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l'Ecran Miroir

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[comics]Locke & Key : Bienvenue à Lovecraft - de King à l'Indicible

[comics]Locke & Key : Bienvenue à Lovecraft - de King à l'Indicible

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Locke & Key : Welcome to Lovecraft volume 1


Une série de Joe Hill & Gabriel Rodriguez (2010), collection Milady Graphics aux éditions Bragelonne (2010). 


Résumé : Tyler, Bode et Kinsey Locke s’installent avec leur mère à Keyhouse, un vieux manoir familial situé à Lovecraft en Nouvelle-Angleterre. Ils cherchent à y oublier la récente tragédie qui les a marqués à jamais : l’assassinat de leur père, auquel ils ont échappé de justesse. Mais pas facile de se reconstruire à cet âge : Tyler, l’aîné, rumine en permanence et a perdu le goût de vivre ; Kinsey, la cadette, se replie sur elle-même et refuse tout contact avec les autres, de peur de ressasser de mauvais souvenirs ; Bode, le benjamin, préfère explorer l’étrange demeure. Il déniche ainsi un vieux puits désaffecté où l’écho de sa voix lui répond. Il trouve également une clef qui ouvre une porte : lorsqu’on la franchit, on meurt…  Peut-être un moyen de retrouver son père ?

Pendant ce temps, Sam, le meurtrier, entend aussi une voix qui lui promet qu’il sortira bientôt du pénitencier où il croupit… 

 

Une chronique de Vance

Ah, les librairies ! Quel territoire perpétuellement mouvant, riche de possibilités ! On peut s’y aventurer la fleur au fusil, et s’y perdre. On peut aussi demander au libraire la route à suivre.

Car Neault et les autres Illuminati ne sont pas toujours à nos côtés pour nous souffler la bonne trouvaille à ajouter aux comics Marvel du mois.

Mon libraire est plutôt de bon conseil : parfois c’est lui qui me suggère l’œuvre « qui devrait me plaire » ; plus souvent, il hoche la tête et confirme le bien-fondé de mes choix (suscités par un nom d’artiste sur la couverture, voire comme ici un simple titre évocateur).

Locke & Key m’a ainsi été chaudement recommandé : l’enthousiasme avec lequel mon libraire a approuvé mon achat ne pouvait que me rassurer.

D’autant que, quelques jours plus tard, Neault se joignait à l’allégresse générale en se fendant d’un article plus qu’encourageant.


Car Locke & Key a déjà roulé sa bosse dans le monde du comic-book, et généré un mouvement d’admiration général, thésaurisant tant sur les qualités prometteuses du rejeton de Stephen King que sur les compétences picturales évidentes du dessinateur chilien. Bragelonne ne s’y est pas trompé en nous l’assénant avec un minimum de tact sur la 4e de couverture : des références comme Ain’t It Cool News ou Wizard Magazine ne tarissent pas d’éloges sur la série des multi-récompensés Hill et Rodriguez.

Et puis, Lovecraft, quoi !

En fait, ici, le nom de l’un des écrivains fétiches de ma période rôliste sert justement de médium, une sorte de clef pour les initiés qui reconnaîtront dans l’architecture tourmentée de Keyhouse, dans la géographie particulière de la péninsule du Massachussets où se situe l’improbable bourg de Lovecraft (clin d’œil aux Arkham et autre Dunwich où se situe souvent l’action des nouvelles de l’écrivain maudit de Providence) des références évidentes comme autant de mains tendues pour apprécier l’Indicible

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Et la lecture donne raison à tous ces signes avant-coureurs : c’est percutant, malin, haletant et tellement plein de potentiel pour des pages et des pages d’aventures terrifiantes qu’on se demande si le rythme tiendra jusqu’au bout. On y retrouve cette ambiance typique des meilleurs récits de l’auteur de Ca, lorsque des enfants se retrouvent confrontés à l’irrationnel et, grâce au talent de conteur de Hill et à la science graphique de Rodriguez, on n’a guère besoin que de quelques cases pour planter le décor de la détresse psychologique de nos héros – et quand il s’agit d’actionner les leviers du suspense et de l’action, le duo fonctionne encore à plein rendement. C’est d’une densité assez exceptionnelle, au point qu’on en vienne à regretter que les créateurs ne prennent pas davantage leur temps dans cette histoire aux ramifications profondes où les Locke, outre le simple fait de survivre, devront s’atteler à comprendre la personnalité même et les secrets de leur père disparu.

Hill s’amuse en outre à jouer sur les mots et à imbriquer les destins : les passés obscurs ressurgissent au détour d’une photo ou d’un souvenir et une trame sombre semble se tisser sous les pieds même des protagonistes qui ne peuvent en deviner qu’une partie infime.

C’est à jeu de piste fantastique que nous sommes conviés, avec ses portes dérobées et ses clefs cachées, ses passages entre les mondes, ses ombres et ses reflets. Ca se dévore comme un bon thriller, et c’est encore meilleur le soir sous les draps, à la lueur d’une lampe défaillante…

 

Inutile de dire que la suite est attendue avec une impatience absolue.

 

 

Ma note : 4,8/5

 

A lire aussi (et donc) : le coup de cœur de Neault.