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l'Ecran Miroir

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Et si on s'était rencontrés par Internet ?

Et si on s'était rencontrés par Internet ?

Un défi littéraire par Satine & Vance

 

Régulièrement, Abeilles50 organise des défis d’écriture dont il lance le thème et qu’il publie sur son blog. Le défi n° 29 avait pour sujet : le Septième Art… Avant de lire la suite, n’hésitez pas à y aller faire un tour, histoire de lire d’autres productions poétiques (une dizaine à ce jour).

Il m’est arrivé d’être tenté, et même d’y souscrire une fois avec l’aide de Satine, une amie membre de la Ruche (texte lisible ici). Aujourd’hui, comme précédemment, je voulais vous faire connaître le résultat d’un autre travail en commun, le fruit de la cogitation et des recherches acharnées de deux cerveaux épris de beaux mots et de cinéma.


J’espère que cette petite saynète vous plaira et, si le cœur vous en dit, essayez donc de deviner de quelles œuvres sont tirées les répliques en rouge et violet (ne tentez pas de cliquer, elles ne renvoient sur aucune page). Il y a en tout 78 films répertoriés, et jamais deux fois le même. La liste sera publiée lorsque j'estimerais avoir eu assez de réponses...

Enjoy !

 

Une rencontre de cinéma

 

 

Ah ! les joies des rencontres par site internet interposé ! Imaginez ce qui pourrait se passer si deux personnes de sexe opposé, cherchant l’âme-sœur, et ayant coché « Cinéma » dans le registre des loisirs favoris, décidaient de se rencontrer. Pour de vrai. Enfin. Les yeux dans les yeux, tout ça quoi…

Imaginez…

 

LUI 

Pseudo : Maximus

Centres d’intérêt : le cinéma (et tout plein d’autres choses)

 

ELLE

Pseudo : Bella

Centres d’intérêt : le cinéma (et tout plein d’autres choses)

 

LIEU : la terrasse d’un restaurant. Parisien. Plutôt bien fréquenté.

 

HEURE : fin de soirée.

 

METEO : agréable.

 

OK. Silence sur le plateau. Ca tourne et… action !

 

 http://www.cinemotions.com/scripts/slider/image_sorties_id.php?id_image=587481

 

MAXIMUS : Vous êtes Bella ?

BELLA : (Elle sourit.) Tu aimes les films de gladiateurs ?

MAXIMUS : OK, vous êtes Bella. (Il soupire et sourit. Ils s’asseyent.)

BELLA : A vous maintenant. Qui êtes-vous ?
MAXIMUS : Qui ? « Qui » n’est autre que la forme qui résulte de la fonction de « qu’est-ce-que », et ce que je suis, c’est un homme sous un masque.

BELLA : (agacée) Ça, je vois...

MAXIMUS : Je pourrais aussi vous dire : « Je m’appelle John Cofee. C’est comme le café, mais ça ne s’écrit pas pareil. »

BELLA : [Super l’humour, j’ai passé l’âge de ces conneries.] Quel homme es-tu donc qui, dans l’ombre de la nuit, vient trébucher sur mes pensées secrètes ?

MAXIMUS : Quel intérêt ? Nous savons ce que nous sommes mais ce que nous serons, nous ne le savons pas.

BELLA : C’est ton nom seulement qui est mon ennemi, ce n’est pas la main, ni le pied, ni le bras, ni le visage, ni la moindre partie de la personne elle-même.

MAXIMUS : Je suis une sorte d’agent commercial pour un grand importateur. Je finis toujours le travail pour lequel on me paie.  (Un peu désemparé) Vous savezCela fait une demi-heure que je vous dévore des yeux depuis l’autre bout de la pièce.

BELLA : Il vaut mieux ne pas dire certaines choses. Je crois que c’était quelque chose de si beau que ça ne peut pas s’exprimer avec des mots et c’est pour ça que mon cœur en souffre.

MAXIMUS : Oh ! (La dévisageant.) Vous croyez aux miracles, mademoiselle ?

BELLA : Si tu ne décides pas de ton destin, c’est ton destin qui décide pour toi.

MAXIMUS : J’assume mes fautes et j’essaie de ne pas fuir mes responsabilités.

BELLA : Vous faites quoi dans la vie ?
MAXIMUS : Je suis retraité, j’ai inventé l’eau tiède quand j’étais gosse. (Il rit.) Mais, en fait, euh… je suis malade de désir.

BELLA : (Cynique.) Quand les hommes évoquent l’amour, ce n’est que pour parvenir à leurs fins.

MAXIMUS : (Du tac au tac.) Magnifique démonstration de ce qui saute aux yeux.  (Il se rengorge.)

BELLA : [ Mon Dieu, faites de moi un oiseau que je puisse m’envoler loin loin d’ici. ] Je ne vous ferai pas l’honneur de relever cette remarque qui dénote un ressentiment à mon encontre. Mais je me dois de fustiger votre pessimisme qui frôle le défaitisme. (Elle soupire.) Dites-moi, croyez-vous que pour chaque homme il n’existe qu’une seule compagne idéale ?

MAXIMUS : [Que répondrait un intellectuel dans ce cas ?] (Il hésite.) La plus grande vérité qu’on puisse apprendre un jour est qu’il suffit d’aimer et de l’être en retour...

BELLA : Dis-moi un nom d’une personne qui soit partie de rien et qui ait trouvé le grand Amour ?
MAXIMUS : Un nom ? [Un nom, elle veut un nom, mais j’en sais rien moi... Cette salope de Cendrillon ?!] Trouver quelqu’un qu’on aime et qui nous aime, ces chances sont minuscules. Ecoutez, je me répète peut-être mais vous êtes si belle que ça en est douloureux !

BELLA : (Faussement offusquée) Il ne faut pas regarder les gens, ça les met mal à l’aise. Vous ne savez pas comme c’est dur d’être une femme qui a mon physique.

MAXIMUS : Vous ne savez pas comme c’est dur d’être un homme qui regarde une femme qui a votre physique.

BELLA : (Souriant à nouveau) Je rêve que nous sommes des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire.

MAXIMUS : D’accord, je sais qu’il n’y a pas de musique, et il ne neige pas, mais on peut se dire qu’on vit un moment unique. Non ?

BELLA : C’est vrai, c’est étrange comme on change, sans même y penser... Parfois, toute une vie se résume à un geste fou : vous rencontrer.

http://leonardlaiyokwai.files.wordpress.com/2009/08/img_7426.jpg

MAXIMUS : [Quelle naïve quand même ! On peut convaincre tout le monde qu’on a changé mais jamais soi-même.] Le royaume du possible existe en chacun de nous.

BELLA : Vous avez raison : il y a du bon dans ce monde, et il faut se battre pour y arriver. Mais au fait, vous ne m’avez toujours pas dit votre nom. Et puis, vous avez une famille ?

MAXIMUS : J’avais une femme mais elle m’a plaqué. Non mais vous le croyez ça ?

BELLA : Dans l’absolu... Ah, excusez-moi, j’ai un message important ! (Elle consulte rapidement son i-Phone.)

MAXIMUS : (Il s’impatiente.) Ouais, mes deux derniers aussi étaient importants. Le premier était de ma femme, pour me dire qu’elle me quittait. Le deuxième de mon avocat, lui aussi pour me dire qu’il me quittait. Avec ma femme. (Il se tait, cherche ses yeux. Elle éteint son mobile et le regarde. Il reprend, plus doucement.) Elle était un point de repère fixe dans un monde étourdissant. Jamais j’ai pu l’oublier... Jamais. J’ai aimé des tas de filles, mais aucune comme ça. C’était vrai. Jamais j’oublierai son premier regard, ça été comme un choc, je ne savais pas ce qui m’arriverai ni ce que je devais faire, ça avait toujours été facile avec les autres filles, mais elle ne me regardait pas... J’étais amoureux de cette fille... Son absence a envahi tout mon horizon, comme si on avait percé un trou béant dans ma poitrine...

BELLA :  (Compatissante.) Ça fait tellement du bien d’aimer les gens qu’on aime que ça finit par faire mal.

MAXIMUS : Lorsque nous aimons nous sommes tous des idiots. (Il hésite un court instant.) J’avais 4 mois quand mon père a quitté ma mère. Je me demande parfois s’il a eu le temps de plonger son regard dans mes yeux bleus, et de se dire : « Est-il possible que j’aie engendré le plus insignifiant trou du cul du 21e siècle ? »

BELLA : Continuez.

http://image3.examiner.com/images/blog/EXID4908/slideshows/100213104406Dinner_Scene.jpg

MAXIMUS : J’ai grandi dans un quartier malfamé où on arrive mieux à obtenir quelque chose avec un mot gentil et un flingue qu’avec un mot gentil tout seul.

BELLA : Je sais ce que c’est : dans la plupart des grandes villes, les gens ont l’art de ne pas se mêler des affaires des autres. On recommande aux femmes, si jamais elles se font agresser, de ne jamais appeler au secours, il faut crier au feu. Si vous criez au secours, personne ne vient. (Ses yeux fixent un point éloigné.) Je n’aime plus le monde dans lequel je vis ! Et tous les gens autour de moi... et l’inertie de mon existence qui se dérobe sous mes pas, sans que je puisse l’en empêcher... J’ai l’horrible impression d’être dans une pièce pleine de monde et j’ai beau hurler comme une folle, il n’y a personne qui se soucie de moi !

MAXIMUS : La liberté que nous cherchons n’est pas une contrée lointaine, elle est en nous. Excusez-moi ! (Il déclenche l’alarme de sa voiture garée à deux pas.)

BELLA : Vous êtes venus dans cette casserole ? Mmmh, vous êtes plus courageux que je ne le pensais. (Avisant le serveur.) Ah, je crois qu’il faut qu’on passe commande. Je vais prendre du poisson. Et vous ?

MAXIMUS : Je mange pas de poisson...
BELLA : Pourquoi ?

MAXIMUS : Ils pissent dans la mer !

BELLA : Les enfants aussi...

MAXIMUS : Je mange pas d’enfants non plus ! (Ils rient de bon cœur.)

BELLA : Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, vous savez ?

MAXIMUS : (La regardant dans les yeux.) Ce qui ne me tue pas me rend plus... bizarre.

BELLA : Autant rigoler, la vie va te sembler vachement longue si tu prend trop au sérieux les choses qui t’arrivent.

MAXIMUS : Le seul moyen d’allonger la vie, c’est d’essayer de ne pas la raccourcir. En fait… (il hésite. Elle le regarde intensément.) La mort nous sourit à tous, tout ce qu’on peut faire, c’est lui sourire à notre tour. (Long silence.)

BELLA : C’est comme ça qu’on voit si on se plaît avec une personne, quand on peut se taire tout à fait, au moins une minute et profiter du silence. (Elle lui sourit.)

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MAXIMUS : (Se frottant les mains.) Oh putain, j’ai tellement faim que je boufferais le cul d’une vache enragée !

BELLA : [Je sais pas c’qui me retient de le mettre en orbite !] L’homme est un loup pour l’homme, et surtout pour la femme. (Elle fait la moue.)

MAXIMUS : (Il ne relève pas et passe commande à son tour). Tu sais ce que tout le monde aime ? Le clafoutis. T’as déjà rencontré quelqu’un à qui tu dis : « Fais péter le clafoutis ! », et qui te dit, « J’aime pas le clafoutis » ? Il n’y a rien de plus clafoutant que le clafoutis !

BELLA : [Mieux vaut être célibataire que mariée à un chieur. ] (Elle soupire.) Un jour, un jour mon rêve se réalisera ! Un matin, tu te réveilles et tu comprends que ce rêve n’arrivera jamais, toutes ces années il t’a taraudé, il fout le camp, t’es au bout de la route. Il ne s’est rien passé, ça n’arrive jamais, parce que finalement t’as rien fait pour ça ! Tu le ranges dans un coin de ton cerveau et tu t’affales dans ton fauteuil pour t’abrutir de séries télé jusqu’à ce que ton existence de merde s’achève. 

MAXIMUS : (Cynique.) Je suis comme la poisse, j’arrive là où on ne m’attend pas. (Il la pointe du doigt.)

BELLA : (Ironique.) Il n’y a rien de plus beau qu’un ego meurtri sur le visage d’un ange.

MAXIMUS : (Faussement indigné.) Je suis comme je suis, je fais ce pourquoi je suis fait.

BELLA : (Secouant la tête.) Vous êtes le degré zéro de l’humanité.

MAXIMUS : La honte est comme la douleur, on ne l’éprouve qu’une fois.

BELLA : (Furieuse.) Quand on n'a pas d’amour dans le cœur, on n’a rien du tout. Pas de rêve, pas d’histoire à raconter. Rien du tout...

MAXIMUS : (Grandiloquent.) Non je n’ai aucun cœur ! Je n’éprouve ni amour, ni peur ; aucun chagrin, ni joie d’aucune sorte ; je ne suis qu’une enveloppe charnelle, destinée à vivre jusqu’à la fin des temps !

BELLA : Ma mère m’avait bien dit : Si jamais il y a une chose à laquelle tu tiens par dessus tout, n’essaie pas de la retenir, si elle te revient, elle sera à toi pour toujours, si elle ne revient pas, c’est que dès le départ, elle n’était pas faite pour toi... (Elle rassemble ses affaires.)

MAXIMUS : Il fait froid ici, ou ça vient d’moi ? (Reprenant son sérieux.) Voyons, tu sais bien que dans les livres, les amoureux terminent ensemble à la fin de l’histoire.

BELLA : C’est pas écrit sur ma figure, et pourtant j’suis une sale peste pleine de rancune. (Elle se lève, décidée.) J’aimerais poursuivre cette conversation mais j’ai un vieil ami pour le diner.

MAXIMUS : Tu t’en vas ?

BELLA : Si tu connais la réponse pourquoi poses-tu la question ? (Au serveur, qui apportait les plats.) J’ai besoin de vacances.

SERVEUR : (Enigmatique.) La vie est tout de même une chose bien curieuse... Pour qui sait observer entre minuit et trois heures du matin.

MAXIMUS : (Fataliste, il la regarde s’éloigner.) Ouais, mon vieux, y’a d’quoi se la prendre et se la mordre !

SERVEUR : J’imagine qu’il y a des gens qui naissent avec la tragédie dans le sang.

 

THE END