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l'Ecran Miroir

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[critique] Shakespeare au cinéma #7 : Hamlet de Zeffirelli

[critique] Shakespeare au cinéma #7 : Hamlet de Zeffirelli

Reprenons le cours de nos challenges cinéma maison, à commencer par le Cycle Shakespeare. Il était d’ailleurs grand temps.

Passer de la version Kenneth Branagh à celle de Zeffirelli est une expérience aussi riche que déroutante. A la volonté de respecter au mot près le sacro-saint texte de Shakespeare – y compris des annexes publiées a posteriori – succède l’ambition de véritablement adapter l’œuvre au cinéma, en tentant de la plier, tant bien que mal, aux exigences du format filmique. De quoi inquiéter le puriste mais qui ravira le cinéphile qui sait combien l’entreprise est ardue et nécessite autant de respect que d’audace.

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On se retrouve donc devant un métrage d’une durée presque conventionnelle (un peu plus de deux heures, soit moitié moins que l’opus de Branagh), ce qui a nécessité d’opérer des choix, parfois drastiques tant dans le script que dans la réalisation. Zeffirelli, à n’en pas douter, est un grand amateur des pièces de Shakespeare : son adaptation de la Mégère apprivoisée avait su se concentrer sur les personnages tout en ménageant suffisamment de champs pour permettre d’insérer quelques péripéties plus adaptées au format cinématographique ; l’œuvre n’était pas forcément réussie, mais forçait le respect, presque entièrement dominée par la verve du duo d’interprètes principaux. Son Hamlet navigue sur des eaux similaires : certains rôles sont considérablement réduits (Polonius et surtout son fils Laerte), voire presque effacés (Osric ne fait qu’une apparition non significative) et quelques séquences sont rajoutées qui n’étaient que rapportées oralement dans la pièce (l’échange des lettres et l’exécution de l’escorte d’Hamlet). On remarque très vite en outre que Zeffirelli s’efforce de dramatiser certaines scènes importantes en jouant sur les angles de prises de vue et certains éléments du décor (l’utilisation des décors naturels est exemplaire, on a constamment l’impression que les acteurs ont tourné exclusivement dans des châteaux – notamment le Blackness Castle près de Falkirk ou le château de Rochester dans le Kent – alors que la majorité des plans provient des studios Shepperton), choisi pour se fondre dans un Moyen-Age sombre et froid – on est très loin du lumineux XIXe siècle de la version Branagh. La variété des techniques de prises de vue est salutaire car la première heure, posant l’intrigue (bien expurgée des nombreuses digressions sur la conduite en société, les relations amoureuses ou filiales), ne peut pas trop faire l’impasse sur les incontournables soliloques d’Hamlet, et s’avère parfois laborieuse, au contraire de la seconde moitié, dense et concentrée sur le triple point d’orgue de l’objectif d’Hamlet (1 : l’aveu de sa mère malheureusement suivi du meurtre accidentel de Polonius ; 2 : l’aveu de son oncle pendant la représentation opportune d’une pièce ; 3 : le duel expiatoire final).

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Dans le rôle-titre se présente Mel Gibson. D’abord vu avec méfiance par la critique, il s’en est sorti haut la main à en croire les louanges qu’il a glanées. Il est clair que sa tâche n’était pas aisée et, s’il doit parfois recourir à quelques tics de comportement (faisant rouler ses yeux dans ses orbites ou suspendant une phrase le temps d’une respiration), force est de constater qu’il est plutôt convaincant, oscillant méticuleusement entre une douloureuse lucidité et une folie pernicieuse. C’est dans l’évolution de son personnage qu’on pourra tiquer, les nombreuses coupes n’aidant pas toujours à accepter ses prises de position et surtout la préparation de sa vengeance (le montage n’est pas très fluide). A ses côtés, le casting est impressionnant : Glenn Close campe une Gertrude proprement hallucinante en femme dépassée par ses pulsions ; Ian Holm est d’une aisance stupéfiante dans le registre et aurait mérité que son rôle soit développé ; Helena Bonham Carter parvient à exister le temps de deux séquences dans lesquelles elle montre déjà sa capacité à jouer la déraison. Derrière la caméra, Zeffirelli tire la quintessence des capacités de ses acteurs, et insiste sur les plans de visages déformés par la colère ou la souffrance : les sentiments sont exacerbés et les agonies aussi longues que pénibles. La participation d’Ennio Morricone en revanche ne restera pas dans les annales, sa partition se contentant en général d’accompagner les transitions entre les scènes.

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Au final, Hamlet dans cette optique s’avère un spectacle cohérent à l’aspect dramatique décomplexé, parvenant régulièrement à s’extirper du carcan théâtral et du poids des conventions tout en demeurant profondément respectueux du matériau initial. L’entreprise s’avère moins audacieuse et brillante que celle de Branagh mais offre un film sans doute plus sincère et plus accessible.

 

Ma note (sur 5) :

3,5

 


 

  Hamlet 1990 01

Titre original

Hamlet 

Mise en scène 

Franco Zeffirelli

Date de sortie France 

8 janvier 1992

Scénario 

Christopher DeVore & Franco Zeffirelli d’après l’œuvre de Shakespeare  

Distribution 

Mel Gibson, Glenn Close, Helena Bonham Carter & Ian Holm

Musique

Ennio Morricone

Photographie

David Watkin

Support & durée

DVD Warner (2010) zone 1 ; 135 min

 

 

Synopsis : Hamlet, le prince du Danemark, découvre que son oncle Claudius a tué son père pour accéder au trône, et décide de se venger...