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l'Ecran Miroir

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[critique] Shakespeare au cinéma #1 : Hamlet de Branagh

[critique] Shakespeare au cinéma #1 : Hamlet de Branagh

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Kenneth Branagh a fait du bon boulot, personne ne pourra contredire cela. A travers ce film, on sent sa passion pour Shakespeare ; il le joue et le parle avec aisance comme si ce langage riche et poétique était le sien. Par respect pour l’auteur, il a refusé de couper ou de modifier le texte intégral, aussi sachez-le si l’aventure vous tente, ce film dure 4 heures.

Ce qui perturbe immédiatement, c’est l’époque. En effet, Branagh a fait le choix de transposer l’histoire au 19ème siècle. Les personnages évoluent donc dans un magnifique palais aux dorures et aux couleurs éclatantes. Moi qui ai adoré la version cinématographique de Franco Zeffirelli avec Mel Gibson et Glenn Close, j’avoue que cela m’a choquée et peut-être même déçue. Pourquoi notre puriste a-t-il fait ce choix ? Pour montrer que les écrits de Shakespeare sont intemporels ? Et c’est vrai, les tirades de notre auteur sont universelles et finalement on se fait assez facilement à ce changement d’époque.

Branagh n’a pas lésiné sur les moyens. Les décors sont somptueux, les costumes d’une grande qualité et pour cause, le film a été tourné dans le château du duc de Malborough qui a d’ailleurs un petit rôle. La salle du trône offre un espace immense qui donne beaucoup de libertés à la caméra et la profondeur de champ est accentuée par des portes à miroir sans tain disposées tout autour. Le metteur en scène les utilise à merveille, notamment lorsque Hamlet se fait passer pour fou et qu’il est épié à son insu par son oncle et le père d’Ophélie. De longs plans séquences se déroulent à cet endroit et certains sont vraiment étonnants, on a du coup l’impression d’être au théâtre, même quand une troupe de comédiens évolue dans cette salle et qu’on y place une scène avec une centaine de places assises en palier.

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Le choix des acteurs est aussi une réussite. Kenneth Branagh s’octroie le rôle principal et l’interprète avec brio, Derek Jacobi et Julie Christie (qui a mis entre parenthèses sa retraite pour le rôle) excellent en beau-père et mère coupables, Kate Winslet en Ophélie est toujours aussi merveilleuse et les costumes d’époque lui vont à ravir. C’est sur le tournage de ce film qu’elle a appris qu’elle serait Rose dans Titanic.

Et puis il y a quelques surprises tout au long du film, tout d’abord Charlton Heston qui joue un comédien de la troupe de théâtre, sa voix ténébreuse, caverneuse lui permet d’illuminer la scène et d’envahir l’espace comme nulle autre ; Gérard Depardieu a un petit rôle d’espion pour le père d’Ophélie, son accent anglais est plutôt bon. Robin Williams est l’arbitre du duel entre Laerte et Hamlet : avec sa bouille ronde couverte d’une moustache énorme, il est la touche humoristique du film en plus de Billy Cristal en fossoyeur plutôt original. Ce dernier a d’ailleurs plutôt du mal à s’intégrer dans l’époque, son visage est trop contemporain.

 

Avec de tels décors et de tels acteurs de talent, le film devrait être un chef d’œuvre et pourtant il n’atteint pas ce niveau. Plusieurs choses m’ont dérangée, à commencer par le texte - et ça me coûte de le dire, moi qui adore la langue de Shakespeare empreinte d’une beauté et d’une profondeur inégalées. Certains dialogues et monologues sont franchement trop longs, l’illustre dramaturge place parfois tant de métaphores et d’images qu’on se perd dans le sens même de la tirade. Certains acteurs ne savent plus comment varier leur interprétation. A force, cela devient lourd, épuisant, oppressant et on est franchement soulagés quand l’entracte arrive au bout de 2 h 40, nous offrant l’excuse d’un repos pour notre cerveau, d’une bouffée d’air frais. Par rapport au livre ou au film de Zeffirelli, le texte ajouté n’a rien de révolutionnaire ni de transcendant. Les plus belles phrases et les plus importantes sont déjà dans les versions courtes.

La seconde partie est plus légère, il y a moins de monologues, plus d’échanges entre les personnages, plus d’humour aussi et notre attention, notre intérêt reprennent le dessus aisément.

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L’autre erreur à mon sens est la richesse des décors. La version avec Mel Gibson m’avait marquée parce qu’il était sombre, gris, brumeux et froid. On ressentait alors davantage la peine, la haine de Hamlet, la tristesse et la folie d’Ophélie. Le roman est à la base une tragédie, ce que vivent nos deux amoureux est un cauchemar déchirant et placer cela dans un palais lumineux, somptueux aux couleurs vives et aux dorures aveuglantes, freine notre compassion.

A l’inverse, les apparitions du spectre du père d’Hamlet sont une totale réussite. Branagh utilise la contre-plongée et une musique profonde et forte pour le rendre imposant et impressionnant. Lorsqu’il dévoile la vérité à son fils, les deux acteurs sont dans une forêt sombre et froide, aux arbres dénudés et resserrés, la neige recouvre le sol, la terre tremble et se fissure crachant de la fumée, les yeux du spectre sont d’un bleu pâle effrayant, sa voix vient d’outre-tombe, là on est dans la tragédie qui nous prend aux tripes et nous ancre dans le récit.

Pour finir, je dirais que ce film est réservé aux puristes. Je suis contente de l’avoir vu, mais je ne renouvellerai pas l’expérience. Il est beau à voir, Branagh y a mis tout son talent de réalisateur mais le texte est souvent trop lourd et étouffant. Si vous voulez découvrir Hamlet, choisissez une autre version cinématographique ou alors, mieux, lisez-le.

 

 

Ma note (sur 5) :

2

 


 

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Titre original

Hamlet

Mise en scène 

Kenneth Branagh

Genre 

Tragédie classique

Production 

Castle Rock, Columbia & Fishmonger, distribué en France par UFD

Date de sortie France 

14 mai 1997

Scénario 

Kenneth Branagh d’après la tragédie de Shakespeare (version complète)

Distribution 

Kenneth Branagh, Jack Lemmon, Julie Christie, Derek Jacobi, Kate Winslet & Charlton Heston

Durée 

242 min

Musique

Patrick Doyle

Photo

Alex Thomson

Support 

Blu-ray Warner 2010

Image 

2.20:1 ; 16/9

Son 

VOst mono

 

 

Synopsis Sur les remparts d'Elseneur, Hamlet, jeune prince du Danemark, voit apparaître le spectre de son père. Celui-ci lui apprend qu'il a été assassiné par son frère Claudius, l'oncle d'Hamlet, en accord avec la reine. Le coupable lui a ravi à la fois épouse, couronne et vie. Hamlet simule la folie pour préparer sa vengeance et délaisse sa fiancée Ophélie, qui devient folle et se noie.