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l'Ecran Miroir

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le Cauchemar de Dracula

le Cauchemar de Dracula

le Cauchemar de Dracula

l'Avis de Vance

Après une grande vague de mini-chroniques par TWIN à propos des Universal Classic Monsters précédant le déferlement Twilight, le soufflé vampirique au cinéma continue son emprise sur notre blog : Dracula reste une de ces figures incontournables qu’il nous faut de temps à autre explorer, soupeser et à laquelle on rendra inévitablement hommage. Entre Nosferatu et la version de Coppola – sans oublier le film de Tod Browning - la Hammer s’était emparée durablement du sujet. Notamment avec cette version de 79 min tournée entièrement à Bray dans le Berkshire (intérieurs comme les rares extérieurs).

Graphiquement, c’est assez impressionnant. Loin des délires gothico-baroques qui traînent dans notre imaginaire, les décors sont plutôt sobres, entre un château comtal froid, austère et imposant (des piliers massifs et sans fioriture, un portail monumental, des salles très moyennâgeuses) et la maison des Holmwood bourgeoise, emplie de bibelots, très féminine. Soutenue par une musique assez pompeuse mais efficace, la silhouette du vampire apparaît pleine de noblesse : Christopher Lee campe un comte élégant, à la démarche franche et au phrasé précieux. Quel contraste avec les moments où sa nature vampirique se manifeste ! Bouche déformée et immanquablement ensanglantée, canines proéminentes, grimace grotesque sous un regard empreint de folie bestiale. Le masque du démon lui sied mal et ses accrochages avec les deux héros manquent d’intensité : il peine à démontrer la puissance physique qui devrait lui assurer facilement le succès et on assiste à un pugilat un peu maladroit. Dracula oscille ainsi entre l’image d’un homme assez fascinant mais également vulnérable, passant son temps à fuir devant l’empressement de van Helsing, mais suffisamment retors pour passer outre les protections mises en place et tendre des pièges vicelards. Cushing, ainsi, avec sa gabardine holmesienne et ses traits soucieux, agit davantage en détective qu’en chasseur de vampire ; sa maîtrise de soi, ses sourcils froncés, sa distinction naturelle et son ton impérieux lui confèrent un statut immédiatement iconique (dans mon esprit, j’ai du mal à le dissocier d’un Pierre Fresnay avec lequel il partage une allure et une tessiture singulières). Il traque une créature plus maligne qu’invincible, mais suffisamment dangereuse pour qu’il doive multiplier les initiatives afin de rattraper son temps de retard – au détriment des femmes de son entourage, proies faciles d’un démon insaisissable. On remarquera la redistribution des noms et des rôles par rapport aux autres versions : Lucy est la malchanceuse fiancée de Harker et Mina, la femme de Holmwood. Cette dernière est interprétée par une Melissa Stribling au jeu un peu plus fouillé que ses deux consœurs qui fait qu’elle n’a aucun mal à s'en distinguer. Reste que les trois actrices sont surtout là pour dévoiler fugitivement leurs courbes au travers des dentelles de leur déshabillé en contrejour.

Cauchemar-de-Dracula.jpg

N'oublions pas un Arthur Holmwood assez étrange : on y retrouve un Michael Gough tout jeune (enfin, façon de parler), plein de fougue mais parfaitement obéissant aux indications du Docteur van Helsing. Il y a dans le regard légèrement soumis de cet acteur au visage inhabituel une tension notable qui enrichit les rapports entre les éléments mâles de cette course-poursuite.

Le film évite les temps morts, même si on n’a plus vraiment l’habitude de ces passages trop verbeux où van Helsing explique la marche à suivre. La réalisation habile aime à multiplier les angles de prises de vue, donnant un certain volume qui fait invariablement ressortir les protagonistes ; Fisher termine la plupart de ses séquences par des fondus au noir indiquant le passage à un autre chapitre. Dommage que le montage pèche dans les effets de surprise, s’attardant trop sur l’insert (gros plan sur un visage aux yeux écarquillés) et délaissant le tempo imposé par le hors-champ.

A noter, une somptueuse bibliothèque dans la plus grande salle du château, mais bien trop peu mise en valeur.

Le DVD Warner dispose d’une jolie affiche peinte sur la jaquette, mais le verso est constellé de coquilles honteuses (« le compte Dracula », le « docteur Van Hielsing »), avec même la photo d’une actrice qui ne fait pas partie du casting. Dommage, car la sérigraphie du disque est très réussie, ce qui ôte un peu à l’aspect « fauché » de l’ensemble.

 

Titre original

Horror of Dracula

Mise en scène 

Terence Fisher

Date de sortie au cinéma

4 février 1959 avec Swashbuckler Films

Date de sortie en DVD

20 novembre 2002 avec Warner Bros.

Scénario 

Jimmy Sangster d’après le roman de Bram Stoker

Distribution 

Christopher Lee, Peter Cushing & Michael Gough

Photographie

Jack Asher

Musique

James Bernard

Support & durée

DVD Warner (2002) zone 2 en 1.85 :1 / 82 min

 

Synopsis : Jonathan Harker est engagé comme bibliothécaire chez le mystérieux comte Dracula, dans le but secret de le mettre hors d’état de nuire. Mais il doit d’abord compter avec une jeune femme déjà sous l’emprise du monstre. Harker choisit de s’en débarrasser, ce qui provoque l’ire du comte qui exercera sa vengeance. Parti à la recherche de son ami, le docteur van Helsing ne retrouve que son journal et décide à son tour de se lancer aux trousses du vampire. Trop tard ! Il trouve le château vide : Dracula a déjà choisi une autre victime de sa vindicte…

le Cauchemar de Dracula

l'Avis de TWIN

Adaptation chiche et limitée de Bram Stoker, cette version du mythe fait pâle figure par son scénario concentré sur quelques aspects précis du pavé original et qui révèle un manque de moyens flagrant. Heureusement, Christopher Lee fait flamber la pellicule par son charisme à chaque plan où il apparaît : son visage figé d’horreur reste parmi les chocs marquants de l’œuvre. L’acteur en impose également par son dynamisme et sa vivacité (Dracula n’est pas encore un grabataire gériatrique). Face à lui, Peter Cushing est délicieux de lettres, de mots et de phrasé, alors que son air, à la fois inquiet et serein, immortalise le film de son aura. Michael Gough, un peu trop grandiloquent, catalyse au sein de son jeu propre l’aspect très daté du film et son angle outré.

 

Restent des décors lumineux et surprenants ainsi que la caméra posée de Terence Fischer, pour une œuvre certes intéressante et marquante par certains points (la musique, entre autres) mais pas aboutie et définitivement vieillotte.