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l'Ecran Miroir

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[critique] Harry Potter & le Prisonnier d'Azkaban

[critique] Harry Potter & le Prisonnier d'Azkaban

[critique] Harry Potter & le Prisonnier d'Azkaban

l'Avis de Nico

Harry Potter & le Prisonnier d’Azkaban est un petit chef d'œuvre, d'une maîtrise inouïe et d'une classe extraordinaire.

Je me souviens encore de ma séance de cinéma (enfin mes séances plutôt, car je l'ai vu deux fois) : je venais de sortir d'un examen de physiologie végétale et c'était enfin les vacances. Quelle claque ce film (surtout après deux épisodes un peu trop insignifiants en terme d'adaptation cinématographique) ! Merci Cuaron d'avoir pris le relais de Colombus. Ce gars a tout simplement sa propre vision de l'univers, il n'a pas hésité à changer certains détails, à inventer, à créer. Déjà en termes de préparation au tournage, je trouve qu'il a eu une attitude rassurante : avant de commencer, il ne connaissait rien à cette histoire et, pour se préparer, il a demandé au trio d'acteurs principaux d'écrire une rédaction à la première personne sur leur vision de leur personnage. Radcliffe fit une page de résumé, Watson 16 pages et Grint ne lui remit… rien du tout. Démarche intelligente, tout comme le fait qu'il ait fait appel à un vrai magicien sur le tournage. Ce sont des petits trucs comme ça qui font, à mon avis, la différence par rapport à Colombus. 

Cuaron a secoué cette "petite" franchise un peu trop repliée sur elle-même auparavant et l'a poussée à devenir un peu plus étonnante.

Et le résultat est cette fois enchanteur. 

 harry-potter-3--03.jpg

En y ajoutant sa patte mexicaine (les têtes réduites, les squelettes dans le magasin de bonbons, les fontaines avec les serpents ou les aigles, Dumbledore qui fredonne une chanson typiquement mexicaine), il n'a fait que consolider cet univers. Il l'a rendu aussi familier qu'étrange, et c'est ce qui selon moi a fonctionné. Moins de distance avec les personnages (les vêtements normaux remplacent les uniformes) mais plus de mystère (certains décors laissent le spectateur vraiment songeur, comme la salle de Lupin, cabinet de curiosité en fait, rempli de colonnes vertébrales servant de bougies). Il a laissé le film respirer avec des scènes un peu plus naturelles et fraîches (les amis dans la salle Gryffondor lorsqu'il mangent les bonbons, Ron avec son bonnet péruvien), favorisant systématiquement la recherche d'une forme de crédibilité (il pleut pour la première fois, l'hippogriffe ultra réaliste qui fait ses besoins au fond d'un plan large, où le fait qu'il n'y ait pas que Hogwarts dans le monde avec le voyage en Egypte de la famille de Ron). 

Pour la première fois encore, nous découvrons d'autres parties de Hogwarts, le pont qui relie la cour à la fontaine avec la route menant à Hogsmeade, la cabane de Hagrid très intelligemment délocalisée... On n’a plus cette sensation de film figé dans un décor artificiel, la caméra se permet toutes les folies, virevoltant d'une salle du château à une autre, s'appropriant l'espace en invitant le spectateur à la suivre dans les recoins les plus reculés. Les personnages et le monde des sorciers vivent aussi bien devant que derrière les caméras. Les ellipses, ainsi que les nombreuses coupes du livre, renforcent cette impression. Enfin, on est devant un vrai film ! Certains fans ont dû rager un peu, mais je pense que la plupart des spectateurs ont préféré ce choix scénaristique. Après tout, est-ce bien important de savoir que Sirius s'est évadé après avoir vu Pettigrow sur la photo du journal qui montre la famille de Ron en Egypte ? 

En terme de mise en scène et de réalisation, Cuaron met en avant les émotions par le biais des décors. Pour éviter des lignes de dialogues trop lourdes et explicatives, il choisit de souligner les états émotionnels par l'image et les mouvements. 

Ainsi, la séquence où Harry monte sur l'hippogriffe, sans dialogues, nous dévoile un personnage épris de liberté, qui se lâche totalement pour la première fois de sa vie (voir le plan où il met les bras façon "Je suis le maître du monde !") : mon passage favori de tous les films du jeune sorcier. Le réalisateur nous fait profiter autant qu'Harry de sa balade, il nous propose des plans larges sublimes, et nous convainc que ce que l'on voit est réel grâce à des petits détails comme l'hippogriffe touchant légèrement l'eau avec ses pattes avant. 

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Un autre passage vraiment bien mis en scène est le cours de Lupin. La caméra commence un travelling avant et traverse un miroir (ok, donc nous commençons dans le miroir), traverse la salle et retourne enfin dans le miroir pour finir la séquence. En fait ce n'est pas gratuit : dans cette scène, nous découvrons que la seule peur d'Harry est la peur elle-même (les Détraqueurs...), il est presque logique de terminer sur un plan d'Harry littéralement retourné par ce qu'il vient de lui arriver (voir le reflet de sa cicatrice). 

Enfin, je voudrais parler de la Cabane hurlante. Ses pans de murs ballottant, la maison entièrement instable, tout comme la situation à l'intérieur : Sirius et Lupin sont-ils manipulateurs ? Qui est Pettigrow ? Quelle seront les répercussions de Rogue sur le sort que lui aura lancé Harry ? 

Mais il n'y a pas que ça : Cuaron fait un film brillant grâce à un montage passionnant. La scène entière du Retourneur de temps en est un exemple parfait. Je dirais même que depuis Retour vers le futur, on n’a pas vu mieux. L'aide à l'évasion de Sirius à la fin du film est aussi un immense moment. 

Notez également le très bon enchaînement pour la scène de quidditch, avec un dessin animé annonçant la scène suivante. 

Réalisation au top, direction d'acteurs excellente. Radcliffe joue très bien dans ce film. Il faut dire que son personnage est bien mieux défini que dans les épisodes précédents : ici, il a des réactions "normales", il est colérique, il pleure, il s'amuse... On le voit par exemple, lorsqu'il est sous la cape, renverser une chorale qui se trouve droit sur son chemin. Il profite également d'être invisible pour se venger de Malfoy. Et quelle joie de découvrir les nouveaux acteurs au casting ! Thewlis imprégné dans ce rôle pas évident, Thompson complètement dingue, Oldman inspiré et le très bon Spall

On croit aux personnages dans ce film, et c'est pour ça que pour la première fois, on a peur pour eux. L’œuvre se transforme par moment, elle effraie presque le spectateur. Les détraqueurs sont bien designés, leur démarche un peu flottante est parfaitement trouvée ; quant au loup-garou, je sais que son look en a énervé plus d'un, mais je pense qu'il est très intéressant, surtout parce qu'on ne le confond pas avec Sirius en chien. Les effets spéciaux sont tellement bons que les scènes gagnent un suspens insoupçonnable quand on a vu les deux premiers chapitres de la saga. 

Je reviens sur l'esthétique du film. Pour coller avec l'histoire, il fallait que le métrage devienne moins enfantin. Ainsi nous avons droit à des décors avec plus de textures. Il y a une personnalisation évidente dans chaque détail. Par exemple, la pierre qu'envoie Hermione n'est pas une pierre banale, il y a un petit fossile. C'est bête à dire mais on sent la volonté d'iconiser au maximum certaines images, comme ces citrouilles dans le jardin par exemple. 

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Alors OK, les images sont sublimes, mais encore faut-il que la musique suive pour totalement faire adhérer au film. Eh bien bravo, John Williams nous propose une partition digne de lui, peut-être même l'une de ses meilleures. La musique de l'hippogriffe est un concentré de talent et les chansons additionnelles ajoutent à la cohérence. 

Quitte à changer l'ambiance du film, il faut le faire jusqu'au générique. Et c'est bien le cas, non seulement il ne termine pas sur le sempiternel banquet avec tous les élèves, mais le réalisateur change la forme même du générique. 

Cuaron est décidément un sorcier. 

 

Titre original

Harry Potter & the Prisoner of Azkaban

Créé par 

Alfonso Cuaron

Date de sortie en salles

2 juin 2004 vec Warner Bros.

Date de sortie en DVD

2 décembre 2004 avec Warner Bros.

Scénario 

Steve Kloves d’après l’oeuvre de J.K. Rowling

Distribution 

Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Gary Oldman, Robbie Coltrane, David Thewlis, Timothy Spall, Maggie Smith, Emma Thompson & Alan Rickman

Photographie

 Michael Seresin

Musique

John Williams

Support & durée

Blu-ray Warner (2011) region ALL en 2.35 :1 / 140 minutes

 

Synopsis : Sirius Black, un dangereux sorcier criminel, s'échappe de la sombre prison d'Azkaban avec un seul et unique but : retrouver Harry Potter, en troisième année à l'école de Poudlard. Selon la légende, Black aurait jadis livré les parents du jeune sorcier à leur assassin, Lord Voldemort, et serait maintenant déterminé à tuer Harry...

l'Avis de Vance

 

J’ai choisi de ne pas m’appesantir sur ce film après la longue et enthousiaste analyse de Nico. Cet épisode a toujours été (et de très loin !) mon préféré jusque-là, et il le reste encore. Au cinéma, il avait été le premier à me fasciner, m’émerveiller et me faire savourer l’intégralité des 140 minutes de métrage, depuis les fantastiques décors jusqu’à l’intrigue. C’est d’ailleurs le seul volet de la saga que j’ai tenu à revoir à la TV, le seul à date que j’étais éventuellement susceptible d’acheter et qui me poussait à visionner l’ensemble de l’œuvre pour voir si celui-ci était supérieur à la somme de ses éléments.

Au-delà des images léchées qui magnifient un décor enfin libéré de ses contraintes (les environs de Poudlard apparaissent sous un jour  nouveau), une mise en scène intelligente et élégante (ces fondus au noir rattachent le film à sa parentèle gothique, et ce qualificatif prend enfin tout son sens) dévoile des personnages libérés d'un certain fardeau et qui peuvent enfin s'exprimer au sein d’un scénario habile – même si l’on s’aperçoit par moments qu’il bute encore sur certaines exigences liées à la saga ; nous voilà devant un véritable film fantastique, profondément inscrit dans les codes du genre, oscillant constamment entre le merveilleux et la fantasy plus sombre, souvent haletant et parvenant à gérer au mieux l'apparition de nouveaux personnages. 

Sirius Black crève l’écran et pourtant ses apparitions sont limitées. Le trio central voit ses liens internes se renforcer davantage avec une Hermione captivante qui souligne encore son statut de pivot et de moteur, soutenant un Harry acceptant mal son destin et un Ron qui petit à petit s’affirme comme l’ami idéal. Le changement d’acteur pour le rôle de Dumbledore me peine un peu et modifie subtilement l’influence du personnage à l’écran.

Le film réussit le pari d’être intelligible et passionnant (et surtout !) pour les profanes, quand bien même ils n’auraient pas vu les deux premiers volets. En outre, il se permet le luxe de mieux intégrer les effets spéciaux qui perdent leur côté « enfantin » pour servir une histoire pleine de rebondissements. Cuaron insuffle son style et réoriente la saga dans une véritable et pertinente adaptation du livre.

Le blu-ray retranscrit à merveille la tonalité générale du film, ses ambiances différentes suivant les lieux : peu de couleurs, mais elles éclatent au grand jour dès qu’on quitte Poudlard. L’encodage apparaît satisfaisant et on peut profiter de la profondeur de champ qui tient ici une place importante. La VO déménage et on peut jouir des effets du Patronus avec ses basses sourdes qui envahissent l’espace.

Azkaban est le seul film de la saga qui trouve véritablement grâce à mes yeux, le seul aux enjeux pertinents et maîtrisés et surtout le seul dont l’intensité dramatique est soutenue par le brio de la mise en scène.