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l'Ecran Miroir

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Rex Mundi #01: le Gardien du Temple - uchronie & occultisme

Rex Mundi #01: le Gardien du Temple - uchronie & occultisme

rex-mundi-1.01.jpgLes 6 premiers chapitres d’une série de Arvid Nelson & Eric Johnson (2004), collection Semic Books (2005). 



Résumé : A Paris, en 1933, dans un monde qui n’a pas connu la révolution protestante et où l’Europe est divisée entre puissants empires coloniaux.

Le Docteur Julien Saunière est diligenté par le père Marin, prêtre à la Madeleine, à propos du vol d’un très ancien manuscrit dont il avait la charge. Très vite, Saunière (jeune homme instruit mais aux méthodes peu orthodoxe, tout juste toléré par l’Inquisition ou la Guilde des Médecins) comprend qu’il a été fait usage de magie et remonte une piste sanglante où des proxénètes peu scrupuleux se mêlent à des hommes d’affaires influents, sous couvert d’une société secrète liée aux Templiers. Mais quelqu’un s’acharne à effacer les traces et Saunière est menacé…  

 

 

Une chronique de Vance

 

Comment cet ouvrage est arrivé entre mes mains est toute une histoire. Mais ce qui est certain, c’est qu’il devait fatalement venir garnir les rayons de ma bibliothèque. Encore fallait-il que je prisse connaissance de son existence : c’est là qu’intervient Neault. Connaissez-vous Neault ? La réponse est sans doute « oui » pour la majorité d’entre mes lecteurs, c’est pourquoi je serai bref : ancien membre (fondateur) des Illuminati, sa passion pour les comics Marvel a fait écho à la mienne mais le bonhomme, avec son remarquable blog, est allé autrement plus loin dans la critique des œuvres de cette institution et dans la découverte de perles du VIIe Art : c’est bien grâce à lui que je me suis initié à la série Walking Dead comme au remarquable Luther Arkwright.  Or, peu de temps après l’arrêt de son blog (qui était annoncé comme définitif il y a un mois encore), Neault avait publié un article sur Rex Mundi, à l’occasion de la sortie du second tome, chez Milady. Et là, je me régalai : mêler comics et uchronie avec l’occultisme dans une ambiance de film noir, il fallait oser, mais il y avait tout ce qui me plaisait. Mon libraire habituel n’ayant plus le premier tome, j’ai réussi à me le procurer chez un autre éditeur, Semic.


Le tour était joué.


Et bien m’en a pris, Neault avait (encore) vu juste.


Je ne regrette même pas d’être « passé à côté » à l’époque, malgré son côté irrésistible pour quelqu’un comme moi qui a été bercé dans sa jeunesse par les textes de Gérard de Sède et qui a fait son mémoire de maîtrise sur les Templiers : les lieux et les noms évoqués dans cette histoire particulièrement bien écrite ne pouvaient qu’attirer mon attention. Il est à présent mien, et je m’en félicite.

Rex Mundi, c’est un peu comme si on poussait à son extrême la logique de tous ces amoureux de l’Histoire mystérieuse qui cherchent constamment à réécrire le passé en mettant en lumière certains secrets capitaux, certains complots ourdis dans le but de dissimuler les tenants et aboutissants de nos régimes politiques : là, au lieu de chercher à lier la dynastie mérovingienne à une quelconque origine plus « élevée » (à travers Jésus et le roi David, pourquoi pas des extraterrestres, ces « Néphilim » de la Bible ?), au lieu de tenter d’expliquer les grands événements historiques par des causes obscures, des chantages et des trahisons, Arvid Nelson réécrit tout simplement le passé, se laissant ainsi une liberté totale pour y développer les thèses familières aux lecteurs de l’Enigme sacrée, des Templiers sont parmi nous ou de la Race mystérieuse (signés feu Gérard De Sède), voire, plus près de nous, du Pendule de Foucault comme du Da Vinci Code.

rex-mundi-1.02.jpg

Ces derniers reconnaîtront sans doute dans mon résumé un nom : Saunière. Celui que Dan Brown avait choisi comme patronyme pour le Directeur du Musée assassiné au début de son best-seller. Le choix de ce nom est tout sauf innocent, et c’est bien plus qu’un simple clin d’œil : un repère, presque un code d’accès chargé d’aiguiller l’esprit des chercheurs de mystères.


Car Saunière est le nom d’un personnage bien connu des amateurs de secrets historiques : l’abbé de Rennes-le-Château, petite localité de  l’Aude, qui entre 1891 et 1917 dépensa plus d’un milliard et demi de francs et suscita les vocations de centaines de chercheurs de trésor. Cette affaire revint sur le devant de la scène médiatique grâce notamment à Gérard de Sède, journaliste et historien local, qui flaira le filon et publia souvent dessus, notamment avec le Trésor maudit de Rennes-le-Château, à la fin des années 1960 : tout en décrivant un paysage admirable chargé d’Histoire, il racontait le destin de quelques hommes érudits qui découvrirent peut-être un de ces secrets qu’on peut monnayer auprès des puissants. L’écrivain, habilement, évoquait ces trésors qui enchantent l’imagination populaire depuis des lustres : celui du Temple de Salomon, des Wisigoths, ou des Templiers. On y revient donc… Si l’origine précise des sommes astronomiques récupérées par Saunière (Béranger de son prénom) est aujourd’hui connue (pour ceux qui souhaiteraient le savoir, privilégiez le livre de Jean-Jacques Bedu, Autopsie d’un mythe), de très nombreuses zones d’ombre demeurent : le président Mitterrand s’est rendu lui-même sur les lieux, des enquêteurs s’étaient fait tirer dessus, d’autres sont décédés dans des circonstances troublantes. Quoi qu’il en soit, son nom s’est retrouvé mêlé à l’autre grande énigme, celle de la royauté mérovingienne, seule dynastie légitime pouvant prétendre au trône de France : il a suffi d’une histoire de faux parchemins retrouvés dans la crypte de l’église, un coup monté, plutôt habilement, pour permettre à un certain Plantard de faire parler de lui…

Royauté, mystère des origines, culte du secret : mêlez-y ordres militaires et franc-maçonnerie, vous aurez la majeure partie des thèmes préférés des amateurs éclairés, dont je fais partie, ceux pour lesquels la quête est bien plus importante que la Vérité elle-même. Evidemment que les sommes fabuleuses dépensées par notre curé de campagne ont une orgine bien réelle, et pas du tout mystique ! En attendant, quels beaux voyages avons-nous accompli en remontant le fil des énigmes cachées dans cette église et alentour : le diable soulevant le bénitier, les jeux de mots et références cachés dans le chemin de croix, les pierres tombales codées, les sites géographiques orientés et cette région où Romains, Wisigoths, Francs et Templiers sont passés, tous dépositaires de trésors inouïs…

 

rex-mundi-1.03.jpgVoilà que je dévie de mon sujet. Mais ce sera l’occasion d’en parler plus longuement avec le second volume. Laissez-moi tout de même vous allécher encore, si ce n’est déjà fait. Nelson vous a concocté une enquête pleine de suspense et de révélations, à la manière d’un roman noir (Julien Saunière se pose concrètement comme un détective) avec ses puissants agissant dans l’ombre et ses femmes fatales, aussi séduisantes que menteuses. Dans cette Europe où la Chrétienté régente tout,  par le biais de ses Inquisiteurs omniprésents, la magie n’est pas absente, même si elle est souvent utilisée à des fins criminelles. Saunière se rend très vite compte qu’il aura fort à faire dans ses recherches, et que ceux qu’il poursuit risquent fort de lui nuire. Pendant ce temps, en haut lieu, un débat fait rage entre les deux chambres de l’Assemblée, mais le roi Louis XXII conserve pour l’heure le pouvoir de décision : faut-il intervenir en Palestine afin d’y profiter des gisements d’hydrocarbures, au risque d’aggraver les tensions avec les autres puissances coloniales ?

On se régalera également des pages extraites du Journal de la Liberté qui permettent de mieux comprendre l’univers de cette uchronie maligne (et quels savoureux hommages rendus aux autres sources d’inspiration que sont Clark Ashton Smith, Robert Howard et surtout Lovecraft !).

On pourra éventuellement regretter l’aspect hiératique des dessins d’Eric Johnson, avec ces personnages solennels souvent montrés de face, aux expressions un peu figées, mais ça s’améliore vers la fin, avec plus de rythme grâce à un meilleur découpage. Et puis, ce n’est pas vraiment un comic-book d’action.

 

 

La suite est déjà en cours de lecture, et je me régale.

 

Ma note : 4,7/5



A lire aussi (et donc) : la chronique de Neault.