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l'Ecran Miroir

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My own love song : road-movie désenchanté

My own love song : road-movie désenchanté

http://www.marsfilms.com/system/affiches/0000/5913/mols_120_full.jpgUn film d’Olivier Dahan (2010) avec Renee Zellweger, Forrest Whittaker, Madeline Zima & Nick Nolte.

 

 

Résumé : Jane, ancienne chanteuse devenue paraplégique à la suite d’un accident, se voit persuadée par son seul ami, Joey (ancien pompier atteint de troubles mentaux après avoir vu sa famille périr dans un incendie), de prendre la route jusqu’à la Nouvelle-Orléans afin d’y rencontrer un auteur à succès qui parle aux anges. Elle ne sait pas que Joey a aussi planifié de la faire passer par Bâton Rouge afin d’y retrouver son fils de dix ans placé dans une famille d’accueil… En chemin depuis le Kansas, ce couple improbable va faire d’improbables rencontres qui parviendront peut-être à sortir Jane de ce marasme émotionnel qui l’empêche de sourire à la vie…

 

 

Une chronique de Vance

 

Problème.

Le film est sympathique, agréablement filmé, parsemé en outre de petites touches décalées, parfois fun et parfois oniriques, du meilleur effet. Les interprètes sont convaincants, et sans doute convaincus (Forrest Whittaker étant présent dans le projet dès l’origine). La bande originale, entièrement (ou presque, car il y a du Chopin aussi) composée par Bob Dylan, est séduisante. Les paysages reflètent à l’envi les émotions de ces personnages brisés qui se cherchent et attirent d’autres loups solitaires dans leur périple incongru. Le rythme, lent et pondéré, suit la progression de l’histoire et le tempo des chansons, parfois contemplatif, parfois effréné (mais rarement). Les situations sont troublantes, et stigmatisent nos propres blessures et nos joies enfouies.

Pourtant, force m’a été de constater, à mon grand regret vue la qualité de la mise en scène, que je n’ai pas adhéré. Pas une larme, ni même un frémissement de paupière quand les conclusions s’affichent, les destins se révèlent et les sentiments se dévoilent. Les retrouvailles et les séparations qui s’égrènent et balisent le film n’ont guère déchaîné les passions.

Pour le coup, je suis déçu, mais davantage par mon absence de réaction épidermique que par la qualité intrinsèque de ce road-movie désenchanté. Fatigue ? Rupture de ton ? Usure ? Je ne peux le dire. Mais difficile de trouver de réels défauts structurels dans l’œuvre. Je sais pourtant que ce genre d’aventure romanesque marche la plupart du temps. Mais pas là.


Ca commençait mal, en outre. Longue scène d’introduction dans un bar : ambiance glauque, néons blafards, Jane est accostée par un VRP en goguette dont on comprend très vite qu’il ne cherche qu’un bon moment à passer. Son attitude lorsqu’il se rend compte du handicap de la jeune femme, si elle est tout sauf inattendue, manque d’ironie et de recul. Jane est paumée et n’attend plus rien de la vie, en tous cas certainement pas d’ouverture d’esprit chez un mâle en rut. Son seul rayon de soleil est ce Joey, un hurluberlu parlant aux anges et aux esprits et qui tente par tous les moyens de redonner un peu son sourire à cette femme qu’il a rencontré en thérapie. Lui-même est un de ces inadaptés sociaux dont le cinéma est friand : il passe sont temps à aider les autres, déborde de générosité sincère mais ne parvient pas à s’assumer. Là aussi, le script a la délicatesse de ne dévoiler l’origine de son trauma que très tard dans le déroulement du film. On peut être parfois agacé par les débordements de ce personnage à la limite de la folie (il lui arrive de piquer des crises), mais force est de constater que Whittaker est tout à fait à son aise dans le pyjama de ce pierrot lunaire.


http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2008/10/27/article-1080873-023FC016000005DC-911_468x573.jpgC’est un incident et une nouvelle qui vont précipiter l’histoire dans la direction attendue – et dévoilée par l’affiche, très belle. En tentant de réparer les destructions qu’il a commises chez Jane (chez qui il a pris l’habitude de dormir), il tombe sur une lettre envoyée par son fils, lequel voudrait la revoir au moment de fêter sa communion. Joignant l’utile (la conférence de son romancier favori) au nécessaire (la rencontre entre une mère et son fils), Joey réussira à convaincre Jane de le suivre sur les routes. Des routes longues et désertes, sillonnant des paysages aussi vastes que mornes, et pourtant habités par une certaine quiétude, comme une veille de fin du monde. Du Kansas à la Louisiane, nos amis se feront arnaquer par un voyou plus inquiétant que vraiment méchant (la séquence où il vient dans la chambre de Jane est extrêmement dérangeante et, réflexion faite, très réussie) avant de tomber sur une jeune femme à la recherche de son mari, plongée dans une confusion entre l’attente naïve et le réalisme cynique (Madeline Zima, rayonnante). Sur elle, le magnétisme de Joey fonctionne à plein, et notre couple se mue en trio jeté sur les routes de l’espoir.

Ecrivant son film au fur et à mesure qu’il sillonnait ces contrées perdues, Dahan insuffle pourtant de vrais traits d’un sentimentalisme bon teint : tous les individus rencontrés sortent certes de la norme (que ce soit ce couple chantant le blues pour tromper la mort imminente de l’un d’eux ou ce guitariste tentant d’oublier les ravages de Katrina dans sa ville natale – excellent Nick Nolte, dont le timbre éraillé et le regard vague épousent parfaitement la nostalgie qui imprègne le métrage) mais sans jamais atteindre les déviances qu’on peut trouver dans un Sailor & Lula. Au contraire, on s’étonnera presque, tout en s’en délectant, des petits passages animés avec des dessins charmants empreints d’espoir, sur un ton rappelant Gondry. Dahan, sans ce côté racoleur des cinéastes de sa génération, parvient à faire passer quelques effets spéciaux subtils pour des scènes à la lisière du rêve. Et j’ai vraiment aimé cette course-poursuite en split-screen sur les visages des protagonistes, techniquement aboutie et au rendu génial. On notera une propension aux gros-plans sur les visages des comédiens, quelques travellings sans esbroufe, dont un travelling circulaire très réussi sur un quai de gare : un catalogue de technique éprouvées et intelligemment utilisées.

Reste que, sans dévoiler la fin, on n’aura pas de surprise, et le choix de la chanson finale, écrite par Dylan et interprétée par Zellweger, n’est finalement pas très judicieux dans sa vocation à illustrer un passage clef. Il y manquait ce je ne sais quoi de juste et touchant qu’on pouvait ressentir à tout moment – et notamment à la fin - dans Little Miss Sunshine.

 

Bref, un film visuellement réussi, conçu intelligemment et fort bien réalisé avec de grands interprètes. Mais à l’émotion trop contenue. Peut-être.

 

Le coin du C.L.A.P. : des heures de lecture m’attendaient ! En effet, une bonne heure dans la file d’attente pour obtenir l’avant-première gratuite (je sais par expérience qu’il faut au moins cela pour être dans les premiers), et au moins une demi-heure dans la salle avant la projection (et encore un bon quart d’heure de bandes annonces que, grâce au Printemps du Cinéma, j’avais déjà vues), ça augurait d’une lecture suivie confortable. Premier accroc : pour une raison inexpliquée, un vigile m’a forcé à me remettre debout dans la file d’attente Kiné+, estimant sans doute que lire assis par terre adossé contre un pilier était équivalent à un acte de terrorisme… Ca me laisse encore songeur… Mais ça ne m’a pas empêché, alors que Jennifer corrigeait ses cahiers avant d’attaquer le dernier Kate Mosse (avec un « e », oui, l’auteur de Labyrinthe !), de terminer le Marvel Icons de février – avec trois bonnes séries, dont je retiens surtout le nouvel Iron Man de Matt Fraction – avant d’entamer copieusement le Marvel Monster sur Dark Reign, une compilation de séries assez décevante.

 

Ma note : 3,25/5