Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
[critique] Stoker : Eros & Thanatos

[critique] Stoker : Eros & Thanatos

Stoker intriguait à plus d'un titre.

Tout d'abord parce qu'il s'agit de la première réalisation "occidentale"
du génie Park Chan-wook qui, en l'espace d'une trilogie consacré à la vengeance, close en beauté à Cannes avec la bombe Old Boy, a mis une claque à tous les cinéphiles que nous sommes. Du coup, justement, les craintes étaient nombreuses et légitimes (on ne recensera pas ici la longue liste des génies européens et asiatiques broyés par le système Hollywoodien)...

 Stoker 02
Ensuite, le film en lui-même restera auréolé de mystère : film fantastique ? film noir ? thriller vénéneux lolitesque ? Variation sur le thème du vampirisme, aidé par un casting plutôt discret, hormis la présence de Nicole Kidman (qui se refait une virginité cinématographique) et un trailer ambigu ? ...

 

Au final, Stoker est tout et rien de cela ; la facilité aurait été une construction en œuf de Pâques ou matrioshkas, avec des révélations faisant basculer le film d'un genre à l'autre... A ces effets scénaristiques, Park en parfait pervers, leur préfère une architecture en canevas, mieux : en toile d'araignée, s'appuyant sur un script d'une apparente simplicité, une version film noir de Lolita, et s'il semble se laisser aller à quelques poncifs éculés du genre, ils n'ont pour fonction que d'être des leurres au service d'un piège se refermant inexorablement.

A ce niveau, Park semble pouvoir tout se permettre et, chose rare, laisse le spectateur dans un vrai flou quant à ce qui pourrait suivre, d'autant que la relation trouble qu'entretiennent les deux personnages principaux - véritablement connectés l'un à l'autre - et l'atmosphère vénéneuse distillée laissent libre cours à toute interprétation : on passe son temps à se demander où et quand le film va basculer dans le fantastique échevelé, l'horreur pure, ou se cantonner au thriller ronronnant...

Stoker-03.jpeg

Mais le point fort de Stoker réside en son personnage principal India, admirablement joué par Mia Wasikowska, à la fois hyper sensible au moindre détail du monde qui l'entoure, et parfaitement étrangère, figure quasi déique où sommeillent, derrière l'apparente fragilité et la silhouette gracile, de véritables forces telluriques, que l'intrusion de son énigmatique oncle va réveiller déclenchant ainsi un véritable séisme sensitif, et lui conférant une aura érotique d'une rare puissance. Redoutée et rejetée par sa mère (Nicole Kidman est impeccable dans son rôle de MILF névrosée), elle n'aura de cesse de subir une concurrence qu'elle juge déloyale, car après s'être accaparée le père, elle devient le centre d'attention de son oncle, qui s'installe confortablement en mâle Alpha sûr de son pouvoir, à la fois mentor et libérateur, jusqu'au final d'une implacable logique qui viendra souligner le douloureux passage à l'âge adulte...


Rarement la représentation d'Eros et Thanatos aura été si juste !

 

Ma note (sur 5) :

4,25

Note moyenne au Palmarès (sur 23 votes) :

3,92

 


 

 Stoker 01

Titre original

Stoker  

Mise en scène 

Park Chan-wook  

Production 

Fox Searchlight, Scott Free & Indian Paintbrush, distribué par 20th Century Fox   

Date de sortie France 

1er mai 2013

Scénario 

Wentworth Miller

Distribution 

Mia Wasikowska, Nicole Kidman & Matthew Goode  

Durée 

100 min

Musique

Clint Mansell

Photographie

Chung-hoon Chung

Support 

35 mm

Image 

2.35:1 ; 16/9

Son 

VF & VO DD 5.1

 

Synopsis : Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…