Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
Sam & Twitch 1 : de Spawn à De Niro

Sam & Twitch 1 : de Spawn à De Niro

Sam---Twitch-1.JPGUne série par Brian Michael Bendis & Angel Medina, éditions Semic 2001, collection « Semic Noir ».


 

Résumé 4e de couverture : Des crimes terrifiants, la mafia pour cible, un tueur indestructible, une police corrompue et un mot pour seule piste : « Udaku ».

Légende urbaine ou réalité ?

C’est ce que doivent découvrir Sam Burke et Twitch Williams. Deux flics intègres, manipulés et livrés à eux-mêmes, qui poursuivent l’enquête dans l’ambiance vénéneuse d’un New-York crépusculaire…

 

Une chronique de Vance

 

Le coin du C.L.A.P. : ça n’a pas fait long feu ! Entamé un soir de fatigue, terminé le lendemain. Il n’a même pas eu le temps de sortir de la maison…

 



Ah ! Encore du Bendis ! Après les très alléchants articles de Matt Murdock sur l’estimable auteur et les chaudes recommandations de Grey, il était difficile de repousser la lecture du second opus acheté sur un coup de tête/cœur signé du grand dialoguiste.

 

Et bien m’en a pris. Après le brillant Goldfish, on reste dans l’univers glauque des ripoux et de la mafia, des règlements de compte et des enquêtes avortées. Mais le point de vue bascule complètement. Cette fois, c’est à travers la recherche entamée par ces deux flics intègres (qui viennent à peine de réintégrer le corps alors qu’ils en avaient démissionné en raison des corruptions permanentes qu’ils ne pouvaient plus supporter) réchappés de la série Spawn que l’attention se focalise. En 4 planches, on sait comment Bendis va mener sa barque, habilement secondé par un Medina que j’avais adoré sur Hulk et Blackwulf :


1. une page faussement découpée ou Twitch apparaît pensif, accablé, attablé à une table dans un café devant un énigmatique chapeau blanc tandis que la fumée de sa cigarette s’élève en volutes ;

Sam---Twitch-1--2--copie-1.JPG

2. deux pages de cases très serrées en champ-contre-champs sur les visages de Twitch et d’une jeune femme accorte prête à écouter ce pourquoi il semble si perdu dans ses pensées ; le dialogue s’engage : les questions fusent, les réponses sont évasives, allusions et regards complices alternent avec les sourires fugaces. Twitch va donc raconter ce qui lui arrive.

Sam---Twitch-1--3-.JPG

3. une double-page en contre-plongée, façon couverture, avec nos deux héros en action au pied d’un immeuble sur le toit duquel la silhouette de Spawn se détache sur fond de pleine lune (Spawn n’est là qu’en clin d’œil, plus appuyé à la fin du volume). Bendis place le texte dans un bandeau vertical à droite : Twitch, l’intello, le fouineur, y parle d’abord de Sam, son coéquipier  et ami depuis des lustres, bavard, goinfre, bagarreur et fonceur. L’histoire peut désormais commencer…

Sam---Twitch-1--1-.JPG

 

Angel Medina s’y montre complètement à l’aise. Ses traits sont plus accentués dans le grotesque que sur Hulk, même si certains visages (notamment féminins) conservent un certain réalisme. Plus agréable qu’un McFarlane (qui lui avait refilé son « bébé » Spawn), plus fluide, tout aussi dynamique (ses personnages semblent toujours saisis sur le vif, leurs visages sont mobiles, quasi mouvants, avec des expressions marquées – on est loin des cases figées esthétisantes d’un Bianchi ou d’un Greg Land), il inscrit son œuvre dans des mises en page léchées remarquablement servies par un encrage très sombre, refusant les couleurs vives, tirant sur le verdâtre, le brunâtre et le jaune pisseux. New-York, souvent la nuit : des ruelles sales et sordides, des gens peu fréquentables.

Une partie de poker tourne mal : les cadavres s’empilent, l’un d’entre eux est retrouvé sans tête, le sang gicle et tache les murs. Seuls indices dans ces massacres : un même nom de famille, des morceaux de pouces alignés. Notre duo, un peu rouillé, a tôt fait de comprendre qu’il a affaire à la mafia. Comme l’explique justement Sam :

Je déteste ces histoires de mafia. C’est toujours l’histoire d’un mec qui emmerde le cousin d’un autre mec qui le traite d’enculé et l’enculé en question tire une balle dans les boules du frère de l’autre et si y en a un qui s’en tire… il écrit un bouquin et De Niro gagne un Oscar.

 

Problème : les pouces n’appartiennent à aucun des cadavres.

Problème n°2 : KC, la responsable de la médecine légiste, qui semble les avoir à la bonne (contrairement au reste du service qui apparaît extrêmement frileux depuis leur retour), établit que les quatre pouces proviennent… du même homme.

Problème n°3 : parmi les joueurs de poker mortel, il y avait un flic. Leur supérieur.

Problème n°4 : un second homicide est signalé. Deux hommes. Et quatre oreilles arrachées sont alignées sur le comptoir : elles ne leur appartiennent pas…

 

L’enquête s’enlise. Les morts s’amoncellent. Un suspect est évoqué, un grand gaillard vêtu de blanc et porteur d’un chapeau de même teinte. Bientôt, Sam & Twitch auront affaire à lui. Ces mecs-là ne lâchent rien : teigneux, fiers et plus minutieux qu’ils n’en donnent l’air. Ils ne sont pourtant guère servis par leurs collègues fuyants et suspicieux, au point qu’ils se doutent que quelque chose de très gros, et très louche, leur est tombé dessus. Et quand l’Inspection des Services les appréhende, ils comprennent que la confiance, dans la police, est devenue une denrée rare. Bientôt, il ne leur reste plus qu’une amitié indéfectible, et une volonté inébranlable. Et lorsqu’ils en arrivent à douter l’un de l’autre, l’irrémédiable survient…

 

Une histoire pleine de mystère, emballante et sanglante. Un criminel insaisissable, dont ni les mobiles, ni l’identité, ni les moyens d’agir ne sont connus. Mais qui semble terroriser ceux qui en entendent parler.

On est donc à la lisière du fantastique, dans un thriller palpitant, très bien orchestré. J’ai particulièrement apprécié le choix graphique de remplacer les bulles traditionnels de la bande dessinée par des phylactères plus discrets, laissant plus de latitude à l’image pour s’exprimer, et nous permettant de mieux apprécier le travail de Medina.

 

Vivement la suite !