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l'Ecran Miroir

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X-Men Extra #76, septembre 2009 (version kiosque) – et grosse colère !

X-Men Extra #76, septembre 2009 (version kiosque) – et grosse colère !

Les quatre épisodes de la mini-série Worlds apart de Christopher Yost & Diogene Neves.

 

Résumé : Au cours d’une mission à la recherche des Morlocks, Cyclope met Tornade en porte-à-faux sur sa capacité à jouer sur plusieurs fronts : peut-elle être à la fois reine du Wakanda et membre à part entière des X-Men ? C’est sur ce cas de conscience qu’elle se retrouve rappelée d’urgence en Afrique : Nezhno, le mutant placé sous sa protection, s’est rendu coupable d’un meurtre de sang-froid. La colère gronde et les Wakandais la rendent personnellement responsable. Et qu’elle n’est pas sa surprise lorsque son mari, de retour d’un voyage diplomatique, la somme de quitter les lieux…

 

Oui, grosse colère. Mais je vous en parlerai à la fin.

D’abord, parlons du contenu.

Grosse déception.

Ah mince alors !

En fait, soyons sérieux, ça n’est pas vraiment une surprise car depuis quelques temps les mini-séries mutantes publiées de cette façon ne procurent pas grand chose d’autre qu’un ennui teinté d’exaspération : les mêmes ressorts servant des histoires bâtardes fondées parfois sur une idées intéressante mais qui n’aboutissent sur rien de concret, d’autant que l’illustrateur n’est pas un foudre de guerre. J’exagère certes mon mécontentement, mais il est clair que, récemment, lorsque j’ai eu à me séparer d’une bonne partie de mes comics (pas tous, hein ! faut pas pousser non plus !), je n’ai pas hésité sur bon nombre de X-Men Extra de facture médiocre et au récit sans réelle portée et vite oublié.

Pourtant, on pouvait s’attendre à mieux. Yost a fait bonne figure sur le personnage de X-23, même s’il n’était pas seul au script. J’avais moins apprécié le run sur Vulcan, qui traînait en longueur un scénario assez jouissif au départ. Ici, avec des couvertures souvent alléchantes (l’éditeur Panini a choisi celle de Yardin au départ – créée pour l’épisode 2 – mais que dire de celle de Deodato, sublime, pour l’épisode 3 que je vous colle plus loin ?), on part sur des bases connues mais qui ont le mérite de coller à l’actualité récente des X-Men : désormais basés à San Francisco, ils cherchent à rassembler le maximum de mutants pour les préserver. Ensuite, on se retrouve au Wakanda, pays fascinant, énième vraie réussite du tandem magique Lee/Kirby, patrie de la Panthère noire qui a été longtemps un de mes héros préférés (derrière Captain Marvel tout de même, et vite remplacé par un Wolverine plus présent). Enfin (et grâce à une introduction désastreuse commise par M. Sylvain Doucet – mais j’y reviendrai, car je n’ai pas l’habitude d’un Neault pour exprimer mes – profonds – désaccords), on sait dès le « Briefing » qu’on aura affaire à un « très vieil ennemi des X-Men ».


Cool.

Le problème est que l’on découvre beaucoup trop vite de quoi il en retourne. Du coup, la surprise est éventée. En outre, Neves est loin d’être convaincant : ses visages hésitent entre le grotesquement bâclé sur les plans moyens (pauvre Ororo Munroe !) et le satisfaisant mais peu reconnaissable, la faute peut-être à un encrage pas assez permissif. Il s’en tire mieux sur les plans d’action (ses séquences de combat demeurent plutôt lisibles et efficaces) et pas mal du tout sur les images de destruction massive, avec force éclairs et explosions.

Bref, ça se suit bon an mal an jusqu’à une chute qui sent le réchauffé et un épilogue qui boucle la boucle avec savoir-faire. Je n’aime pas vraiment ces ennemis/Nemesis indestructibles, qui reviennent cycliquement et qu’on démolit sempiternellement de la même manière.

Mais j’avais évoqué cette introduction calamiteuse. Qu’a donc fait ce pauvre Doucet pour s’attire ainsi l’ire d’un ancien lecteur des productions Marvel en français ? C’est justement le fait qu’il prenne ces « anciens lecteurs », c’est à dire ceux qui ont contribué à placer durablement sur la scène hexagonale les séries qui ont ensuite fait florès grâce au succès inespéré de certains films, pour une catégorie négligeable. Si négligeable qu’il les oblitère carrément, les rayant d’office du lectorat. Quand je lis :

Les vacances d’été sont déjà loin et l’heure est venue de retrouver le chemin du collège, du lycée ou de la fac pour les plus âgés.

… de qui se moque-t-on ? Pense-t-il sérieusement qu’il n’existe pas une frange d’acheteurs réguliers des produits made in Panini qui ont passé l’âge de graver leur prénom sur les tables des salles de cours ou d’y coller un chewing-gum en écoutant son MP3 ? Si je comprends bien ce qui est écrit, on est toujours dans cet esprit moyenâgeux qui vouait aux gémonies les jeux de rôles « sataniques » et estimait que les lecteurs de comics (voire de SF) ne pouvaient être que des ados boutonneux en mal de sensations. Mais le pire, c’est que cette gentille apostrophe émane d’un responsable éditorial (à tout le moins de quelqu’un que l’éditeur juge suffisamment compétent pour avoir le droit de rédiger et signer des petits billets exagérément enthousiastes et lénifiants), c’est quand même singulier ! Outré, je suis. C’est vrai que j’ai commencé à lire des comics en 6e… mais je n’ai pas cessé depuis. Et je sais pertinemment que nous sommes nombreux à avoir fondé une famille et à toucher un salaire dans ce cas-là. Que vont penser les Illuminati et tous les blogueurs passionnés de super-héros ?

[Je sais que Neault s’est déjà fendu d’une de ses brillantes diatribes habituelles, mais je suis un peu en retard dans mes lectures et il est bon, parfois, de se faire l’écho d’un pamphlet pertinent… en outre, j’avais déjà commencé ce billet avant d’aller chez mon vieux camarade blogueur et de découvrir qu’il n’avait bien entendu pas laissé passer l’opportunité d’un nouveau coup de gueule contre les responsables paniniens.]

Oui je sais, c’est une réaction disproportionnée. La faute à un bête oubli de la part d’un yes man de l’édition. Si ça se trouve, il avait préparé un joli édito rendant hommage à ses fidèles lecteurs de tente ans et un patron lui a signifié qu’il risquait son poste s’il publiait ça. « La cible, c’est les jeunes ! » lui a-t-on peut-être ordonné. Les plus vieux, on s’en fout, ils sont fidélisés, on n’a plus besoin de leur faire de la lèche.

Résultat : en commençant cette histoire qui m’intéressait, je me suis senti trahi. Et encore une fois, cet obscurantisme culturel qui hante les esprits de l’intelligentsia française, rejetant tout ce qui n’entre pas dans les canons millénaires du Trivium & Quadrivium et des Beaux-Arts, qui stigmatise les amateurs de cinéma « de genre » et culpabilise ceux qui lisent ces revues abrutissantes, marque de son empreinte sombre et monotone les loisirs de quelques joyeux illuminés qui se sentent abandonnés.

Navrant.