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l'Ecran Miroir

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I am Spartacus ! I am Spartacus !

I am Spartacus ! I am Spartacus !

 

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Spartacus

 

Un film de Stanley Kubrick (1960), écrit par Dalton Trumbo, produit par Kirk Douglas avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Tony Curtis, Jean Simmons, Charles Laughton & Peter Ustinov.

 

Résumé : Alors que la République romaine vit ses dernières heures à cause des tensions entre les sénateurs Gracchus et Crassus, une nouvelle fournée d’esclaves arrive dans le domaine de Batiatus, à Capoue, afin qu’ils soient formés pour devenir gladiateurs. Parmi eux, un Thrace farouche : Spartacus, qui refuse d’accepter sa condition. Mais il est assez malin pour faire profil bas, jusqu’au jour où l’esclave Varinia lui est offerte pour qu’il prenne un peu de bon temps…

 

 

Une chronique parallèle de Vance

 

Deuxième film visionné dans le cadre du Marathon Kubrick avec Cachou.

Logo Kubrick - 2001 - v1

Celui-là, je l’ai vu un peu dans les mêmes conditions que Docteur Folamour : je connaissais déjà, mais je n’en avais vu que des versions télévisées en VF qui m’avaient laissé des souvenirs mitigés. Ma vidéothèque s’enorgueillissait d’une version collector avec la célèbre restauration de 1991 : des scènes coupées sous la pression des ligues de vertu (essentiellement quelques séquences de violence sanglante, comme dans le duel Draba/Spartacus ou dans la bataille rangée de la fin, mais aussi des lignes de dialogue importantes qui modifient la teneur du finale ou tempèrent les sous-entendus dans la scène de bain entre Crassus et Antoninus) ont été ainsi réinsérées grâce à la recolorisation d’un interpositif, le négatif originel étant trop abîmé pour ce faire.

Encore une fois, l’occasion faisait le larron.


 

Techniquement, les plus de trois heures de film font plutôt bonne figure, même si on n’a plus l’habitude de voir des œuvres avec un grain aussi prononcé (le Super Technirama semble avoir bien résisté). Sur les fonds unis, on relèvera des couleurs légèrement vacillantes et l’ensemble du film est encore piqueté de légers scratches. Le contraste est remarquable, notamment dans les scènes sombres intérieures (les cellules des gladiateurs), mais la définition accuse le coup dans les séquences nocturnes en extérieur (le duel Spartacus/Antoninus). Le choix de la bande son en 5.1 pour la V.O. est un vrai plus qui efface le côté nasillard de la piste mono d’époque – sachant que la fameuse scène et son dialogue sur les huîtres et les escargots entre Antoninus et Crassus a été redoublée par Curtis et Anthony Hopkins (considéré comme « doubleur officiel » de Laurence Olivier), on ne voit pas la différence.

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Ces 189 minutes, il faut aussi le savoir, tiennent compte d’un visionnage « intégral », c’est à dire incluant une ouverture et un entracte musicaux sans image (un peu comme pour Lawrence d’Arabie), auquel je me suis astreint de bonne grâce – même si, pendant quelques secondes, on est en droit de se demander s’il n’y a pas de problème technique. Evidemment, la musique d’Alex North, ronflante, n’a pas le charme de celle de Maurice Jarre – et on est en droit de s’impatienter, surtout à la fin de l’ouverture.

 

Reste le film. Il s’ouvre par une séquence dans une carrière où on va immédiatement faire connaissance avec Spartacus : ce dernier s’avance pour aider un pauvre esclave comme lui qui croule sous un fardeau insupportable. Sommé d’arrêter par des gardes armés, il se rebelle, se débat et mord l’un d’entre eux au tendon d’Achille. La punition sera terrible : on le retrouve enchaîné sur un roc, en plein soleil. C’est là que Bastiatus (incomparable Peter Ustinov, qui allie légèreté à gravité et donne énormément de profondeur et de sympathie à un personnage assez peu engageant), venu faire son marché, l’achète afin de le former dans son école de gladiateurs réputée. Il voit déjà dans ces yeux acier une volonté inébranlable qu’il pense sans doute être le moteur d’un excellent combattant dans les arènes. Il sait aussi qu’il devra s’en méfier et chargera son second de le former à la dure. Les coups et les vexations s’ensuivront, mais Bastiatus n’est pas un sadique ou un pervers, même si la séquence où ils observent Spartacus avec Varinia (dont on trouve d’autres versions dans les scènes coupées, certaines plus humiliantes), qui n’est pas sans rappeler une scène similaire de Conan le Barbare, rappelle qui sont les maîtres et qui est l’esclave.

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Le film s’engage alors sur trois voies : l’érosion d’une République sclérosée, aux valeurs foulées au pied par des partisans de réformes en faveur de la Plèbe (Gracchus, joué par un Charles Laughton  au sommet de son talent) opposés à des Patriciens favorables à une forme de dictature éclairée (Crassus et son suivant Jules César, tout jeune) ; la rébellion de Spartacus qui fait suite à l’exécution d’un gladiateur puni pour avoir voulu s’en prendre à ses maîtres ; son histoire d’amour avec Varinia.

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Trois segments d’histoire que Kubrick distingue avec soin. Malgré la méticulosité de la restauration, le DVD ne peut que faire apparaître des différences flagrantes de tonalités distinguant les scènes tournées en studio des extérieurs (principalement filmés en Espagne et en Californie). Mais les séquences intimistes sont agréables, avec un Kirk Douglas monolithique dont le visage montre quelques failles bienvenues chaque fois qu’il détaille sa dulcinée, une Jean Simmons charmante. Ici, le contrepoint avec la violence des combats (finalement plutôt rares), l’âpreté de sa condition d’esclave et le cynisme des dialogues entre notables est salutaire. On y voit l’homme Spartacus, généreux, tendre et optimiste, qui éclipse largement le rebelle Spartacus : la révolte des gladiateurs et l’organisation de cette armée des pauvres échappe à leur instigateur qui n’est propulsé « général des esclaves » que par sa présence au premier rang. Inculte, il a besoin des talents d’Antoninus pour lire les messages et c’est Crixus qui gère la stratégie. On sent bien un discours démocrate, voire populiste dans les événements liés à la rébellion, mais il semble étouffé (on sait que Kubrick s’est souvent plaint des voies imposées par la production alors que Trumbo ne s’est pas gêné – il n’y avait pas une semaine sans qu’il changeât quelque chose au script - pour insérer des passages rappelant les actions de la Commission des Activités Antiaméricaines ou l’homophobie).

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Kubrick est plein d’ambition et d’idées. Reprenant des techniques de prises de vue expérimentées sur les Sentiers de la Gloire (notamment sur des travellings arrière), il préfère ne plus se heurter à l’ego des grandes stars présentes sur le plateau et aux desiderata contradictoires des décideurs, Douglas en tête. Du coup, il se met à improviser avec eux. Pour les duels de gladiateurs, il ne lâche pas les protagonistes, les cadre serré et demeure au plus près de l’action (c’est particulièrement visible dans les photos de tournage). Dans les dialogues politiques, il laisse Ustinov réécrire certaines lignes et refuse l’affrontement, sans pour autant se départir d’une mauvaise humeur persistante. Kirk Douglas, qui s’est très souvent heurté à ses prises de position, reconnaîtra son talent en ces termes :

Un jour, il sera un bon réalisateur, à condition de se prendre une bonne gamelle. Ca lui apprendra à faire des compromis.

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Tout est dit. D’un budget conséquent, il tire un film rentable dès les premiers jours et prouve qu’il peut réaliser des films à grande distribution, gros moyens et grand spectacle. Du coup, il refusera tout compromis ultérieur.

Personnellement, si j’ai été impressionné par la gestion des figurants lors des affrontements massifs, on ne peut pas en dire autant des combats eux-mêmes, peu convaincants. En outre, le montage intégral a tendance à déliter un peu l’aura de Spartacus, au profit d’un débat entre démocrates et élitistes. On retient surtout des numéros d’acteurs, des décors somptueux (des séquences ont été tournées dans l’énorme villa de Randolph Hearst) et un destin hors normes.