui le ramenaient doucement à la vie et à ses bonheurs. Elle recherchait plus une protection et quelqu'un à aimer tout comme elle adorait son petit frère disparu. Oui forcément, elle tombe amoureuse de lui, toutes les petites filles tombent amoureuses d'un héros mais je n'ai jamais perçu cet amour comme un amour véritable, plutôt comme une adoration parce qu'il l'avait sauvée et qu'il s'occupait d'elle. Pour moi, lorsqu'elle lui disait "Je t'aime", elle interprétait ce sentiment nouveau à tort. Elle l'aimait oui mais comme on aime son père. Elle ne pouvait pas l'aimer comme un petit ami, elle était jeune et égarée et puis elle n'avait pas eu de père à aimer, son géniteur étant un crétin violent et froid. Du coup, je la comprenais, il était son seul salut, sa seule connaissance, il lui donnait enfin l'attention qu'elle recherchait. En échange, elle le faisait vivre. Leur relation me semblait belle, touchante et quelque part je les enviais.

 
Mais la version longue a détruit cela et je suis bien contente qu'elle soit méconnue du public. Luc Besson a bien fait de couper ces scènes rajoutées, elles n'avaient pas lieu d'être et gâchent selon moi la nature de leurs sentiments. En effet, on y apprend qu'elle veut avoir des relations sexuelles avec lui, que son amour pour Léon semble véritable et du coup ça m'a gênée et déçue. Elle n'était plus cette petite fille perdue qui appelait à l'aide mais une adolescente aux paroles crues qui rigole bêtement quand elle boit du champagne, elle devenait moins touchante et je ne pouvais plus m'y identifier. Où était passée cette petite fille qui adorait son petit frère et les dessins animés comme n'importe quel enfant de cet âge ? Elle ne pouvait plus être là, cela ne collait plus avec son personnage. Et puis Léon qui tient à elle ne trouve rien de mieux à faire que de l'emmener avec lui dans des missions et de la faire participer. De sa voix douce, elle demande aux gens d'ouvrir la porte pendant que Léon coupe la chaînette de sécurité puis elle tire sur la personne avec un faux pistolet avant que Léon ne l'abatte pour de vrai devant elle. Tout devient sérieux et brutal. Il l'initie vraiment et froidement aux meurtres d'inconnus (et pas seulement à celui du tueur de sa famille, ce qui pouvait se comprendre, un besoin de vengeance et puis c'est tout). Il l'invite à suivre son chemin de nettoyeur, il lui offre un métier qui risque de lui coûter la vie. Quant à elle, cela semble vraiment lui plaire, elle est attentive, méticuleuse, déterminée, elle s'offre à lui vulgairement, elle prend 10 ans et n'est plus cette petite fille que je chérissais tant.


En essayant de détailler leur relation, cette version la détruit finalement et la noircit. On ne peut pas cautionner qu'une petite fille s'amuse à tirer sur des inconnus à tours de bras et dise à un homme bien plus âgé, qu'elle veut coucher avec lui. Je ne peux pas m'émouvoir devant un quadragénaire (certes immature) qui prépare une enfant à un métier de tueuse au péril de sa vie. Oui il n'est pas intelligent et ne connait que ça, mais tout de même un peu de bons sens. D'autant plus qu'il le fait parce qu'il a perdu un pari et pas parce qu'il trouve cela judicieux, il sait que ce n'est pas bien pour elle, c'est d'ailleurs pour cela qu'il refuse au début son offre. Dans la version courte, cela ressemblait plus à un jeu, elle tirait de loin, on avait l'impression qu'il ne voulait pas vraiment l'entraîner, qu'il essayait de gagner du temps et de la dégoûter par tous ces exercices de musculation et cette rigueur. Mais là non, on nous montre clairement qu'il la forme comme un bon petit soldat. C'est réellement choquant ! Alors oui, la version courte nous laisse des blancs qu'on peut combler au gré de notre imagination, j'ai vu leur relation telle que je voulais qu'elle soit mais rien ne me montrait qu'elle pouvait être différente. La version longue écarte tout non-dit et nous balance la vérité en pleine face et elle ne m'a pas plu du tout. Elle me dérange, agresse mes yeux et m'éloigne de cette jeune Mathilda qui me plaisait tellement.

 

Titre original

Léon

Réalisation 

Luc Besson

Date de sortie

14 septembre 1994 avec Gaumont

Scénario 

Luc Besson

Distribution 

Jean Reno, Natalie Portman & Gary Oldman

Photographie

Thierry Arbogast

Musique

Eric Serra

Support & durée

DVD Columbia (2000) zone 1 édition DeLuxe/ 133 min

Synopsis : Léon est un tueur. Un de la pire espèce. Il est introuvable, indétectable. Son ombre est comme une menace de danger permanent sur New-York. Indestructible Léon ? Oui, jusqu'à ce qu'une petite souris pénètre dans son univers. Une toute petite souris aux yeux immenses.

[critique] Léon, the Professional (version longue)